| 20 juin 2020

Une colère bleu-blanc-rouge

De GlobalGeoNews GGN
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                                                                                     L’édito de Guillaume Bigot

Une image choquante a fait le tour des réseaux sociaux cette semaine, c’est celle d’une petite  femme de 50 ans, en blouse blanche tirée par les cheveux par les CRS en marge de la manifestation parisienne des soignants.

On apprendra que cette femme avait provoqué les forces de l’ordre, en lançant sur eux des projectiles. On apprendra également qu’elle faisait partie des personnels de santé que l’on a applaudi tous les soirs pendant deux mois et qui ont mis leur vie en danger pour les nôtres.

Nous sommes trois mois après la crise pandémique et les salaires des médecins et des infirmiers restent toujours 30 % en dessous de la moyenne de ceux de l’OCDE.

On peut comprendre sans l’excuser que cette femme, elle-même atteinte du covid 19, ait été au bord de la crise de nerfs.

De même que l’on peut comprendre, sans l’excuser, la réaction brutale de CRS poussés à bout par de deux ans ininterrompus de crise de gilets jaunes, de manifestations pour les retraites, de provocations des blacks-blocks et d’émeutes dans les banlieues.

Ces deux professions, que cette image oppose, se ressemblent. En situation de crise, nous avons tous pu mesurer leur dévouement et leur professionnalisme 

Ces professions sont occupées par des Français qui risquent leur vie pour des clopinettes. 

Durant la crise sanitaire, 3800 professionnels de santé ont été touchés par le Covid,  25 en sont morts. En 2019, plus de 20 000 policiers et gendarmes ont été blessés, plus de 20 sont tombés en service. 59 se sont suicidés.

Ces hommes et ces femmes ont le même employeur : l’État, dirigé par le politique. Le gouvernement a pu, jusqu’ici, compter sur leur loyauté. Mais ces soignants et ces forces de l’ordre peuvent-elles compter en retour sur le gouvernement ? 

Le président qui pense que, dans les gares, on croise des gens qui ne sont rien alors qu’ils vont travailler pour servir les autres, comment pourrait-il les comprendre lui qui ne croit qu’au marché ?

Après trois mois de lutte contre le virus, les blouses blanches méritaient mieux qu’un Ségur pour gagner un peu de temps.

Ce qu’elles réclament est très clair et très juste : être décemment rémunérés et faire en sorte que l’hôpital soit dirigé par des médecins et non par des managers car les patients ne sont pas des clients.  Les forces de l’ordre qui attendent toujours que des millions d’heures supplémentaires leur soit payées méritaient mieux que d’être traités de racistes.Cela fait des années qu’ils réclament des gilets pare-balles et des véhicules pour faire leur travail. Et soudain, on leur annonce qu’on va les équiper de caméras. 

Les uns et les autres aspirent à un peu de dignité et de reconnaissance. 

Les uns et les autres sont sacrifiés sur l’autel de la construction européenne et du remboursement d’une dette qui n’est plus remboursable. 

Alors que le virus repart en Chine et que rien ne garantit contre une seconde vague pandémique, est-il bien raisonnable d’espérer calmer les soignants avec des médailles ? 

À la veille d’une rentrée sociale qui s’annonce explosive en raison de la plus grave récession que le monde ait connu depuis 1929 et alors que les banlieues sont en ébullition, il ne serait pas raisonnable que le Président de la République se laisse aller une nouvelle fois à provoquer « son » peuple comme il dit, en lui proposant de venir le chercher.

Cette fois, il pourrait ne pas y avoir suffisamment de personnels en tenue pour le protéger. 

La crise des gilets jaunes, la réforme des retraites, l’embrasement des cités, à chaque fois, la police et la gendarmerie qui n’en pensent pas moins font preuve de loyauté et obéissent aux ordres. C’est le vieil adage romain fondement de toute République : cedant arma togae ; les armes doivent obéir à la toge.

Le pouvoir serait cependant bien inspiré de ne pas trop tirer sur la corde.

Mais restons optimiste, on a aussi vu une autre image cette semaine et celle-ci est infiniment plus enthousiasmante pour l’avenir du peuple français.

À Nîmes, à Lille, à Corbeilles Essonne, policiers et soignants se sont applaudis. 

Des scènes de fraternisation qui font chaud au cœur. 

Les CRS ont déposé leurs casques bleus en hommage, les infirmières ont déposé leurs blouses blanches en marque de respect. 

Le blanc et le bleu s’unissent. Il ne manque plus que le rouge des pompiers -et ce fut le cas à Douai- pour que les Français, qui gardent au fond d’eux, ce que Georges Orwell appelait la décence commune, se remettent à croire dans leur avenir et reprennent en main leur destin.

 

Guillaume Bigot est politologue et essayiste. Contributeur du magazine Front Populaire, il analyse et décrypte l’actualité politique et sociale pour la chaine de télévision CNEWS et GlobalGeoNews. Auteur de La Trahison des Chefs (Fayard 2013) qui dénonçait le remplacement du commandement politique par le management des gestionnaires, il prépare son huitième essai aux éditions Plon : Populophobie, pourquoi il faut remplacer la classe dirigeante française@Guillaume_Bigot

21/06/2020 - Toute reproduction interdite


Des policiers participent à une manifestation contre les réformes du ministre français de l'intérieur Christophe Castaner, près de l'Arc de Triomphe à Paris, le 14 juin 2020.
Benoit Tessier/Reuters
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