L'année à venir pourrait s'avérer la plus incertaine de ces derniers temps: entre le plongeon dans l'inconnu avec un processus de Brexit qu'aucun des acteurs ne semble même saisir dans une situation de sécurité globale incluant des marchés extrêmement dangereux où votre entreprise est présente ou souhaiterait ouvrir un bureau.  

Une récente enquête menée auprès des cadres supérieurs de 40 grandes entreprises mondiales de différents secteurs d'activité a révélé que 60 % d'entre eux ont déclaré que le niveau de risque politique avait augmenté depuis l'an dernier et que près de 70 % ont déclaré avoir réduit leurs activités dans un pays en raison de préoccupations ou de pertes liées au risque politique. En outre, plus de 70 % ont déclaré s'être abstenus d'effectuer des investissements prévus en raison de préoccupations liées aux risques politiques.

La sécurité pourrait devenir une pièce encore plus indispensable du puzzle de l'entreprise au cours de la prochaine année, lorsque les conseils d'administration commenceront à examiner la réflexion stratégique géographique ainsi que les risques juridiques et de réputation. L'exemple de la multinationale cimentière franco-suisse LafargeHolcim mérite réflexion pour de nombreuses entreprises. LafargeHolcim a été impliqué dans un scandale aux proportions gigantesques qui a déjà eu des conséquences irréversibles sur l'entreprise. La société aurait remboursé des groupes djihadistes en Syrie, y compris l'État islamique, afin de continuer à exploiter son usine dans le pays. La société a été inculpée en France pour complicité de crimes de guerre, financement d'une organisation terroriste et violation d'un embargo. Le cours de l'action de la société a chuté, le PDG a dû démissionner, huit cadres supérieurs ont été inculpés et le siège social à Paris a été fermé. Ce n'est peut-être que le début. Cette affaire pourrait ouvrir une boîte de Pandore et de nombreuses autres entreprises pourraient être poursuivies pour avoir opéré en Syrie et en Irak pendant la guerre civile. Les conseils d'administration et les comités exécutifs sont susceptibles d'être beaucoup plus sensibles aux risques, qu'ils soient légaux ou liés à la réputation, liés au fait d'opérer sur des marchés dangereux. Néanmoins, il est intéressant de noter que certaines grandes multinationales cherchent à entrer ou à revenir en Syrie maintenant, malgré la situation sécuritaire chaotique. Le rapport risque/rendement est encore à l'étude et certaines entreprises ont l'estomac solide pour pénétrer ou rester sur des marchés très risqués comme l'Irak et la Libye. Il semble cependant qu'entre les pertes en vies humaines, les enlèvements, les poursuites judiciaires et les éventuels dommages à la réputation, chaque entreprise devrait vraiment se concentrer sur l'écoute attentive de ses professionnels de la sécurité et des experts externes qui connaissent les risques géopolitiques et terroristes. Malheureusement, dans certains cas, l'opinion de l'équipe de sécurité est rejetée par le conseil d'administration qui est fixé sur les profits qu'un marché risqué peut générer.

Si cela n'était pas suffisant, la menace des initiés risque d'être encore plus grave et les entreprises devront consacrer plus de ressources à l'examen approfondi de leurs employés, de peur d'avoir des atteintes à la sécurité ou même des incidents majeurs. Le scandale récent de quelques aéroports en France, en Belgique et en Suisse, où des personnels figurant sur la liste terroriste nationale ont été radicalisés, en est la preuve.

Enfin, nous avons vu récemment ce que nous appelons un " djihad économique " où les islamistes ont réussi à cibler les entreprises occidentales par un boycott de leurs produits : c'est le cas par exemple au Maroc contre la multinationale alimentaire française Danone.

Aujourd'hui plus que jamais, les risques de sécurité sur plusieurs fronts, qui peuvent affecter directement les résultats financiers d'une entreprise, doivent être compris, étudiés et atténués par le service de sécurité, la véritable équipe de première intervention.

12/15/2018 - Toute Reproduction Interdite


Le logo du groupe alimentaire français Danone est visible au siège de la société à Paris, le 20 décembre 2017.
Charles Platiau/Reuters
De Olivier Guitta