Analyses | 17 mai 2018

Tunisie: Ennahda tente de se réinventer

De Bouziane Ahmed Khodja
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En proie à d´énormes difficultés économiques, la Tunisie a élu le 6 mai dernier ses représentants municipaux. Les deux partis qui cohabitent à l´assemblée nationale, le Mouvement islamiste Ennahda du Cheikh Rached Gannouchi et le parti progressiste Nidaa Tounes (Appel de Tunisie) du Président Béji Caïd Essebsi et les listes indépendantes, ont raflé la mise, avec toutefois un avantage pour les islamistes.

Depuis le début de 2015, année des élections législatives post-révolution, les deux forces politiques n´ont obtenu que de piètres résultats économiques et sociaux. Le chômage et l´inflation ont progressé. Le mécontentement social, aussi. Mais, ce phénomène n´a pas érodé l´adhésion des tunisiens aux valeurs religieuses. La religion prime et le mouvement Ennahda y puise l´essence même qui nourrit son existence.

Une organisation rigoureuse et méthodique a permis à Ennahda de s´implanter sur tout le territoire national. Sa base est sa force. Avec des cadres, des militants et des moyens financiers à faire rougir les meilleures représentations démocratiques au Maghreb...

Avec un mode de scrutin à la proportionnelle, l´islam politique n´a pas cependant pas pu brasser la majorité à l´assemblée nationale. Obligé de composer avec les progressistes de Nidaa Tounes, son ennemi juré, la formation islamiste a démontré que le "Mur" est franchissable pour arriver à ses fins. Les ennemis d'hier travaillent désormais ensemble, et ce depuis plus de trois ans. Le président Béji Caïd Essebsi et Cheikh Ghannouchi donnent l'image d'un duo qui codirige le pays.

Le spectre d'une Tunisie gouvernée par les islamistes ne se pointe donc toujours pas á l´horizon. Seules l'abstention, comme ce fut le cas pour les municipales ce mois de mai, et les querelles de chefs chez leurs opposants peuvent doper les adeptes religieux en 2019, lors des élections présidentielles tunisiennes.

 La base du parti islamiste Ennahda représente 1 million de voix. Un chiffre inquiétant quand seulement trois, sur les cinq millions d´électeurs votent lors des rendez-vous électoraux. Cependant, cet islam politique est en reflux. Pour subsister, rester au pouvoir, il tente donc de trouver une nouvelle raison politique d'exister, celle d´être au service de la principale exigence populaire, c'est à dire les droits et les libertés individuelles et collectives. Ainsi, il n´est pas rare, aujourd´hui, que le débat à la faveur des libertés des femmes en général, comme celles de ne pas porter le Hijab et le divorce, celles de la tolérance comme la consommation de l´alcool, par exemple, tournent au Show politique dans les rencontres organisées par les islamistes. Evidemment, les cheikhs d´Ennahda y puisent, aujourd´hui, leurs nouvelles fausses réformes afin de séduire la majorité silencieuse.

 

21/05/2018 - Toute reproduction interdite. 


A man attaches a picture of Tunisian President Beji Caid Essebsi during a meeting with Mohsen Marzouk in Tunis, Tunisia January 10, 2016
De Bouziane Ahmed Khodja

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