International | 3 septembre 2020

Trump peut-il encore gagner ?

De Roland Lombardi
min

Le 3 novembre prochain aura lieu l’élection présidentielle américaine. La plupart des médias et des observateurs français annoncent la défaite du président sortant, Donald Trump. Roland Lombardi revient sur le bilan international de l’actuel locataire de la Maison-Blanche et nous explique pourquoi rien n’est encore joué pour le Président américain le plus honni de l’histoire...

Pour tous les journalistes et « experts » qui se succèdent sur les plateaux des chaînes d’info, les jeux sont faits. À une soixantaine de jours de l’échéance électorale la plus attendue de la planète, Trump a déjà perdu et Joe Biden, pour leur plus grande joie, sera le nouveau Président américain ! Notons que ce sont ces mêmes « spécialistes » qui nous affirmaient, il y a plus de quatre ans, en relayant des sondages qui se sont tous avérés faux, que Trump n’était « qu’un clown, un malade mental, et qu’il ne serait jamais élu car avec lui à la Maison-Blanche, nous aurions inévitablement une Troisième guerre mondiale ». Les mêmes toujours qui, une fois le businessman new-yorkais élu, lui annonçaient un destin à la Richard Nixon ou encore une prochaine destitution avec une procédure d’impeachment qui aura finalement fait long feu...

Quelques rares spécialistes et fins connaisseurs de la société et des mentalités américaines, comme Sébastien Laye, Jean-Eric Branaa, Gérald Olivier ou Laure Mandeville, sont beaucoup plus prudents. Et lorsque certains d’entre eux n’écartent pas une éventuelle défaite de Trump, leurs analyses ont au moins le mérite d’être sérieuses et argumentées par des faits et non de pieuses incantations.

Il est vrai qu’au-delà des mantras anti-Trump des grands médias mainstreams occidentaux, l’establishment américain aura tout fait pour nuire au sulfureux locataire de la Maison-Blanche. Jusqu’ici, Donald Trump a résisté contre vents et marées, voire contre ouragans et tsunamis, à toutes les entreprises visant à le faire tomber. Pendant quatre ans, rien ne lui aura été épargné en termes d’accusations et d’actions de sape : trahison (ses fameux liens avec la Russie, Russiagate), folie, incompétence, racisme, homophobie, misogynie... Encore ces derniers jours, des journaux américains sont même allés jusqu’à l’abject en « révélant » une probable relation incestueuse du Président avec sa fille, Ivanka !

Or, cet acharnement sans précédent de l’État profond américain pour un de ses présidents, ne saurait occulter, avant la crise de la Covid et du point de vue strictement des Etats-Unis, un bilan globalement positif. D’abord sur le plan économique, il a osé se dresser face aux intentions impérialistes de la Chine en adoptant une position de fermeté dans les négociations avec Pékin, dans le seul but, et ce fut un succès, de défendre les intérêts américains. Or, la pandémie est venue gâcher ses très bons résultats en matière d’emploi et de croissance, même si le taux de chômage aux Etats-Unis qui a certes explosé depuis mars dernier (11%), est en train de redescendre rapidement.

Sur le plan intérieur, réalisant ses promesses de campagne, il a réduit les prélèvements obligatoires et forcé des grandes entreprises à relocaliser leurs activités sur le territoire américain. Il a signé des décrets restreignant l'immigration — notamment issue de pays musulmans — et  lancé une extension du mur à la frontière avec le Mexique (sujet beaucoup plus important qu’on ne le pense pour son électorat et les Américains en général).

Sur la scène internationale, Trump a tenu, là encore, ses engagements électoraux, en retirant son pays des accords de Paris sur le climat. S’inscrivant dans la suite directe du mouvement de pivot initié par Obama vers le Pacifique, il a intensifié le désengagement américain au Moyen-Orient mais aussi en Europe, symbolisé par le retrait de troupes et le désintérêt profond pour ses alliés européens. Dirigeants européens, qui au passage il méprise mais tout simplement parce qu’ils sont méprisables !

Le président américain a également rétabli les relations avec la Corée du Nord, chose inimaginable il y a quelques années. Au Moyen-Orient, il a initié le retrait (encore très relatif) des troupes américaines de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan. Il a reconnu Jérusalem comme capitale de l’Etat hébreu et s’est retiré des accords sur le nucléaire iranien. Or, ses gages donnés aux Israéliens, lui ont permis d’imposer à Netanyahou son « Deal du siècle » et une solution à deux états avec les Palestiniens. Avec l’accord de paix qui est sur le point d’être signé entre les Emirats Arabes Unis et Israël, il accentue le désengagement des États-Unis au Moyen-Orient en laissant ses alliés régionaux historiques livrer sa « guerre » initiée contre l’Iran à leur place, tout en maintenant sa politique de sanctions et de pression maximale envers Téhéran. De fait, avec cette « stratégie de la tension » calculée (qui rassure au passage le puissant lobby militaro-industriel américain) et surtout grâce à l’imparable arme économique, les dirigeants iraniens mais également palestiniens seront à terme acculés à négocier, surtout si Trump est réélu. Dès lors, il n’est pas étonnant qu’Abbas, Khamenei et même Erdogan espèrent, plus que tout, sa défaite.

Quoi qu’il en soit, il faut retenir une dernière chose : malgré les pièges, les provocations et les pressions internes comme internationales, Donald Trump est le premier président américain, depuis quarante ans, à n’avoir pas engagé son pays (et le monde) dans un conflit ouvert !

Si sa gouvernance iconoclaste, marquée par une communication agressive, brutale et provocatrice, choque toutes les Intelligentsias, elle ne doit jamais nous faire oublier que sous-estimer l’ancien business-man new-yorkais, connu pour être un négociateur farouche, est une erreur. En suscitant de fréquentes polémiques, tant sur les plans national qu’international, Trump a cassé tous les codes diplomatiques et du « politiquement correct ». Avec son imprévisibilité, c’est peut-être cela sa principale force. Car, grâce à sa capacité extraordinaire à percevoir les colères, les craintes et les aspirations populaires les plus profondes (sûrement héritée de sa jeunesse passée à travailler et à côtoyer les ouvriers sur les chantiers de son père), Trump a confirmé et conforté, durant tout son mandat, son socle électoral.  

La Covid-19 et le mouvement Black Lives Matter, des tournants pour Trump ?

Les Démocrates perçurent très vite l’opportunité de faire trébucher Trump avec sa gestion du Coronavirus et ses conséquences catastrophiques sur l’économie américaine comme avec le mouvement Black Lives Matter (crée sous Obama mais relancé avec la mort de l’afro-américain George Floyd tué par un policier en mai dernier).

Or, tous les Américains savent pertinemment que c’est non pas le Président mais bien les gouverneurs qui étaient les principaux décideurs en matière de lutte contre la pandémie...

De même, la décision fracassante de Donald Trump de retirer les États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé fut plutôt bien accueillie puisque cette instance internationale est à, tort ou à raison, considérée par beaucoup dans le pays comme un instrument de contrôle économique mondial.

Quant au mouvement Black Lives Matter, il se pourrait finalement qu’il joue en la faveur du président sortant. En effet, les émeutes extrêmement violentes, initiées par des groupes d’extrême-gauche, ont toujours lieu dans plusieurs villes américaines. Ainsi, une véritable terreur règne dans certaines localités. Des habitants s’arment et s’organisent en milices d’auto-défense. Certains supporters de Trump sont continuellement agressés par des militants gauchistes (avec un mort fin août).  La propagande « progressiste », culpabilisatrice et auto-flagellatrice, déversée ad nauseam sur les médias mainstream ne prend plus. Les élites mondialisées n’ont pas compris qu’avec la révolution numérique et les réseaux sociaux, il n’y a plus de monopole de l’information ou de la pensée. Trump, utilisateur de Twitter, l’a très bien compris...

En attendant, l’actuel locataire de la Maison-Blanche a choisi la fermeté et se présente comme le candidat de « la loi et l’ordre ». Et même si ses déclarations peuvent encore choquer les bien-pensants, il ne faut pas perdre de vue que c’est exactement ce que veut entendre son électorat. La fameuse majorité silencieuse, cette Amérique profonde ou cette « Amérique périphérique », très hostile aux désordres, soutient encore le sulfureux président. Plus que jamais, il apparaît toujours pour beaucoup comme le champion de l’anti-Système, le président de la transgression. Pour d’autres, il est tout simplement le rempart de la démocratie et le défenseur de l’état de droit. N’oublions pas que l’on ne vote pas par amour mais par peur, surtout en temps de crise...

Joe Biden fait-il le poids face à Trump ?

Au-delà d’une erreur de stratégie, l’autre problème des Démocrates, c’est leur candidat. En effet, Joe Biden (dont le fils est actionnaire dans une société chinoise et surtout impliqué dans une affaire de corruption en Ukraine) est un politicien professionnel de Washington depuis 1973. Il l’a été d’abord comme sénateur puis comme vice-président, sous les deux mandats de Barack Obama. Il est en mauvaise santé et en novembre prochain, il aura 78 ans. Connu pour ses gaffes à répétitions, certains observateurs se demandent même s’il n’est pas devenu sénile. Il est vrai que Biden tient souvent des propos incohérents, a parfois du mal à finir ses phrases ou encore dernièrement, s’est endormi pendant une interview ! Ce qui est certain, c’est que la direction du parti démocrate panique littéralement à l’approche des débats face au redouté débatteur qu’est Donald Trump...

En guise de conclusion...

L’élection présidentielle de novembre sera lourde de conséquences mais elle sera également la plus imprévisible de l’Histoire des Etats-Unis. Nul ne peut prédire raisonnablement l’issue du scrutin.

En dépit de ses outrances et du déferlement médiatique perpétuel contre lui, le pourcentage d'approbation de l'action du président sortant est resté étonnamment stable et solide tout au long de son mandat et ce, encore aujourd’hui. Soit entre 40 et 45%.

Par ailleurs, une note récente de JP Morgan conseillait aux investisseurs de se positionner en cas de victoire de Trump, celui-ci ayant des chances croissantes de réélection...

Même si l’écart se réduit de jour en jour et qu’un seul institut, Democracy Institute (le seul a avoir prédit sa victoire en 2016) donne Trump gagnant, tous les sondages nationaux régulièrement publiés et relayés par les médias français annoncent Joe Biden en tête devant le président sortant (entre 5 et 10 points d’avance !). En soi, c’est bien connu, les enquêtes d’opinion sont aussi crédibles que l’horoscope et il serait peut-être plus pertinent de s’attarder sur les sondages par état où les taux d’indécisions demeurent encore importants.

Rappelons qu’en 2016, Hillary Clinton a remporté le suffrage populaire. Mais elle n'a pas eu la majorité du Collège électoral. Le seul vote qui compte est le vote par Etat, puisque l'élection américaine est une élection indirecte. Ce sont en effet les Grands électeurs élus dans chaque Etat qui vont apporter leurs voix à l’un des deux candidats.

Comme il l’a fait il y a quatre ans, en déjouant tous les pronostics et en remportant 304 délégués contre 227 pour Hillary Clinton, tout dépendra donc de la capacité de Trump à gagner des Etats donnés déjà acquis aux Démocrates.

Enfin, le vote par correspondance, grand générateur de fraudes lors d’élections, pourrait également désavantager le candidat des Républicains mais comme toujours, ce seront les indécis qui feront la différence. Bref, encore une fois, rien n’est joué. Surtout que, quels que soient les résultats, le perdant peut ne pas accepter pas sa défaite et nous risquons d’assister alors à une situation de blocage qui, compte tenu des tensions actuelles, pourrait très vite dégénérer... Quoi qu’il en soit, avec un acharnement médiatique hors du commun contre lui, cela va être très compliqué pour le président sortant. Or, la carrière professionnelle et politique de Trump nous a appris au moins une chose : c’est qu’il ne faut jamais l’enterrer trop vite...

 

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour GlobalGeoNews. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

https://www.facebook.com/Roland-Lombardi-148723348523778

 

04/09/2020 - Toute reproduction interdite


Les partisans de Donald Trump et de Joe Biden vus à l'extérieur du Trump National Golf Club en Virginie, le 5 septembre 2020.
Yuri Gripas/Reuters
De Roland Lombardi

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