L’année 2020 est historique. Fait plutôt rare, la récolte a commencé de manière précoce avec plusieurs semaines d'avance sur la saison. Alors que le raisin est traditionnellement coupé à la mi-septembre, des équipes entières de vendangeurs  sont à la tâche depuis la mi-août.                                                                                

                                                                              Reportage de Marie Corcelle.


Les conditions sanitaires liées à la crise du coronavirus n’ont fait qu'ajouter à la particularité de cette année. Par chance, l’apparition prématurée des grappes a permis de trouver facilement des travailleurs, comme des salariés en congé ou des étudiants, sans oublier les habitués répondant toujours à l’appel. Pour autant, malgré la présence de main d'œuvre et une ambiance toujours aussi conviviale, on ne badine pas avec les consignes de sécurité. La Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne (CAVB) avait d’ailleurs mis à la disposition des viticulteurs un guide des préconisations sanitaires pour les vendanges, à titre informatif.

Au Domaine Boillot-Barthod, à Chambolle-Musigny, les coupeurs se sont affairés aux vignes du 15 au 30 août. « Tous les employés étaient masqués à bord des véhicules, et lorsqu'il fallait se rendre aux lieux communs. Pendant les repas, les tables étaient espacées avec un nombre de places limités et des bouteilles de gel hydroalcoolique étaient disponibles », explique Clément Boillot, le gérant du domaine.
Quelques kilomètres plus loin, à Vosne-Romanée, le domaine de la Romanée Conti a lui aussi mis en place une organisation rigoureuse. Son directeur, Bertrand de Villaine, apporte quelques précisions : « Tout le personnel, aux vignes et en cuverie, avait à sa disposition des masques, des visières, du gel et même un gobelet individuel. Pour les repas pris sur place, nous avons fait en sorte que soit respecté un espace individuel suffisant. Nous savons opté pour un service à l'assiette afin de respecter un minimum de manipulation des plats et boissons ». Mais la mise en place de mesures sanitaires assez contraignantes a contribué à « des vendanges exceptionnellement longues, du 23 août au 10 septembre entre les Côtes de Nuits et Côtes de Beaune ».

Une récolte placée sous le signe du réchauffement climatique

Suite à une année marquée par l’aridité, avec un hiver doux et un printemps chaud, les rendements sont bien moins importants. Clément Boillot estime une diminution de 15% de ses récoltes par rapport à 2019 mais une qualité égale des fruits. « Les rendements sont plus faibles à cause de la sécheresse, mais la teneur en alcool des raisins est plus élevée. Je pense qu’il y aura une baisse sur les volumes de rouge en général cette année en Bourgogne ». Une vigne dite à haut rendement contiendra certes beaucoup de grappes, mais produira des raisins sucrés et davantage chargés en eau. A l’inverse, lorsque le rendement est plus faible, les raisins seront bien plus concentrés en termes de saveurs.

A la Romanée Conti, Bertrand de Villaine est rassuré: « Plus que le caractère précoce lui-même, c'est surtout l'énergie incroyable qu'a dû dépenser la vigne pour résister et ne pas décrocher trop vite suite à cette sécheresse implacable. En dépit de ce millésime éprouvant dit « de réchauffement climatique », nous avons reçu une vendange mûre et très saine. Les vignes ont donné de jolis fruits et nous avons rentré une récolte de belle maturité avec une proportion importante de raisins dit "figués" (fruits dans lesquels la proportion d’eau a fortement diminué par la concentration, et qui se caractérise par une contenance en sucre importante, ndlr ).

Il est encore un peu tôt pour faire état de conséquences précises : « Le vin demande du temps pour révéler sa personnalité et développer tout le potentiel d’un millésime donné, mais nous pouvons dire que nous sommes satisfaits de notre récolte » explique Bertrand de Villaine.
Toutefois, des incertitudes demeurent. Le Cabinet IWSR (The International Wine and Spirit Research) prévoit que le marché mondial du vin pourrait accuser une baisse des ventes de 13% en 2020, suite à la crise sanitaire actuelle. De nombreux vignerons risquent donc de se retrouver en difficulté, malgré des vendanges profitables.

25/09/2020 - Toute reproduction interdite.


Une ouvrière sélectionne les raisinsen France le 18 septembre 2019.
Regis Duvignau/Reuters
De GlobalGeoNews GGN