Au Japon, d’après la Constitution de 1947, seuls les hommes nés au sein de la famille impériale peuvent accéder au Trône du chrysanthème. Aujourd’hui, les Japonais se disent prêts à voir la princesse Aiko sur le trône après son père Naruhito, qui, le 1er mai, deviendra le 126° Empereur du Japon. Explications.

Femmes, Hommes, Princesses et Empereurs

Le Japon est parmi les premier pays au monde à avoir permis aux femmes d’accéder au trône bien que, depuis le 8° siècle, ce ne soit plus le cas. Aujourd’hui, au sein de la famille impériale, il y a plus de femmes que d’hommes. Le Japon se pose ainsi des questions sur l’opportunité de modifier la Constitution et de permettre aux princesses d’accéder au Trône. Sur la question de l’égalité hommes-femmes, il y a toutefois beaucoup de contradictions : d’une part les écoles autorisent les élèves masculins à s’habiller avec la tenue féminine, et les filles avec la tenue masculine et, d’autre part, sur un plan de la langue, il existe un japonais des hommes et un japonais des femmes. Un homme ira par exemple chez le boulanger, quand une femme ira chez « l’honorable boulanger », et prendra une « noble douche », etc.

D’après la Banque Mondiale, 50% des femmes japonaises travaillent, mais les inégalités professionnelles sont bien visibles : les femmes sont encouragées à travailler à temps partiel, mais à arrêter quand elles deviennent mères. Ainsi, récemment, une université de médecine à Tokyo a baissé les notes des femmes à son concours d’entrée, afin de maintenir un quota favorable aux hommes. Le cas de la future Impératrice, la princesse Masako, est emblématique de ce paradoxe. Lors de son mariage, elle a dû renoncer à une carrière diplomatique très prometteuse : diplômée en économie à Harvard, elle parle l'anglais, le français, le russe, l’allemand et l’espagnol. En réalité, elle ne souhaitait pas démissionner de son poste, mais la maison impériale a fait pression sur elle.

Mythes Histoire et Actualité

Si le Japon a connu essentiellement des Empereurs, il y eut aussi des Impératrices. L’histoire de certaines d’entre elles relève du mythe. C’est le cas de la Reine Himiko. On suppose qu’elle a régné de 188 à 248 sur la région de Yamatai, le proto-Japon. Selon un texte chinois du 3° siècle, Himiko était une prêtresse dotée de pouvoirs surnaturels et, d’après les historiens, elle aurait fédéré les différentes principautés du proto-Japon.

La princesse Suiko (554-628) fut quant à elle la première femme à devenir Impératrice du Japon (33° empereur). Elle est connue pour avoir envoyé la première ambassade en Chine, pour avoir adopté une Constitution d’inspiration bouddhiste et confucéenne, ainsi que pour avoir structuré les fonctionnaires d’état en rangs, à l’instar de la Chine. Au 7° siècle, l’Impératrice Shotoku tenta de mettre son amant, le moine bouddhiste Dōkyō, sur le trône. Depuis lors, les femmes ont été interdites à la succession impériale car considérées trop influençables.

En dépit de la tradition, en 1629, la princesse Meishō fût nommé 109° « Empereur » et son règne dura jusqu’en 1643. En 1762, la princesse Go-Sakuramachi (1740 – 1813) devint à son tour le 117° impératrice du Japon, accédant au trône par un décret spécial, son fils n’ayant alors que 5 ans. Toutefois, dans l’iconographie officielle, elle est représentée en homme, et arborant une barbe.

Aujourd’hui, la question de la succession féminine se pose donc à nouveau car il n’y a plus suffisamment d’héritiers masculins. En effet, après Naruhito (59 ans), restent seulement trois hommes dans la famille impériale : le Prince Akishino (53 ans), deuxième fils du couple impérial actuel, le Prince Hisahito (12 ans), fils du Prince Akishino, et le frère de l'empereur Akihito, âgé de 83 ans. Les Japonais s’interrogent donc sur le futur de leur système politique.

Il est à noter que les jeunes princesses sont très populaires dans leur pays, et qu’elles ont même des fans club comme les « idols » (jeunes artistes japonais à l'image gaie et innocente : chanteurs, acteurs, modèles, etc.). Elles participent par ailleurs activement à la vie religieuse et culturelle de leur pays, ce qui les rend très populaires.

Il faut savoir que, lors de son mariage, une princesse sort toutefois de la famille impériale. Par conséquent, ses enfants ne peuvent hériter du trône. Si elle ne se marie pas, elle restera partie intégrante de la famille impériale, mais il sera hors de question pour elle d’avoir un enfant. Par conséquent, si l’on ne change pas les règles de succession et si le prince Hisahito, né en 2006, n’a pas de « fils de sexe masculin », la dynastie japonaise risque de s'arrêter.

17/04/2019 - Toute reproduction interdite


La princesse héritière Masako (à droite) et le prince héritier Naruhito quittent le palais impérial de Tokyo le 29 octobre 2014 pour une cérémonie de bienvenue en l'honneur du roi Willem Alexander et de la reine Maxima des Pays-Bas.
Issei Kato/Reuters
De Iole De Angelis