Racialisme, communautarisme, écriture inclusive, théorie du genre et dénonciation outrancière de l’islamophobie ... Autant d’idéologies ineptes qui tendent à déconstruire - au nom de la lutte contre les injustices - la pensée humaniste. Il est temps de s’opposer aux lobbys de la pensée woke et de la cancel (in)culture qui les colportent et veulent abattre notre démocratie. Il en va de l’avenir de notre société.

                         Par Emmanuel Razavi (directeur de la rédaction)

Dans le film Mon Oncle Benjamin (réalisé en 1969 et inspiré du roman de Claude Tillier), Jacques Brel tient ce propos : « Mettez onze imbéciles d’un côté, dix philosophes de l’autre... les imbéciles l’emporteront. C’est ça, la démocratie ».

Depuis, Facebook et Twitter sont passés par là. Et l’expression de la démocratie semble aujourd’hui se résumer non plus à la volonté d’une majorité, mais bien à celle d’un agrégat de minorités qui ne pèsent pas grand-chose mais qui, usant du biais de la victimisation et de l’écho émotionnel des réseaux sociaux, entendent couper toute forme de lien fraternel entre les citoyens pour imposer leur dictat.

Ainsi la pensée de l’imbécile minoritaire pèse-t-elle autant que celle du philosophe, ce qui nous conduit inexorablement à une inversion des valeurs, à la perte de nos repères historiques et à une rupture avec le réel.

Ces théories ineptes qui affaiblissent la pensée et font sombrer la démocratie

Si les féministes des années soixante-dix affichaient à juste titre l’envie de se réapproprier leurs corps et militaient notamment pour le droit de faire les seins nus à la plage, leurs soi-disant héritières - dites intersectionnelles - nous font aujourd’hui croire que la liberté de la femme passe par l’acceptation du voile ou du burkini, alors qu’il s’agit là d’objets visant à l’asservir. Insupportable !

Autre idiotie : au nom de la lutte contre la discrimination sexiste, des lobbys veulent nous imposer l’écriture inclusive alors que les élèves et les étudiants peinent déjà à écrire le Français sans fautes de syntaxe ou d’orthographe !

Sous prétexte d’accès à la connaissance, une bande de zozos adeptes du pédagogisme a récemment proposé la simplification des textes de Molière quitte à les réécrire : ridicule.

Le racialisme, courant de pensée apparu en Europe à la fin du XVIII ème siècle revenu à la mode ces dernières années, nous explique les phénomènes sociaux par le biais de l’appartenance à une race. S’opposant prétendument au racisme, ce mouvement est en fait devenu son porte-étendard. Aux Pays-Bas, une auteure blanche choisie pour traduire la poète noire Amanda Gorman a ainsi été contrainte d’abandonner le projet au prétexte qu’elle était … blanche ! En France, une universitaire, Fatima Khemilat, proposait récemment une conférence pour « femmes racisées (arabe/noire/asiatique/latina) qui veulent se réapproprier leur sexualité ». Exit donc les femmes blanches ? Odieux !

La théorie du genre, reprise par des idéologues sectaires qui nient la différence entre les sexes, contribue à la déconstruction du schéma familial sans aucune prise de recul psychologique et intellectuel.

Enfin, et c’est là le comble de l’horreur, deux enseignants de Science po Grenoble se sont vus accusés sans raison, il y a quelques jours, d’islamophobie par des étudiants syndicalistes. Rappelons que cette théorie fumeuse qui tue est colportée par les islamistes de l’organisation des Frères Musulmans et leurs complices. Qu’un professeur, Samuel Paty, a été assassiné en raison de cette ignominie.

Va-t-on accepter encore longtemps ces pseudo-champs d’études et de revendications en forme d'excommunications devenus les thèmes de prédilection d’idéologues sectaires qui prennent en otage les universités, les médias et la pensée critique ?

Ne plus céder au brouhaha des minorités

La démocratie s’appuie sur la liberté d’opinion. Elle permet à chacun d'exprimer librement ses idées, quitte à ce que celles-ci soient contraires à celles de la majorité. Elle ne doit cependant pas céder au brouhaha de minorités activistes sous prétexte que celui-ci est amplifié par les réseaux sociaux et certains médias, au risque d’imploser.

« Avec la liberté d’expression vient la possibilité de dire des conneries et parfois même des horreurs. C’est à la société de réagir, non pas en brimant la liberté d’expression, mais de condamner par la parole ces paroles inacceptables », affirmait un premier ministre québécois qui s’inquiétait il y a quelques années de la montée des extrémismes.

Dans la période convergence de crises - sanitaire, économique, politique, sociale, environnementale - à laquelle est confrontée notre démocratie, il est logique que certains groupuscules utilisent ses fragilités pour la faire vaciller à coup d’anathèmes plus idiots les uns que les autres.

Mais il est du devoir de ceux qui la représentent de ne pas céder à leurs imprécations. Sinon, nous assisterons à la chute de notre système de pensée, à la fin de notre histoire humaniste, au chaos social.

Il est temps de ne plus accepter la dictature victimaire des lobbys communautaristes et totalitaristes, laquelle ne repose sur rien d’autre que « le vide la pensée » décrit par la philosophe Hannah Arendt.

Car ces mouvements minoritaires - qui grandissent au sein de nos universités - ne sont en rien révélateurs de ce qu’est la culture Française, encore moins de ceux à quoi adhèrent les Français en termes de pensée. Selon un sondage IFOP publié le 4 mars « Même parmi les Français connaissant ces notions, celles-ci ne sont pas approuvées par une majorité, qu’il s’agisse des luttes en non-mixité (45%) de l’écriture inclusive (37%) ou de la cancel culture (28%) ».

N’en déplaise aux géants américains du net et aux médias d’extrême gauche promoteurs de pensée woke ou de cancel culture, notre pays s’est construit sur les principes de liberté, d’égalité et de fraternité. Pas sur ceux de censure, de discrimination et de communautarisme.

Personne n’a attendu, en France, ces nouveaux censeurs, pour condamner le racisme, l’esclavage et les inégalités. Incultes qu’ils sont, ils ne savent pas qu’ils ont un train de retard.

Alors au nom de la raison, résistons - intellectuellement et politiquement s’entend - aux promoteurs de l’arnaque intellectuelle et du chaos de la pensée pour préserver nos libertés et … notre démocratie !

09/03/2021 - Toute reproduction interdite



Steve Buissine/Pixabay
De Emmanuel Razavi