Dans le cadre d’une expérimentation sur le risque de transmission du Sars-CoV-2, 500 personnes ont assisté au premier concert de masse organisé en Espagne depuis dix mois. Aucune contamination n’a été enregistrée, le respect de règles sanitaires strictes ayant été observé.

                                       Par Francis Matéo. 

Le festival Barcelona Sound est le point d'orgue de l'agenda musical à Barcelone. The Jesus and Mary Chain, Massive Attack, Iggy Pop, Gorillaz et Amelie Lens sont déjà annoncés dans un programme très dense prévu du 2 au 6 juin prochain promettant de mettre la capitale catalane en ébullition. Cet événement est bien entendu conditionné à l'évolution des conditions sanitaires et des restrictions interdisant les grandes messes musicales depuis mars dernier en Catalogne comme ailleurs. Le directeur du festival, Pablo Soler, doit donc être vacciné d’une sacrée dose d'optimisme pour oser afficher cette programmation 2021 ! Le 12 décembre dernier, il a tenu à cerner quels étaient les risques d'un grand rassemblement de spectateurs en organisant un « concert expérimental » dans la grande salle Apolo de Barcelone, pour un public de volontaires âgés entre 18 et 59 ans. L'expérimentation a été pilotée par les docteurs Josep Maria Llibre et Boris Revollo, médecins virologues de l’hôpital Germans Trias i Pujol.

Afin de participer à cette expérience grandeur nature, un millier de personnes ont été soumises à des tests antigéniques et PCR au préalable pour vérifier qu'elles n’étaient pas contaminées par le virus Sars-CoV-2. Le public a ensuite été divisé en deux, avec un premier groupe de 463 personnes présentes au concert - avec en plus les serveurs, musiciens et personnel de sécurité - dans une salle de spectacle prévue pour 900 spectateurs. Les participants du deuxième groupe ont été priés de rester chez eux ce même soir afin de faire office de « témoins ». Les spectateurs ont dû porter un masque FFP2 qu'ils pouvaient uniquement retirer dans les zones de bars ou espaces extérieurs dédiés aux fumeurs (l'ensemble de ces espaces de consommation étant prévus pour 1.600 personnes). Mais aucune distance de sécurité n’a été imposée. Les spectateurs passaient donc librement d'un endroit à l'autre pour boire un gin tonic, discuter entre amis, aller danser sur la piste au rythme des musiques de Djs ou reprendre en chœur les refrains des groupes de rock qui se succédaient sur scène. La soirée a duré cinq heures, avec un temps d'assistance moyen de 2h40 par spectateur, chacun pouvant aller et venir à sa guise. Seule contrainte : un parcours balisé, et surveillé par le personnel de sécurité habituel de l'Apolo. Un concert « normal », en somme.

Au cours des deux semaines qui ont suivi, les deux groupes ont pu mener une vie tout aussi normale, en respectant les règles en vigueur de distanciation et de port du masque.

« Des conditions facilement reproductibles »

Quatorze jours après le concert, un nouveau test de dépistage individuel a été réalisé. Résultat : les deux seules personnes positives au Covid-19 faisaient partie du groupe témoin. Aucun de ceux qui ont assisté au concert - y compris le personnel de l'Apolo - n'a été contaminé. Le bon déroulement de l’événement selon les normes établies et les examens sanitaires ont été scrupuleusement validés par les deux médecins superviseurs, qui s'accordent sur une même conclusion : « L'expérience prouve qu'il n'y a pas de risque de contagion dans un concert, à condition de respecter les règles de sécurité », affirme Josep Maria Llibre. L'étude baptisée PRIMA-CoV décrivant l'ensemble du processus (1) doit servir d'argument pour le secteur du spectacle, d'autant qu'il s'agit de la première expérimentation internationale à cette échelle. « L'ensemble des conditions présentées dans cette étude sont facilement reproductibles et pourraient s'appliquer à d'autres événements », ajoute le Dr. Boris Revollo. Outre la caution des médecins de l'hôpital catalan, cette expérience a aussi été validée par la Fondation de Lutte contre le Sida & les Maladies infectieuses.

Certaines associations espagnoles de professionnels des établissements de nuit ont menacé de se saisir de cette enquête pour porter plainte contre les autorités qui leur imposent la fermeture, en dépit d'absence de preuves sur les risques de contamination. De leur côté, les organisateurs du festival Barcelona Sound préfèrent rester dans une dialectique rationnelle en rappelant les conclusions de l'expérimentation : « L'organisation d'un concert de musique en public sous conditions de sécurité, incluant un test antigène négatif au Sars-Cov-2 réalisé le jour même, ne peut être associée à une augmentation des infections par Covid-19 ». Une façon diplomatique de dire qu'il n'est pas nécessaire d'attendre la fin de la pandémie pour organiser des événements en live. Et un moyen de contredire aussi les politiques d'interdiction de spectacles, tout particulièrement en France, où les théâtres et les cinémas subissent le même sort que les salles de concerts.

(1) Lire ici les conclusions de l'étude (en anglais) : https://www.primaverasound.com/en/news/resultados-estudio-prima-cov

11/01/2020 - Toute reproduction interdite.



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De Francis Mateo