Alors que les policiers enterrent le brigadier Éric Masson quelques semaines seulement après avoir inhumé l’adjointe de sécurité Stéphanie Monfermé, on comprend leur chagrin mais on ne comprend pas nécessairement la colère froide qui s’est emparée de toute une profession.               

La chronique de Guillaume Bigot. 

C’est cette même colère sourde qu’exprime aussi la nouvelle tribune des généraux.

Un même sentiment que l’autorité démocratique est bafouée, piétinée tous les jours. S’agit-il d’un fantasme d’extrême droite, d’une lubie de factieux ?

Pour répondre à cette question de la manière la plus froide possible, je me suis plongé dans la presse régionale pour y recenser les violences subies par les forces de l’ordre au cours des quatre dernières semaines.

Je laisse le lecteur juge du résultat en l’avertissant que ce qu’il va lire ne constitue que la partie visible de l’ensauvagement de notre pays. Je prie également le lecteur de bien vouloir pardonner le caractère fastidieux et répétitif de cette liste d’« incivilités » comme préférèrent les appeler les héritiers du régime de Vichy.

Le 5 mai, jour où Éric Masson est assassiné, des jeunes se sont filmés en train d’attaquer un véhicule de police à Corbeil-Essonnes. Aux Ulis, au même moment, deux policiers sont blessés en intervention.

Le 3 mai, à Guyancourt, des policiers essuient des tirs de mortiers, une voiture de police est volontairement percutée. Le même jour, à Carrières - sur-Seine, les policiers sont pris pour cible tandis qu’à Neuilly-sur-Marne, une policière est blessée. Le 2 mai, à Romans-sur-Isère, des policiers sont caillassés. Le même jour, à Corbeilles-Essonne, des policiers sont ciblés par des tirs de mortier et par des jets de cocktails Molotov. Le 1er mai, dans les Yvelines, un chauffard roule sur les pieds d’un policier qui voulait le contrôler. Le 1er mai, lors d’une nouvelle nuit d’émeutes à Trappes, des policiers reçoivent cocktails Molotov et des mortiers de feu d’artifice. Le même jour, dans la cité des Tarterêts, à Corbeil-Essonnes, les policiers sont caillassés. Le 30 avril, à Combs - la-ville en Seine et Marne, trois policiers sont grièvement blessés lors d’une tentative de lynchage. Le 28 avril, à Étampes, des policiers sont agressés. Le 27 avril, à Roissy-en-Brie, des policiers sont encerclés par une cinquantaine d’individus. Le 26 avril à Bagnolet, un policier est lynché par plusieurs individus au cri de « tuez-le, c’est un chien de flic. » Le même jour, à Villers-Saint-Pau, dans l’Oise, des policiers essuient des tirs de mortiers et d’autres fonctionnaires subissent le même sort à Provins. Le 25 avril, à Compiègne, des policiers sont reçus par des jets de pierres et de mortiers. Le même jour, à Echirolles, les visages de 3 policiers menacés de mort sont placardés dans une cité. C’est aussi le jour où Stéphanie Monfermé est égorgée à Rambouillet. Le 23 avril, à Vaulx-en-Velin, le commissariat est visé par des mortiers d’artifice tandis qu’à Villetaneuse, les photos de 9 policiers sont placardées dans un hall d’immeuble. Le même jour, à Muret, en Haute-Garonne, des gendarmes sont caillassés. Le 22 avril, à Bourgoin-Jallieu, deux policiers sont blessés. Le même soir, à Compiègne, visés par des tirs de mortier, des fonctionnaires de police doivent se replier. Au même moment, à Pau, 4 policiers sont blessés par une trentaine d’émeutiers. Le 21 avril, à Tourcoing, le domicile d’un policier est criblé par des tirs de mortier. Le 20 avril, à Lyon, des jeunes insultent et frappent des policiers. Durant la même soirée, à Tourcoing, des policiers sont visés par des jets de pierres et des tirs de mortiers d'artifice. À Reims, le 20 avril toujours, un individu qui menaçait les passants avec un couteau casse deux dents à une policière. Le 19 avril, alors que le président Macron et le Ministre Darmanin sont en déplacement à Montpellier pour évoquer les enjeux de sécurité, à quelques centaines de mètres, un piéton est grièvement blessé de trois balles en pleine rue. Le 18 avril, dans l’agglomération lyonnaise, 3 policiers sont blessés lors d’une nuit d’émeutes. Le 15 avril, à Grenoble, les policiers essuient des tirs de mortiers. Le 14 avril, à Épinay-sur-Seine, des photos de policiers sont placardées dans des halls d’immeuble. Le 13 avril, à Melun, une caserne de gendarmerie est ciblée par des tirs mortiers. Le 11 avril, à Corbeilles-Essonne, des jeunes lancent des cocktail Molotov sur les forces de l’ordre. Le même jour, à Périgueux, une policière est étranglée alors qu’elle tente d’interrompre une soirée clandestine. Le 10 avril, à Étampes, une centaine de jeunes agressent des policiers. L’un d’eux filme en hurlant : « « Wallah niquez leurs mères ». Pendant ce temps-là, à Grigny, des policiers sont attaqués au cocktail Molotov et aux mortiers d’artifice par des dizaines d’individus. Le 9 avril, des policiers sont caillassés par des jeunes, à Bordeaux. Le 8 avril, à Combs-la-Ville, un homme brise la vitre d’une voiture de police, exhibe un bidon d’essence et menace les policiers au cri de « Wallah vous allez tous cramer aujourd’hui ! » Le 7 avril, à Bourgoin-Jallieu, des individus cambriolent une gendarmerie. Le 6 avril, à Mayotte, un homme tente de tuer un policier à l’aide d’une pioche en criant « Allah Akbar. » Le 5 avril, à Meyzieu, le commissariat est attaqué aux mortiers d’artifice. Le 4 avril, à Évreux, 4 policiers sont blessés dont 2 grièvement après avoir essuyé des jets de cocktails Molotov et des tirs de mortiers. Le 2 avril, à Grenoble, les policiers, les pompiers et les hommes du Samu sont agressés par des jeunes alors qu’ils portent secours à un homme laissé pour mort et victime d’un lynchage. Le 1er avril, à Tours, des pompiers et des CRS sont attaqués au mortier d’artifice. À Alençon, dans l’Orne, des policiers sont agressés par une trentaine d’individus et ciblés par des tirs de mortier alors qu’ils tentent d’interrompre un rodéo sauvage. Le même jour, à Rennes, une quinzaine de jeunes caillassent des policiers qui interviennent pour un vol de scooter. L’un des policiers est grièvement blessé à la tête.

Je demande pardon au lecteur de lui avoir infligé cet inventaire effarant. Mais il était essentiel de mettre ces faits divers bout à bout pour saisir qu’ils ne sont, en réalité, ni divers, ni isolés.

Si violence systémique il y a, chacun peut comprendre qui en est l’auteur et qui en est la cible.

Si fantasme il y a, c’est celui du vivre ensemble et du « plébiscite de tous les jours ». Tous les soirs, ce plébiscite est perdu.

10/05/2021 - Toute reproduction interdite


Des policiers tiennent le portrait de Stéphanie Monferme, mère de famille et employée de la police locale, lors d'un rassemblement du souvenir, à Rambouillet, le 30 avril 2021.
© Ludovic Marin/Pool via Reuters
De Guillaume Bigot