Dimanche 5 décembre, à Villepinte, devant 15 000 de ses partisans, Éric Zemmour a tenu son premier meeting de campagne. Notre reporter y était.

Par Emmanuel de Gestas

Un meeting en forme de résurrection politique. Dimanche 5 décembre, devant une salle bondée et dans une ambiance électrique, le désormais candidat à l’élection présidentielle Éric Zemmour a tenu sa première réunion publique. Elle a débuté avec plusieurs discours de soutiens venus de tous les courants de la droite, comme Laurence Trochu, présidente du Mouvement conservateur (ex-Sens commun, mouvement affilié à LR), Agnès Marion (ex-Rassemblement national), Paul-Marie Coûteaux (ancien député européen villieriste), ou l’ancien candidat à la primaire de la droite Jean-Frédéric Poisson. Sur une musique épique, Éric Zemmour monte alors sur scène. Durant une heure et demie, l’ancien journaliste, peu affecté par une agression subie alors qu’il s’apprêtait à prendre la parole, a tenu en haleine ses 15 000 partisans en discourant sur son projet pour la France.

« Raciste, moi, un petit juif berbère d’Afrique du Nord ? »

Alternant les constats et les solutions, Éric Zemmour a brossé le portrait de sa France idéale, un pays puissant, indépendant, et reconquis. Reconquis, comme pour mieux annoncer le nom de son mouvement politique, baptisé Reconquête. À l’heure ou ces lignes sont rédigées, le nouveau parti revendique déjà 25 000 adhérents. Le candidat a revendiqué vouloir rassembler les droites, s’adressant nommément aux électeurs du Rassemblement national, « enfermés depuis trente ans dans une opposition stérile », ou à l’aile droite des Républicains, citant son « ami Éric Ciotti ». Éric Zemmour a fait un parallèle entre les états-généraux de la droite, organisés le 5 décembre 1990 à Villepinte, et son propre meeting, qui se tenait donc trente-et-un ans après, jours pour jour. Le candidat de droite s’est juré d’appliquer, une fois élu, les propositions qui avaient été faites à l’époque par le RPR et l’UDF, « c’est notre serment de Villepinte » a-t-il affirmé. L’ancien chroniqueur du Figaro a balayé d’un revers de main les accusations de racisme à son encontre : « Comment pourrai-je être raciste, moi qui ne descends pas de Clovis, moi, un petit juif berbère d’Afrique du Nord ? ». Aux Français de confession musulmane ou d’origine étrangère, Éric Zemmour tend la main : « Aux derniers arrivés, je propose l’assimilation. C’est le plus beau cadeau que la France puisse vous faire ! Si vous faites de la France votre mère, et des Français vos frères, alors vous êtes des nôtres ! » a-t-il clamé. Son discours s’est conclu par le désormais rituel « Vive la République, et surtout, surtout, vive la France ! », clin d’œil à son annonce de candidature.

Une mue s’est opérée

Quoi qu’en pensent les commentateurs, ce meeting est une réussite pour Éric Zemmour. En dépit des troubles voulus par l’extrême-gauche « antifa » et par des militants d’SOS Racisme, le parc des expositions de Villepinte était littéralement noir de monde, du militant zemmourien le plus convaincu au simple curieux venu écouter ce qu’avait à dire l’ex-éditorialiste vedette de CNews. En outre, il est clair qu’Éric Zemmour a opéré sa mue de candidat. L’aisance oratoire qui a été la sienne est une grande nouveauté. Tenant son auditoire, sachant poser sa voix, gérer ses silences, maniant le lyrisme sans trop en faire, ce discours a révélé des qualités d’orateurs que l’on croyait inconnues de quelqu’un plus habitué aux plateaux de télévision qu’à l’agora publique. Sur le fond, son discours a su, grande première pour qui connaît la pensée de l’ancien polémiste, trancher avec son pessimisme habituel. Que l’on se souvienne de son discours à la Convention de la droite en septembre 2019, auquel l’auteur de ces lignes avait assisté. Éric Zemmour, rivé sur ses notes, la voix cassé, caverneuse, et quasi inaudible, avait délivré un discours sinistre, catastrophiste, et apocalyptique, promettant la guerre civile et un Grand Remplacement devenu inéluctable. À Villepinte, rien de tel. Les traits adoucis par une paire de petites lunettes, le candidat a su faire preuve d’optimisme, se permettant même d’enjoindre à ses supporters : « Je veux de la joie, de l’espérance, je veux des chants, je veux des Français heureux ! ». Un discours à mille lieux de celui habituellement tenu par l’auteur du « Suicide français ». Est-ce que cela suffira à séduire les Français, à voir…

D’autant qu’avec l’investiture de Valérie Pécresse – déjà créditée d’être au deuxième tour et même de l’emporter face à Emmanuel Macron selon un récent sondage Elabe pour L'Express et BFMTV - ce début de campagne de l’élection présidentielle ne se déroule pas comme l’avaient prévu les habituels exégètes des plateaux télés qui prédisaient un face à face avec Marine Lepen…

08/12/2021 - Toute reproduction interdite


Eric Zemmour, candidat à l'élection présidentielle française de 2022, participe à un rassemblement de campagne politique à Villepinte le 5 décembre 2021.
© Christian Hartmann/Reuters
De Emmanuel de Gestas