Economie | 21 août 2019

VeryChic : Histoire d’un succès

De Cécile Martin-Cocher
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Hervé Lafont est le co-fondateur - avec Nicolas Clair - de VeryChic, l’agence de voyage en ligne aux 8 millions de membres. En moins de dix ans, ce patron atypique, installé à Barcelone, a fait de sa société l’un des leaders européens de la vente privée de séjours haut de gamme. Il revient sur ce qui a fait la réussite de son concept. Entretien Cécile Martin-Cocher.

 

 

Quel est le concept de VeryChic ?

C’est une plateforme de distribution hôtelière, une agence de voyage en ligne qui propose de l’hôtellerie et des loisirs sur le principe des ventes privées. Nous négocions avec nos partenaires hôteliers une offre spécifique qui est uniquement disponible pour nos clients, sur une période limitée comprise entre 10 et 15 jours. Cette offre est plus intéressante que celle que l’on trouve sur le site de l’hôtel lui-même ou chez les grands distributeurs tels que booking. La promesse de notre marque, c’est une hôtellerie de qualité via les ventes privées !

 

Quels sont vos critères de sélection pour les hôtels ?

Nous nous adressons principalement à des personnes qui voyagent en couple ou entre amis. Ce sont des gens qui effectuent de courts ou de longs séjours en couple, voire à deux couples. Cela correspond à 95% de nos réservations. Parfois avec des enfants, mais ce n’est pas notre aire de jeu principale. Nous cherchons en fait des hôtels pour une clientèle essentiellement française, mais aussi, dans une moindre mesure, pour une clientèle anglaise. Cela dit, les Français n’ont pas la même définition du luxe que les Anglo-Saxons. Ces derniers aiment ce qui est clinquant, les grandes structures avec des services, les hôtels très haut de gamme et les grands restaurants. Les Français préfèrent quant à eux les hôtels de taille moyenne dans lesquels le service est plus personnalisé, plus ‘’cocooning’’ (...). Un séjour réussi, c’est un séjour dans lequel l’hôtel est bien placé. Après, ce qui compte, c’est de disposer de services de qualité, d’un rooftop sympa, d’une belle piscine et d’animations intéressantes.

 

Qui sélectionne les hôtels chez VeryChic ?

L’équipe dirigeante, les managers commerciaux, la responsable de la publication et le responsable marketing sont impliqués dans la réalisation de ces offres. Nous avons défini des critères minimums, ce qui permet à nos équipes commerciales d’assurer de façon efficace la sélection. Lors de la validation des offres, nous vérifions bien sûr que l’hôtel dispose de toutes les garanties en terme de qualités de services, de localisation, et qu’il apporte de véritables avantages.

 

A quel type de clientèle s’adresse votre offre ?

Comme je vous l’ai expliqué, notre clientèle est française à 90% et anglaise à 10%. Notre offre est toutefois conçue pour une clientèle européenne. De manière très schématique, nous disposons d’une offre hôtelière de loisirs autour du bassin méditerranéen, jusqu’en Provence... Nous disposons aussi d’hôtels dans de grandes villes européennes. Nous ne nous positionnons pas du tout sur l’hôtellerie classique, traditionnelle. Plus de la moitié de nos réservations concernent l’Europe et l’international, près de 40% concernant la France.

 

Quelles sont  les destinations les plus prisées ?

Lorsque l’on a démarré notre activité, c’était au moment des Printemps arabes. A cette période, compte tenu des évènements, les destinations du sud de la Méditerranée, principalement la Tunisie et le Maroc, sont devenues moins attractives. L’Espagne, l’Italie et le Portugal sont alors devenues prisées. Puis avec l’augmentation des prix, il y a  eu un léger basculement qui s’est fait au bénéfice de la Grèce (…). Ainsi, depuis 3 ans, la Grèce fonctionne formidablement bien, avec une très forte attractivité.  Toutefois, il faut noter que la Tunisie et le Maroc fonctionnent à nouveau très bien. La région des Émirats connaît aussi une forte demande et, d’une manière constante, nous avons toujours l’Océan Indien qui demeure une valeur sûre. Maurice, les Maldives et les Seychelles sont des destinations très appréciées (…). Nous avons aussi une très forte demande pour le Japon.

 

Le Maroc est-il encore une destination fiable ?

Nous n’avons jamais enlevé le Maroc de notre destination, contrairement à la Tunisie. Aujourd’hui, notre clientèle n’a pas de sentiment d’insécurité fort en ce qui concerne ce pays. Depuis 2011, nous avons vécu de nombreux événements qui se sont succédé, notamment entre les Printemps arabes, les attentats en France, la Turquie et deux attentats très importants en Asie… Il y avait au tout début des événements un ressenti très fort, mais depuis, d’une certaine manière, cela a été intégré. La situation impacte donc moins l’ensemble des opérateurs du tourisme, peut-être parce que les gens se disent que cela peut leur arriver demain matin à Bourges …

 

Quel est votre Chiffre d’affaires ?

En 2019, le volume d’affaires est de 100 millions d’euros environ, en croissance de 18%. Nous sommes 110 personnes. Nous traitons 100 à 160 000 dossiers qui représentent à peu près 350 000 clients.

 

Y-a-t-il encore une place pour les agences de voyages classiques ?

Depuis 20 ans, les chiffres montrent que le nombre d’agences de voyages classiques a énormément diminué. L’industrie du voyage est une industrie qui s’est en fait digitalisée, à l’instar de l’aérien et du booking. Nous participons à cette transformation avec notre marché de niche. Il y a cela dit une troisième vague qui a démarré plus récemment, et que nous appelons le in-destination. Il s’agit d’activités que l’on peut réaliser une fois parvenu à destination, tels un safari 4X4, un tour d’hélicoptère, un tour de vélo ou une dégustation culinaire… Ceux qui s’en sorte le mieux sont en fait ceux qui font du sur mesure, qui offrent des activités qui sortent du lot. Il y a clairement une demande très forte pour l’insolite.

 

Quels sont vos projets ?

Aujourd’hui, Verychic appartient en quasi-totalité au groupe Accor, qui devrait le détenir à 100% d’ici un an. A titre personnel, je ferai donc autre chose. L’idée qui me séduit, c’est de travailler à la dynamisation du tourisme des stations d’hiver, mais durant la saison d’été. Il y a eu un véritable développement du sport outdoor qui permet de rendre la montagne attractive. La montagne, l’été, est  d’ailleurs très accessible financièrement. Si les activités de sport d’hiver sont en effet extrêmement chères et s’adressent à une petite partie de la population, l’été, lorsque l’on fait du vélo, du vélo électrique, de la randonnée, cela ne coûte presque rien. Je pense que ce qui est intéressant, c’est de trouver des stations de moyenne altitude, car ce sont celles qui sont les plus agréables à cette saison. Je m’intéresse notamment aux Pyrénées, à des stations comme Font Romeu, où il n’est pas idiot de penser qu’il y a un véritable avenir.

 

Quelle est la destination qui vous fait rêver ?

A titre personnel, j’ai très envie d’aller en Ouganda ou au Rwanda, qui sont devenus des destinations à la mode. J’ai également envie d’aller en Ethiopie, pays qui dispose d’un fort bagage culturel. De la même manière, j’ai envie d’aller en Antarctique. J’ai envie de vous dire qu’en général, dresser une liste de destinations n’a pas beaucoup d’intérêt, car chacun à la sienne. Mon véritable désir, c’est de trouver des destinations qui sortent du voyage commoditaire et touristique de masse !

 

22/08/2019 - Toute reproduction interdite


Hervé Laffont
DR
De Cécile Martin-Cocher

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