Analyses | 29 décembre 2020

Twitter contre l’État sanitaire

De Guillaume Bigot
0 min

 

Le retrait précipité du projet de loi sur les urgences sanitaires envisageant des mesures privatives de liberté est riche d'enseignements.

              La chronique de Guillaume Bigot.

Ce projet de loi très controversé a été retiré moins de 24 heures après avoir été déposé. C'est un record historique. C'est aussi une bonne nouvelle pour la démocratie car il était gravement attentatoire aux libertés. Deux piliers de notre devise républicaine étaient ébranlés par sa mise en œuvre. La liberté d’abord car les libertés de ceux qui auraient refusé de se faire vacciner allaient être sérieusement limitées. L'égalité ensuite, car les Français qui auraient refusé de se faire vacciner auraient été nettement moins égaux que les autres.

Un deuxième enseignement à tirer de ce retrait, c'est qu'il s'agit plutôt d'une bonne nouvelle pour le vaccin. Les conditions dans lesquelles ce texte avait été proposé étaient de nature à faire flamber le complotisme. Le choix d'une procédure accélérée indiquait que l'exécutif était pressé. Ce texte avait été déposé en pleines fêtes de fin d'année. Surtout, juste après que le président se fut engagé à ne pas rendre la vaccination obligatoire. Ce projet semblait donc donner raison à ceux qui dénonçaient l'avènement d'une dictature sanitaire. Cette loi était une folie et une aubaine pour les « anti-vax ».

Une démocratie virtuelle

La troisième leçon à tirer de ce retrait, c'est la consécration d'une sorte de démocratie virtuelle. Virtuelle pour ceux ayant proposé le texte. Membres du gouvernement, ces derniers semblent totalement déconnectés du réel et vivre dans un monde parallèle. La déconnection à laquelle on se réfère ici ne constitue pas un jugement moral mais un simple constat. On a l'impression que ce projet de loi relevait d'une fake news ou qu'il n'a tout simplement jamais existé. Or, ce projet a tout de même été réfléchi, élaboré, rédigé et déposé sur le bureau des Assemblées. Pourtant, il s'est littéralement évaporé au contact du réel. Mais de quel réel parle-t-on ?

L’opposition au projet n'a pas été moins virtuelle que le projet lui-même. Twitter a été reconnu par le gouvernement comme une sorte de contre-pouvoir numérique. Surtout, les lignes de fracture des partis traditionnels ne se retrouvent pas en ligne. Des pro vaccins ont pu s'indigner avec des « anti-vax ». Des écolos ont pu soutenir des RN ; etc.

Une quatrième leçon politique que nous serions tentés de tirer de cet épisode, c'est que le macronisme triomphant est bel et bien enterré. De manière implicite, la posture d'Emmanuel Macron était celle d'un président Jupiter qui ne fléchissait pas. Souvenons-nous de la taxe sur le diesel, il aura fallu que le Fouquet’s brûle pour qu'elle soit retirée. Cette fois, il aura suffi d'un petit coup de semonce sur les réseaux sociaux pour que le pouvoir se reconfine politiquement. Jupiter s'est mué en bernard l'hermite.

Une cinquième leçon de choses publiques nous aura été offerte par le silence des partis.

A priori, l'opposition semble avoir été totalement happée par le RN comme par une étoile noire.

En réalité, ce sont des satellites extérieurs au parti lepéniste et d'abord Marion Maréchal et Florian Philippot qui ont déclenché l'offensive contre le projet de loi.

De rares LR se sont risqués à passer à l'offensive alors que l'occasion d’étriller le gouvernement était belle. Plus étonnant et plus choquant encore, alors que les principes de la République étaient atteints, le silence de la gauche a été assourdissant. Dans les rangs du PS, des insoumis ou des écolos, il n'y a eu ni son, ni image au cours des 24 heures fatidiques. Alors que s'est-il passé ? La trêve des confiseurs offre une première explication, certes un peu faible. Jean-Luc Mélenchon que l'on a connu plus tonitruant a mollement twitté contre le projet de loi scélérat depuis son lieu de villégiature de la Réunion.

La peur d'être contaminé par le RN, celle d'être accusée de collusion avec les complotistes paraissent avoir réduits au silence les partis. Un grand sophisme autour des valeurs de la République a déclenché un bug.

Ce sophisme part d'un postulat de départ : le RN et les complotistes incarnent le rejet des valeurs de la République. Ce sophisme constate ensuite que le projet de loi gouvernemental porte aussi atteinte aux valeurs de la République. Confrontée à ce choix cornélien, notre classe politique traditionnelle a affiché un écran noir. Erreur système.

Guillaume Bigot est politologue. Il vient de publier Populophobie, le gouvernement de l'élite, par l'élite et pour l'élite aux éditions Plon.

28/12/2020 - Toute reproduction interdite.


Le ministre de la santé Olivier Veran répond aux journalistes dans un centre logistique de distribution du vaccin COVID-19 à Chanteloup-en-Brie, le 22 décembre 2020
Geoffroy Van Der Hasselt/Pool via Reuters
De Guillaume Bigot

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