Alors que la confiance qu’accordent les Français dans leur presse ne cesse de chuter ces dernières années, un récent sondage de l’Ifop montre qu’une majorité de nos concitoyens plébiscitent de nouveau la presse dans la couverture de cette guerre aux portes de l’Europe. Avec un satisfecit spécial aux reporters de terrain. Julien Auffret, directeur général de l’agence de communication de crise LaFrenchCom, analyse pour Fild les résultats de l’étude et ce qu’ils traduisent de la relation entre les Français et les médias.

Par Alixan Lavorel

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59% des Français font « confiance aux informations diffusées par les médias sur le conflit » en Ukraine, assure une récente étude publiée par l’Ifop, le 7 mars dernier. L’année avait pourtant mal commencé, puisque les relations semblaient définitivement mauvaises entre les Français et leur presse. Plus aucun média n’obtenait une majorité de confiance de leur part, selon le 35ème Baromètre de confiance dans les médias Kantar-Onepoint pour « La Croix », publié à la fin du mois de janvier. Un résultat surprenant, mais particulièrement positif en cette année d’élection présidentielle affirme Julien Auffret, directeur général de l’agence de communication de crise LaFrenchCom, commanditaire du sondage : « C’est un retour en grâce des médias traditionnels vis-à-vis de Twitter, de Facebook, etc.. L’opinion publique apparait très mature sur cette question, et c’est très positif ». Une confiance – peut-être passagère – et qui ne ressemble aucunement à une forme de blanc-seing octroyé à la presse et aux journalistes.

En effet, à la question « Actuellement, diriez-vous que le traitement par les médias du conflit opposant la Russie à l’Ukraine fait l’objet de fake news (de fausses informations) ? », la même proportion de Français (59%) répond « oui ». Montrant du doigt une forme « d’intelligence à la française », le directeur général de LaFrenchCom analyse cette forme de paradoxe made in France : « Je ne dirais pas que c’est paradoxal, mais complémentaire. Cette majorité est claire, mais n’est pas non plus exubérante, on n’arrive pas à 90% d’approbation », souligne Julien Auffret. « Il y a une sorte d’intelligence à la française qui veut que l’on écoute l’information et que l’on regarde les médias sans être dupes de potentielles fake news relayées parfois à cause d’une erreur – ce qui est humain – mais aussi par certains médias engagés, voire propageant de la propagande. Les Français ont le recul nécessaire face à l’information, ils n’oublient pas leur esprit critique », explique-t-il.

Autre élément que nous apprend cette étude : une large majorité de Français font confiance à la quasi-totalité des médias traditionnels dans la couverture de la guerre en Ukraine, à la différence des réseaux sociaux. Arte (70%), la radio en général (68%) ou encore France Télévisions/France Info (67%), TF1 et la presse quotidienne régionale (66%) prennent la tête du classement de confiance accordé par la population française. « Jusqu’à récemment, on voyait un attachement particulier des Français aux chaînes d’informations en continue (BFM TV, CNews, …). Aujourd’hui, ils se détournent de ces chaînes ; ils plébiscitent d’une part le service public, et plus généralement le travail des grands reporters qui couvrent cette guerre depuis le terrain en ramenant des images ou des sons très forts », note Julien Auffret : « Attention, BFM TV envoie aussi des reporters en Ukraine, mais les Français ont moins l’habitude de ce genre de programme sur ces chaines, donc ils n’ont pas le réflexe d’aller les regarder, à l’inverse des chaines de télévisions comme France TV et TF1 ».

La défiance des « Insoumis »

En cette année d’élection présidentielle, l’étude a également scruté à la loupe la confiance attribuée par les Français en fonction de leurs couleurs politiques. Tous les sympathisants des différents partis politiques accordent majoritairement leur confiance aux médias (PS (56%) ; EELV : (63%) ; LREM (79%) ; LR (58%) ; Reconquête (61%), RN (54%))... à l'exception des Insoumis. Seuls 47% d’entre eux ont confiance dans les informations délivrées par les médias sur le conflit opposant la Russie à l’Ukraine : « Il est difficile d’analyser cette situation, d’autant plus que nous sommes en pleine campagne présidentielle. Je dirais que la France insoumise a élaboré depuis plusieurs années un argumentaire qualifiant les chaînes d’information et les médias en général comme des « vendus au pouvoir » politique ou libéral ».

Enfin, « on apprend grâce à ce sondage que la guerre est une question de perception, surtout à l’ère des réseaux sociaux », selon le directeur de LaFrenchComm Julien Auffret : « On apprend par exemple avec ce sondage que 48% des gens s’identifiant comme proche des idées d’Éric Zemmour considèrent que Poutine communique efficacement. Pourtant, le grand vainqueur à ce « jeu » de communication est la révélation Zelensky, qui reste combattre « à la Napoléon » avec ses hommes dans Kyiv. Cela ne peut que plaire face à Poutine, qui a une communication de propagande politique beaucoup plus classique ». En effet, 76% des sondés considèrent que la communication du président ukrainien « est bonne ». De même qu’Emmanuel Macron (62%) et Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, jugée positivement à hauteur de 65% dans le sondage, malgré son quasi-anonymat du grand public. Autre information intéressante de ce sondage, selon Julien Auffret : au-delà de la simple « bonne communication », les sondés jugent aussi ici via le prisme de la sympathie. En d’autres termes, l’action du président de la République en Ukraine aura forcément un impact sur sa campagne présidentielle : « C’est compliqué pour ses détracteurs et ses adversaires à la présidentielle, car il y a de facto une forme d’unité nationale qui se crée derrière le chef de l’État dans ces moments », analyse-t-il.

Une nouvelle preuve - s’il en fallait une - de la relation « je t’aime, moi non plus » si particulière qui anime les Français et leurs journalistes.

10/03/2022 - Toute reproduction interdite


Olga embrasse son petit ami Vlodomyr avant son déploiement plus près de la ligne de front, à la gare de Lviv, en Ukraine, le 9 mars 2022.
© Kai Pfaffenbach/Reuters
De Alixan Lavorel