Alors que les Français se ruent en cette fin d’année 2021 sur les rendez-vous du rappel vaccinal contre la Covid-19, nombreux sont ceux qui se posent légitimement une question simple : combien d’injections seront nécessaires avant de considérer la pandémie comme un mauvais souvenir ? La réponse est beaucoup plus complexe qu’on ne croit. D'autant que le problème dépasse largement les frontières de notre pays, voire de l’Europe.

Par Alixan Lavorel

88,8% : c’est le taux de la couverture vaccinale en France à ce jour. Les Français, par choix ou contrainte, ont massivement pris le chemin des centres de vaccination ces derniers mois. Et « jamais deux sans trois », selon le dicton qui va désormais s’appliquer aux injections de vaccins contre la Covid-19. Depuis le 27 novembre dernier, tous les adultes ont la possibilité de recevoir une dose de rappel afin de conserver leur précieux sésame : le pass sanitaire. « Elle doit être administrée 5 mois après la dernière injection de vaccin (Pfizer-BioNTech, Moderna ou AstraZeneca) et 4 semaines après l'injection unique de Janssen », précise l’administration française. Mais une question émerge de plus en plus : jusqu’à combien de doses irons-nous avant un retour à la normale de nos vies et la fin de la pandémie ? « Pour l’instant, il est très compliqué de le savoir, nous n’avons pas assez de recul. L’analogie la plus proche est celle du vaccin annuel que l’on a pour la grippe et qui est bien moins efficace que ceux contre la Covid », explique le professeur Jean-Luc Cracowski, directeur du centre de pharmacovigilance du CHU de Grenoble. Difficile de répondre de manière évidente, par conséquent, selon les médecins et spécialistes. Deux éléments cruciaux seront en tout cas à prendre en compte ces prochains mois : la mutation du virus et la couverture vaccinale mondiale. « Il existe des variants de la Covid, c’est vrai, mais ils existent principalement parce que la population mondiale n’est pas immunisée », indique Mathieu Molimard, professeur de pharmacologie et chef du service de pharmacologie au CHU de Bordeaux. « Nous arriverons tôt ou tard à un état stable et durable, le jour où la population sera largement immunisée contre le virus, qui ne pourra alors plus circuler et donc plus muter », précise-t-il. Pour ce dernier, la seule arme pour sortir définitivement de cette crise sanitaire interminable est bel et bien la vaccination et le recours au rappel : « Nous avons l’avantage d’avoir du recul, en particulier provenant d’Israël, qui a initié très tôt des rappels vaccinaux dès cet été, et les chiffres sont très précis. Le rappel permet, six mois après la dernière dose injectée, d’augmenter de 80% à 90% la protection initiale du schéma vaccinal, voire de la dépasser ».

La vaccination des jeunes divise le monde scientifique

Malgré le faible nombre de jeunes ou d’enfants admis en services hospitaliers pour une forme grave de la maladie, ces derniers devront probablement repasser par la case vaccination, comme leurs aînés, en temps voulu selon les experts. Cependant, la vaccination de cette partie de la population peu impactée par les risques de la maladie soulèvent des questionnements au sein même du monde scientifique : « Non seulement il n’est pas nécessaire de vacciner les plus jeunes, mais c’est une erreur de le faire », estimait Christian Vélot - maître de conférences en génétique moléculaire à l’université Paris-Sud et vice-président du Comité de recherche et d’information indépendante sur le génie génétique (Criigen) - le 27 juillet dernier lors d’un entretien accordé à Fild. « En période de pandémie, par définition, le virus circule. Il y a donc émergence de variants (qu’il s’agisse, de manière générale, de mutants ou de recombinants). Si ceux-ci sont moins virulents que la souche d’origine et tout aussi bien neutralisés par les anticorps, tout va bien. Mais si ces variants échappent à l’immunité acquise (naturelle ou vaccinale) contre la souche d’origine, ils vont pouvoir proliférer, et d’autant plus que la souche d’origine est freinée par la vaccination de masse. Le variant a alors la voie libre car la souche d’origine ne peut entrer en compétition avec lui. Autrement dit, en vaccinant massivement en période de pandémie, on favorise les variants ».

Une version que conteste le professeur Cracowski, évoquant « une balance bénéfice/risque » plus que favorable : « La vaccination a deux objectifs : nous protéger individuellement et l’ensemble de la société. Si le bénéfice de la vaccination pour une personne âgée est immense, cela est moins évident pour les enfants. Ces derniers, même si des cas existent, ne sont que très rarement admis à l’hôpital pour forme grave », reconnaît le directeur du centre de pharmacovigilance du CHU de Grenoble. « En revanche, à l'échelon collectif, les barrières que mettent la vaccination au niveau de la propagation du virus sont les mêmes pour tous, peu importe l’âge ».

Tout juste entamée en France, la campagne de rappel souffre d’un inconnu perturbateur : le nouveau variant Omicron. « On s’attend malheureusement à une baisse de l’efficacité des vaccins face à Omicron, mais nous n’aurons ces données que d’ici un mois environ », rappelle le professeur Mathieu Molimard. « Quant aux objectifs de stabilisation totale de la pandémie d’ici fin 2022 ou 2023, tout dépendra de l’arrivée d’autres variants plus ou moins contagieux, et qui passeront ou non entre les mailles du filet vaccinal ». Toutefois, le chef du service de pharmacologie du CHU de Bordeaux se veut rassurant, évoquant un vaccin avec un taux de protection toujours très important malgré les variants : « Si on m’avait dit en début d’année 2020 que les vaccins contre la Covid seraient aussi efficaces, je ne l’aurais pas cru. C’est une réelle chance et une prouesse scientifique d’avoir d’aussi bons résultats en aussi peu de temps ; et cela, les gens ont du mal à s’en rendre compte ».

Alors que 25% de la population française âgée de plus de 12 ans a reçu sa dose de rappel depuis le 12 décembre dernier, le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy estimait « possible », le 8 décembre dernier au Sénat, « que nous ayons besoin à un moment donné d'une quatrième dose ». Anticipation ou scepticisme ? Seul le temps le dira.

15/12/2021 - Toute reproduction interdite


Des personnes attendent après l'injection d'une dose du vaccin "Comirnaty" Pfizer BioNTech dans un centre de vaccination à Nantes, le 6 octobre 2021.
© Stephane Mahe/Reuters
De Alixan Lavorel