Les collectifs de défense de l’environnement pointent du doigt la firme Suisse Nestlé Waters, dont les agissements dans les Vosges semblent contraires à la préservation des ressources.  Entretien avec Bernard Schmitt, porte-parole du Collectif Eau 88. Propos recueillis par Peggy Porquet

Alors qu'un arrêté préfectoral vient d'être émis pour limiter la consommation de l'eau, quelles mesures ont été prises pour les entreprises locales et en particulier Nestlé ?

Dans l'arrêté sécheresse du Préfet, les entreprises sont mentionnées. Chacune dispose de clauses particulières liées à son activité. Nous ne les connaissons pas. Concernant Nestlé Waters la question a été posée au Préfet, Pierre Ory, qui animait la réunion. Il nous a renvoyé sur la CLE et le SAGE*, ce qui est hors de propos mais signifie qu'aucune mesure n'a été prise comme nous le demandons pourtant chaque année depuis 3 ans maintenant. Cela est d'autant plus significatif que c'est durant l'été, et les périodes de canicule notamment, que Nestlé produit et vend le plus d'eau !

Pourquoi Nestlé n'a pas encore communiqué ses résultats à la préfecture quant à l'état des nappes ?

Nous ne savons pas si Nestlé Waters a transmis des données à la Préfecture concernant l'état des nappes. Toujours est-il que notre demande à la Préfecture se heurte au mur du secret industriel et commercial. La Préfecture nous conseille de nous adresser à Nestlé Waters... entreprise qui nous avait communiqué des données jusqu'en 2015, puis plus rien.

En février dernier vous évoquiez le cas d'une centaine d'emplois précaires dans la firme et un plan de licenciement vient d'être annoncé. Nestlé aurait intensifié son automatisation et ses puisages ?

Nestlé Waters Vittel emploie un millier d'emplois salariés dont un volant de 100 à 150 précaires pour les ajustements de sa production. La procédure de concertation préalable sous l'égide de la CNDP** et qui s'est terminée en février s'est déroulée sous la menace de la réduction des emplois si l'autorisation de prélever "Vittel Bonne Source" dans les Grès était suspendue. Dans ces conditions, la CLE a voté favorablement au projet du Préfet et du Président du Conseil Départemental : amener de l'eau d'ailleurs à la population pour permettre à Nestlé Waters de poursuivre son activité. Nous avons jour après jour dénoncé cette pression. Comme nous l'avions prévu, certes pas aussi rapidement, à peine le vote de la CLE acquis (13 mai 2019), Nestlé change de directeur à Vittel. Le nouveau directeur annonce un plan de réduction d'emploi de 111,4 ETP*** pour "pérenniser les sites industriels dans un contexte de concurrence forte" et met sur la table 10 millions d'euros d'investissements dans le territoire. En fait de territoire il s'agit d'une modernisation encore plus grande, à venir, de l'outil industriel, permettant de réduire l'emploi. Selon nous il s'agit bien, évidemment d'une première "tranche" de réduction d'emplois.

Bien que la loi stipule que la population locale doit être prioritaire dans la gestion de l'eau, la CLE recommande l'approvisionnement des populations locales dans des sources avoisinantes. S’agit-il d'un passage en force ?

Il s'agit très clairement d'un passage en force qui viole la loi sur l'eau et les milieux aquatiques de 2006 qui donne la priorité de l'Eau aux habitants. Et nous en tirons les conséquences. La CLE, sous la houlette du Préfet et du Conseil Départemental, inverse les priorités d'usage en accordant la priorité à la transnationale Nestlé pourtant arrivée en dernière position lors de la Concertation publique préalable.

Outre les requêtes transmises au Préfet, quels sont les autres recours des associations pour faire entendre leur voix ?

Jusqu'à présent nous avons toujours milité dans un cadre légal et nous allons continuer. Dans ce cadre légal il y a la justice et rapidement notre travail avec FNE et nos 4 associations débouchera sur un nouveau temps, le temps judiciaire. Nous ne ne sommes pas près de nous désarmer.

*Commission Locale de L’eau , Schéma d'Aménagement et de Gestion de l'eau

**Comission Nationale du Débat Public

***Equivalent Temps Plein

11/07/2019 - Toute reproduction interdite

(NDRL : Pour en savoir plus, notre enquête sur l'épuisement de l'eau à Vittel est accessible sur abonnement)


Usine d'embouteillage de Nestlé Waters, le 1er avril 2019.
Denis Balibouse / Reuters
De Peggy Porquet