Analyses | 13 décembre 2018

Tunisie: Une situation qui inquiète

De Emmanuel Razavi
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Certains signaux invitent à se pencher  et à s'interroger sur la stabilité de la Tunisie. Décryptage de Emmanuel Razavi, directeur de la rédaction de GlobalGeoNews 

L’inquiétude de voir un nouveau mouvement social en Tunisie, qui pourrait déboucher sur une nouvelle révolution, est réelle. Bien sûr, le pire n’est jamais certain, et cela ne veut pas dire que l’on soit à la veille de ce que le Maghreb et le Proche-Orient ont connu en 2010 et 2011.


Toutefois, dans un contexte de déficit de la balance commerciale qui a dépassé les 16 milliards de dinars au 31 novembre 2018, d’inflation et de chute du de la monnaie, le pays peine à émerger de la crise. Si le discours officiel se veut donc rassurant, de nombreux indicateurs passent ainsi peu à peu au rouge.

Depuis des mois, comme dans le reste du monde arabe, la contestation enfle sur les réseaux sociaux. A l’origine des revendications : la cherté de la vie, le chômage, et la dénonciation de la corruption des élites.
Alors que des élections de 2019 commencent à se préparer, la stabilité politique tant recherchée risque donc d’être mise à mal. Les islamistes de tous bords, à commencer par les groupes liés aux Frères Musulmans, s’engouffrent ainsi dans la brèche de la contestation populaire, avec une volonté réelle de déstabilisation. A l’instar d’autres pays arabes, leur cible est le tissu économique et industriel - à commencer par les grandes entreprises occidentales - qu’ils accusent de complaisance, voire de collusion avec les régimes en place. Au sein de notre rédaction, nous ne cessons de sensibiliser nos abonnés à ce contexte très incertain.

Si chaque entreprise implantée dans cette grande région a un rôle à jouer pour apaiser la situation, elle a aussi le devoir de s’interroger sur la façon dont elle doit anticiper le risque d’un nouveau chaos.
La Tunisie, par le niveau de ses élites, par son positionnement géographique et la réalité de son tissu social, complexe, reste en effet une zone à la fois sensible et symbolique.


C’est bien la raison pour laquelle un certain nombre de services – Européens, Américains et Arabes – s’inquiètent de sa situation. Si leurs conclusions diffèrent quelque peu quant à la forme et l’ampleur que pourrait prendre une nouvelle contestation, la réalité est que chacun s’attend à ce qu’il se passe quelque chose.
Sur les réseaux sociaux, on note par exemple depuis quelques mois que les cyber-activistes étudient et décryptent de plus en plus les schémas de communication de grandes sociétés européennes, afin de leur opposer un contre discours. Lorsque l’on sait que ces activistes sont formés à l’information et la contre-communication par des professionnels passés pour nombre d’entre eux par le Qatar et la Turquie, il faut s’en inquiéter.


Encore une fois, le pire n’est jamais certain. Les choses ne bougeront peut-être pas tout de suite, mais les tentatives de déstabilisation dont ont déjà été victimes certaines sociétés doivent être prises au sérieux. Il est donc nécessaire que ces entreprises, comme leurs fournisseurs et leurs représentant locaux anticipent le risque, tout en travaillant à de nouveaux schémas de communication.

14/12/2018 - Toute reproduction interdite


Les gens crient des slogans lors des manifestations à l'occasion du septième anniversaire du renversement du président Zine El-Abidine Ben Ali, à Tunis, Tunisie 14 janvier 2018
Youssef Boudlal/Reuters
De Emmanuel Razavi

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