Odile Duvaux est chercheuse et fondatrice du laboratoire nantais Xenothera, qui développe un traitement unique en France contre le Covid-19 : le XAV-19. En attendant sa mise sur le marché et son autorisation par les autorités sanitaires européennes. Cette nouvelle arme « made in France » contre le virus est plus que prometteuse : l’unique administration d’une dose de XAV-19 apporterait au patient une protection supérieure à celle des vaccins, selon les études du laboratoire. Et si le remède contre le Covid-19 était (enfin) découvert en France ?

Entretien conduit par Alixan Lavorel

Fild : Qu’est-ce que le XAV-19 ?

Odile Duvaux : XAV-19 est un traitement destiné aux personnes qui sont déjà malades. Il s’agit d’un anticorps dirigé contre le virus, et en tant que tel, il a trois effets thérapeutiques : la neutralisation du virus, la destruction directe de ce dernier – c’est-à-dire avant qu’il ne rentre dans les cellules – et un effet anti-inflammatoire. Ce traitement est destiné en priorité aux personnes qui en sont à un stade particulier de la maladie. Comme vous le savez, une fois que le virus rentre dans l’organisme, il y a un temps d’incubation. Ensuite, pendant les cinq jours qui suivent, le malade verra apparaître les premiers symptômes et enfin, entre le sixième et le neuvième jour, la plupart des gens récupèrent et vont bien, alors que d'autres voient leur état se dégrader et développent des signes de détresse respiratoire plus graves. C’est sur ces patients que nous avons souhaité cibler le XAV-19 en priorité, même s’il pourrait très bien être utilisé sur d’autres malades.

Fild : Quelle est l’efficacité de Xav-19 face au variant Omicron ?

Odile Duvaux : Nous savons depuis quelques semaines que les anticorps monoclonaux actuellement utilisés comme traitement perdent leur activité thérapeutique sur le variant Omicron. Le XAV-19 étant un anticorps polyclonal, son efficacité contre les variants est donc systématiquement probable. Il faut avoir en tête qu’Omicron est un variant très différent, parce qu’il a 11 mutations, alors que les autres n’en avaient que 2 ou 3. Selon les données recueillies - et que nous avons tout de suite publiées parce que le message est extrêmement important dans le contexte que l’on connaît en ce moment - l’activité thérapeutique demeure, avec XAV-19, au même niveau que ce qu’elle était contre le virus d’origine. À l’inverse de notre traitement polyclonal qui va peut-être perdre un ou deux pour cent d’efficacité – ce qui ne change rien – les traitements monoclonaux ne sont plus efficaces, ils ne reconnaissent plus du tout le virus.

Fild : Le XAV-19 peut-il être administré en complément de la vaccination ?

Odile Duvaux : Bien sûr ! D’autant qu’au regard des études sur les vaccins, on se rend compte que les personnes vaccinées en 2021 et dont la dernière dose date de plusieurs semaines ont 30 fois moins d’anticorps contre Omicron que contre les autres variants. Juste après le vaccin, ils ont toujours sept fois moins d’anticorps qui reconnaissent Omicron par rapport aux autres variants. De toute façon, ils restent avec une réponse qui n’est pas suffisante avec la dose de rappel. À l’inverse, avec notre traitement, et selon les premières études et estimations, on couvre trente fois plus le niveau d’anticorps d’une personne vaccinée. Je ne rentrerai pas dans les débats sur la vaccination, car ce n’est pas l’objectif. Mais il est vrai que, scientifiquement, ce n’est pas parce que l’on vaccine les gens que l’on n’a pas besoin de traitements. Car parmi les gens vaccinés, certains ont un organisme ne répondant pas au vaccin. Même en vaccinant 100% d’une population, vous aurez quand même des gens malades. De plus, le XAV-19 n’est pas un traitement préventif, à prendre au quotidien, ou même plusieurs fois dans le temps. Il est administré en une prise unique quand vous êtes malade. Une personne contaminée et ayant des symptômes prend sa dose de XAV-19 et obtient une protection qui dure dans le temps. Aujourd’hui, on estime que le besoin, en France, se situe autour de 30 000 à 50 000 doses. Et nous sommes prêts à les fournir, car nous avons à l’heure actuelle sanctuarisé toute notre production pour les Français.

« Un devoir de solidarité avec les pays pauvres »

Fild : Où en sont vos demandes de mise sur le marché et d’autorisation au niveau européen ?

Odile Duvaux : Il y a deux niveaux d’autorisation. D’abord une autorisation d’accès précoce, gérée au niveau national, selon une logique très particuliere: elle doit concerner une innovation à destination de patients ne disposant pas de solutions thérapeutiques, et elle doit être argumentée à partir d'un rapport « bénéfice/risque » favorable, c’est-à-dire un traitement avec une présomption d’efficacité et une absence de risque pour le patient. Ce sont les guidelines de la Haute autorité de santé pour les autorisations d’accès précoce. En parallèle de cela, nous avons aussi lancé une démarche d’autorisation de mise sur le marché (AMM), plus connue, et qui se fait au niveau européen. Nous avons déjà eu un premier retour encourageant de l’Europe : « Une fois que vous aurez fini l’ensemble des choses que vous exposez comme vos intentions, en particulier l’essai européen, alors nous vous donnerons une AMM ». Aujourd’hui, suite aux commandes de l’État, nous avons déjà très exactement 25 918 doses qui sont en flacon, mises en boîtes et prêtes à l’export. Nous avions commencé ces démarches en septembre 2021, donc d’ici quelques semaines, nous aurons la réponse quant à l’autorisation de mise sur le marché.

Fild : Certains Français n’ont pas confiance dans les vaccins conçus à l’étranger. Le XAV-19 est 100% français, est-ce là un nouvel avantage ?

Odile Duvaux : Je pense qu’il est indiscutable qu’un traitement français est un traitement bien fait. Nous avons, en France, des autorités réglementaires qui sont extrêmement soucieuses de la qualité et de la sécurité, s'appuyant sur les normes les plus exigeantes du monde. Au-delà, il peut aussi y avoir un « effet confiance » dans un traitement conçu dans l’Hexagone, avec un gage de moralité et d’éthique de la part de Xenothera. Nous avons un très grand capital confiance, et je suis ravie d’expliquer ce que nous faisons et pourquoi, en toute transparence. Personne ne pourra dire que Xenothera est une multinationale qui cherche à s’enrichir sur le dos des plus pauvres, qui est en collusion avec les puissants de ce monde, bien au contraire.

Fild : Vous avez d’ailleurs annoncé vouloir envoyer une partie de vos traitements aux pays les plus pauvres. Pour quelles raisons ?

Odile Duvaux : C’est un parti pris éthique personnel, et je souhaite m’y tenir. Je trouve normal que, dès son autorisation, le traitement que nous avons développé soit partagé. Notamment à des pays qui n’ont pas forcément les poches aussi profondes que d’autres. Je ne pratiquerai pas la politique du plus offrant. Il faut bien garder en tête que nous vivons dans un monde où il y a de la compétition et de la rareté. On l’a vu avec les vaccins, les masques… Je souhaiterais que 50% de la production soit distribuée à ces pays dans le besoin. Ensuite, nous avons également de nombreuses demandes venant de partout dans le monde : des voisins européens, des pays nord-africains, asiatiques – comme les Japonais – ou encore sud-américains.

05/01/2022 - Toute reproduction interdite


Les équipes de recherche à l'oeuvre dans le laboratoire nantais Xenothera
© Laboratoire Xenothera/DR
De Alixan Lavorel