La plupart des survivants des attentats du 11 septembre aux États-Unis, ou du 13 Novembre 2015 à Paris, ont été gravement impactés psychiquement, et souffrent du syndrome de stress post-traumatique. Patrice Schoendorff, psychiatre et médecin-légiste aux Hospices Civils de Lyon, nous explique pourquoi la prise en charge rapide de ce syndrome - fondée sur une méthode reposant sur l’aspect cognitif de notre cerveau - pourrait permettre aux patients une meilleure résilience.

La chronique de Patrice Schoendorff

 

 

Depuis la guerre de 14-18, la question du psycho traumatisme et de ses conséquences s’est imposée progressivement à la communauté médicale, aux pouvoirs publics et à l’opinion. Elles ont fini par réaliser l’importance de cette problématique face au nombre impressionnant de pertes psychiques et la nécessité de reconnaître que ces hommes qui n’étaient plus capables de combattre étaient de véritables « malades » et non des simulateurs. Il s’agissait en fait de graves blessés psychiques. Auparavant, à l’issue des guerres napoléoniennes, de graves troubles psychiques avaient été constatés chez les grognards par les médecins militaires avec la survenue de nombreux suicides dans leurs rangs, parfois bien des années après qu’ils aient combattu.

Jusqu’alors, les blessés psychiques de guerre étaient très mal considérés par l’autorité militaire, et généralement par l’opinion. Souvent qualifiés de « mauviettes », de « lâches », de « peureux », ils étaient soupçonnés de vouloir « s’embusquer » pour des motifs fallacieux, en simulant des troubles factices. Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) ou Syndrome de Stress Post Traumatique (SSPT) est la dénomination récente d'un ensemble de symptômes observés et étudiés depuis le 19ème siècle sous différentes appellations.

Les séquelles psychologiques graves des vétérans américains de la guerre du Vietnam, médiatisées dans les années 1970, ont provoqué un regain d'intérêt pour la pathologie traumatique. En 1974, Burgess et Holmstrom ont publié un article sur le "rape trauma syndrome" (le syndrome de traumatisme du viol), identifiant les séquelles psychologiques et somatiques d'un autre traumatisme peu évalué jusqu’alors : l'agression sexuelle. C’est finalement l'influence de plusieurs groupes de pression pacifistes et féministes américains décidés à faire reconnaître l'impact négatif d'expériences traumatisantes qui ont contribué à encourager et financer la recherche dans le domaine, ce qui a abouti à une description précise du syndrome de stress post traumatique.

En France, la prise en compte du psycho traumatisme et du syndrome de stress post traumatique s’est concrétisée par la mise en place des Cellules d’urgences médico psychologiques (CUMP) en 1997, à la suite des attentats du RER à Paris en 1995, à l’initiative d’un médecin psychiatre militaire du Val De Grâce, le Général Louis Crocq.

Le psycho traumatisme constitue l’une des questions majeures de la psychiatrie contemporaine. L’état de stress post-traumatique constitue une réponse différée ou prolongée à une situation ou à un événement stressant (de courte ou de longue durée), exceptionnellement menaçant ou catastrophique qui provoquerait des symptômes évidents de détresse chez la plupart des individus. Les symptômes typiques comprennent la reviviscence répétée de l'événement traumatique, dans des souvenirs envahissants que l’on appelle des « flashbacks », mais aussi des rêves ou des cauchemars. Ils surviennent dans un contexte durable d' « anesthésie psychique » et d'émoussement émotionnel, de détachement par rapport aux autres, d'insensibilité à l'environnement et d'évitement des activités ou des situations pouvant réveiller le souvenir du traumatisme. Les symptômes précédents s'accompagnent habituellement d'un hyperéveil neuro-végétatif, avec hyper vigilance, c’est-à-dire un état de « qui-vive » et d’insomnie, associés fréquemment à une anxiété, une dépression, ou des idées suicidaires.

La période séparant la survenue du traumatisme et celle du trouble peut varier de quelques semaines à quelques mois, et survenir des années après le psycho traumatisme initial, comme des médecins militaires l’ont observé chez certains Grognards de l’époque napoléonienne et chez des vétérans de la guerre d’Algérie. Si la prise en charge n’est pas adéquate ou absente, le trouble peut présenter une évolution chronique, durer de nombreuses années, et entraîner une modification durable de la personnalité.

Aujourd’hui le psycho traumatisme grave devrait toujours faire systématiquement l’objet d’une prise en charge rapide et efficace par des professionnels formés à ce type de problématiques pour éviter donc la survenue néfaste d’un syndrome de stress post traumatique.

Ces professionnels peuvent être des secouristes, des pompiers, des membres des CUMP, psychiatres des urgences, des psychologues en ce qui concerne la prise en charge du psychotraumatisme, et des psychiatres et psychologues spécialisés pour le traitement du syndrome de stress post-traumatique.

Intervenir au plus vite

Dans la prise en charge du psycho traumatisme il existe aujourd’hui deux techniques principales qui s’opposent conceptuellement, dont une récente, manifestement plus novatrice et efficace. Il s’agit de la méthode israélienne 6C, : Commitment (Engagement), Cognition, Challenge, Contrôle, Continuité, Continuation. Une méthode conçue par le Pr Farchi.

Les Israéliens ont constaté que le psycho traumatisme devait être pris en charge dans les 6 heures suivant le traumatisme : cette méthode d’intervention se fonde sur l’aspect cognitif de notre cerveau pour gérer des situations stressantes, plutôt que sur son aspect émotionnel.

Cela permettrait, en une minute seulement, de rendre opérationnelle une personne qui ne l’était plus, et de prévenir des séquelles sur la mémoire, qui induiraient les troubles du stress post-traumatique (TSPT). Cette méthode est désormais adoptée par Tsahal, l’US Army et la Bundeswehr.

Mais en France, elle se heurte à « l’establishment » des Cellules d’Urgence Médico Psychologiques qui à priori refusent d’envisager de reconsidérer le protocole existant basé de manière quasi sacrosainte sur le debriefing et le « defusing »* de la personne impactée. Cette méthode joue sur la partie émotionnelle du cerveau et priverait les personnes impactées par le traumatisme de « résilier » selon les israéliens, c’est-à-dire qu’elle empêcherait l’émergence d’une possible résilience et augmenterait aussi le risque de développer un TSPT.

En ce qui concerne le syndrome de stress post traumatique, même s’il n’existe pas de traitement de fond avéré, la plupart des auteurs semblent s’accorder sur l’intérêt des prescriptions d’anxiolytiques et d’hypnotiques et en cas de dépression associée, un traitement antidépresseur peut être indiqué. On a recours parfois aussi, aux anti-psychotiques. Certaines psychothérapies sont également recommandées : thérapie comportementales et cognitives (TCC), thérapie d’inspiration analytiques, EMDR (intégration neuro émotionnelle par les mouvements oculaires) qui est une forme d’hypnose.

Espérons que des problèmes d’ego ne nuisent pas à certains réajustements sans doute nécessaires dans notre façon de traiter et de venir en aide aux traumatisés psychiques… Il faut en revanche retenir que depuis la « grande guerre » beaucoup de progrès ont été réalisés sur la question du psycho traumatisme, la connaissance de cette problématique psychologique complexe et de ses complications éventuelles (TSPT). Sa reconnaissance et l’élaboration de modalités de prise en charge efficaces doivent bien évidemment s’inscrire au-delà des positions institutionnelles trop rigides et tenir compte des avancées internationales en la matière.

* Le defusing vient du terme anglo-saxon qui se traduit généralement par « déchoquage » ou « désamorçage ». C’est une intervention psychologique d’urgence pour des personnes qui ont été confrontées à un événement traumatique. Cette approche thérapeutique est assez souple. Les entretiens sont généralement de courte durée, en individuel ou par petits groupes, sur les lieux ou à proximité de l’évènement. Le defusing intervient dans un contexte immédiat où l’ensemble des réactions aigues ne sont pas de l’ordre du pathologique. C’est leur évolution et leur fixation dans le temps qui le devient.

Le débriefing psychologique est un entretien structuré mené idéalement dans les 48 à 72 heures et au plus tard dans les 7 jours suivant l’incident critique. Durant cette session, les personnes affectées par un événement potentiellement traumatisant sont invitées à verbaliser leur expérience.

17/09/2021 - Toute reproduction interdite



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De Patrice Schoendorff