International | 25 octobre 2019

Turquie, le « nœud gordien » à trancher

De Louis de Broissia
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Le dictionnaire Larousse indique « Nœud gordien, nœud inextricable qui attachait le joug au timon du char du Roi de Phrygie Gordias. La domination du monde était promise à celui qui le dénouerait…Alexandre le trancha ». Analyse de Louis de Broissia, membre honoraire du Parlement et ancien ambassadeur.

La Turquie de Recep Tayyip Erdogan , entre l’OTAN et la Russie, entre la Syrie et le (défunt) État Islamique, entre l’Union Européenne et les USA, a entortillé un amas de nœuds gordiens qui paralyse, qui hypnotise les diplomates et les militaires.

La première victime est le peuple kurde qui avec courage et panache s’est opposé à l’emprise d’une secte fanatisée contre tout ce qui n’est pas un Islam dévoyé, caricatural et violent à la limite de l’obscénité.

En espérant pour le moins que le monde dit libre et démocratique ne l’oublierait pas…

La deuxième, qui nous touche de très près, est l’image de la démocratie dans le monde ; en raison de la lâcheté d’un président américain, obsédé par sa réélection et celle de notre propre famille européenne (et française) qui abandonnent nos alliés contre Daech en rase campagne. Je l’ai déjà écrit : l’honneur ne survit pas à cette révoltante attitude, et le prix à payer s’appellera « actes de terrorisme » !

La troisième victime porte un nom « l’OTAN ».

Nous laissons « la deuxième armée de l’OTAN », alimentée par des armes, des avions, des munitions de nos industries, mitrailler, exécuter des femmes et des enfants, défendus par leurs maris, leurs frères, leurs pères ; alors que des tueurs islamiques retrouvent leurs forces, sans même craindre une riposte humanitaire, puisque nous avons décidé de ne plus regarder au-dessus de l’horizon de Damas.

Alexandre le Grand lui seul a « dénoué » le nœud gordien parce qu’il a su sortir son glaive. Qu’attendons-nous pour le faire, à notre (bien modeste) mesure, et de manière moins individuelle ? Il faut sortir la Turquie de l’OTAN (un membre ne peut être dedans et contre tous les autres), il faut que l’Union Européenne déclare définitivement enterrée sa candidature. De beaux penseurs s’inquiètent du déferlement des exilés syriens vers l’Europe ; mais a-t-on aussi mis en balance les fortes populations originaires de Turquie et travaillant en bon ordre sur le sol des 27 ou 28 États d’Europe : elles peuvent s’émouvoir de voir leur dirigeant jouer ainsi avec le destin qu’elles ont choisi pour leurs familles.

Le XXème siècle a vécu l’esprit de Münich, le XXIème ne peut faire à l’identique avec l’espoir né au Rojava, c’est à dire dans ce territoire autonome de facto du Kurdistan syrien.

 

26/10/2019 - Toute reproduction interdite


Un combattant rebelle syrien soutenu par la Turquie se tient aux côtés de ses camarades alors qu'ils attendent de passer en Syrie, près de la ville frontalière d'Akcakale dans la province de Sanliurfa, Turquie, 17 octobre 2019.
Murad Sezer / Reuters
De Louis de Broissia

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