Analyses | 4 octobre 2020

Un soldat pour diriger la France ?

De Emmanuel de Gestas
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Y-aurait-il une nostalgie pour l’autorité en France ? Celle-ci pourrait-elle être incarnée par un (ex) militaire ? Nous avons demandé à d’anciens officiers supérieurs engagés en politique de répondre à cette question.  

                                                                           Par Emmanuel de Gestas

 

A trois reprises, la France fut gouvernée par un soldat.

Napoléon Bonaparte, général à 24 ans seulement, connut un destin aussi fulgurant que brillant à la tête de l’État. Quelques décennies plus tard, le maréchal de Mac Mahon devint président de la République, alors même qu’il était monarchiste. Enfin, plus près de notre époque, le général de Gaulle, après une épopée militaire hors du commun, fondait nos institutions actuelles et le régime dans lequel nous vivons encore : la Ve République.

Si l’on songe à tous nos rois de France, qui furent des guerriers avant d’être des administrateurs, notre Histoire est pleine de soldats devenus, par la force des choses, des politiques. Pensons aussi à Hubert Lyautey, gouverneur général du Maroc et auteur du fameux Rôle social de l’officier, ou au maréchal Gallieni, qui inspira les travaux de Lyautey en administrant et développant Madagascar.

Alors, à notre époque postmoderne, qu’est-ce qui pourrait bien expliquer cette envie de (re)voir un militaire gouverner la France, comme certains le réclament ?

Pour le général Tauzin (er), ancien patron des forces spéciales de l’Armée de Terre, il y a « un ras le bol d’une partie des Français devant l’inversion totale, qui est que les politiques servent des intérêts idéologiques, économiques, ou même purement égoïstes, au lieu de servir la France et les Français ». Ce constat sans appel est partagé par le général Soubelet (er), ancien officier de gendarmerie et vice-président du parti Objectif France : « Les Français n’ont plus confiance dans les hommes politiques ! ».

Pour ces deux haut-gradés, les militaires ont des qualités que recherchent désespérément les Français dans leur personnel politique. « Les militaires ont une qualité précieuse et indispensable : la confiance. Ils disent ce qu’ils font, et font ce qu’ils disent » explique Bertrand Soubelet.

Comme le rappelait le titre éponyme de l’ouvrage à succès de l’ancien chef d’Etat-Major des Armées, brutalement renvoyé par Emmanuel Macron à l’été 2017, Pierre de Villiers, les militaires sont d’abord là pour servir. « Avant de se servir » précise le général Tauzin.

Bertrand Soubelet  pointe cependant la contradiction entre une forte nostalgie pour Charles de Gaulle, qui balaye l’ensemble du champ politique, et les reproches souvent adressés aux militaires, qui seraient incapables d’exercer le pouvoir ou des responsabilités civiles.

Après tout, relève l’ancien gendarme, De Gaulle était officier de carrière, et cela ne l’empêcha pas de mener par la suite une brillante ascension politique.

Un inconscient monarchiste des Français ?

Mais comment comprendre cette aspiration du peuple français pour l’autorité ?

Cette envie d’incarnation forte s’explique peut-être par un inconscient monarchiste des Français, peuple rebelle, révolutionnaire, certes, mais ayant gardé malgré tout un vieux fond légitimiste. Emmanuel Macron lui-même l’a compris lorsqu’il a dit que la France avait perdu une part d’elle-même en tuant son roi, dont « fondamentalement, les Français n’avaient pas voulu la mort ».

Sans doute est-ce là qu’il faut chercher cet appétit du peuple français pour les figures tutélaires de substitution. La dernière en date, Charles De Gaulle, a même conçu la Ve République comme « une tête monarchique sur un corps républicain » (Patrice Gueniffey, Napoléon et De Gaulle, deux héros français, Perrin, 2017), remplaçant l’onction royale et le couronnement du sacre par l’élection du  Président de la République au suffrage universel direct.

En ce sens, choisir démocratiquement un officier, un guerrier, un chef, pour présider au destin de la Nation pour au moins cinq années, ce serait, dans l’inconscient collectif, renouer avec la Tradition. Non pas, selon le mot de Gustav Mahler, « la vénération des cendres, mais la passation du feu ».

L’assurance, peut-être, que l’essentiel de ce qui constitue la France sera, en dépit des aléas et du tragique de l’Histoire, conservé, chéri, embelli et transmis.

L’essentiel, somme toute.

 

05/10/2020 - Toute reproduction interdite


Le général Bertrand Soubelet
/DR
De Emmanuel de Gestas

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