L'hystérisation des échanges au sujet de la gestion de la crise de la Covid-19 - et de la vaccination - risque de conduire à une rupture sociale. Et l'incompréhension des décisions politiques participe de ce chaos annoncé.

La chronique de Francis Mateo

Le débat est devenu si tendu qu'il faut ouvrir son dossier médical avant toute discussion : vacciné ou pas ? En d'autres termes : êtes-vous un bon citoyen ou faites-vous « preuve d'incivilité » ? Car c'est exactement le terme employé par Emmanuel Macron pour désigner ceux qui n'ont pas été vaccinés contre la Covid-19. Un jugement incendiaire de la part d'un président de la République incapable de d'imposer des décisions claires et cohérentes, qui s’apparente à un grand coup de pied dans un essaim de frelons asiatiques. Comme si le plus haut représentant de l’État voulait exciter des passions déjà à vif. N'hésitant pas au passage à stigmatiser, sinon criminaliser un personnel soignant exposé à de fortes charges virales au début de la pandémie... parce que l'hôpital (et l’État) étaient incapables de fournir des blouses et des masques de protection !

Désigner des coupables, ce n'est pas seulement une manière assez pitoyable de vouloir masquer l'incompétence d'un gouvernement empêtré dans ses contradictions. C'est couper court à toute tentative de questionnement, de réserves pourtant aussi légitimes que peuvent être les avis du Pr. Michaël Peyromaure (chef du service urologie de l'hôpital Cochin) ou du docteur Gérald Kierzek.

La crise vire au jaune, tendance gilet

Emmanuel Macron ne fait que jeter un peu plus d'huile sur le feu, et il est en ce sens – hélas - conforme à sa conception de la fonction présidentielle : clivante, excluante. Il y a ceux qui traversent la rue, et ceux qui restent au bord du trottoir. À chaque jour qui passe, à chaque jugement à l'emporte-pièce du pouvoir exécutif, cette crise sanitaire s’apparente d'ailleurs toujours davantage à l’exposition sociale des « Gilets jaunes ». Jusque dans le mépris que certains dirigeants politiques et chroniqueurs assermentés déversent à longueur « d'expertises ».

S'il faut trouver une vertu à ce « non-débat », c'est qu'il permet pour le moins à chacun de clarifier ses positions par rapport à l’État de droit et la démocratie. Et on a bien compris celles du député UDI Jean-Christophe Lagarde lorsqu'il déclare : « Est-ce qu'on doit payer des réanimations à des gens qui ont refusé de se protéger ? »

La comparaison est tout aussi absurde que celle de la Covid-19 avec la grippe espagnole ou la tuberculose (pourtant tellement entendue !), mais les propos du député de Seine-Saint-Denis rappellent les positions de Platon, qui estimait que seuls les accidentés du travail et les blessés de guerre devaient être soignés aux frais de la Cité. Car les autres malades athéniens l'avaient sans doute bien cherché, par leurs excès ! On sait le peu de considération que Platon portait à la démocratie. Le fondateur de l'Académie a fait école.

15/07/2021 - Toute reproduction interdite


Le président Emmanuel Macron et le ministre de la Santé Olivier Veran rencontrent des membres du personnel médical et des patients lors d'une visite à l'hôpital Foch à Suresnes le 22 avril 2021
© Christian Hartmann/Reuters
De Francis Mateo