Interviews | 3 juin 2020

Ted Soqui : « Aux USA, Il y a une hausse du racisme à l’égard des noirs »

De Peggy Porquet
2 min

La vague de manifestations contre le racisme et les brutalités policières se poursuit aux États-Unis à la suite du meurtre de George Floyd par un policier. Alors que le pays est plus que jamais déchiré par les divisions raciales et que se pose la question de la réélection de Trump, notre confrère Ted Soqui, Grand reporter-photographe qui couvre l’actualité internationale pour les plus grands journaux anglo-saxons, décrypte la situation.

                                                                                 Entretien conduit par Peggy Porquet

GGN : La difficile gestion de la crise sanitaire aux États-Unis, ajoutée à la fracture raciale et aux manifestations violentes qui en découlent, compromettent-elles la réélection de Donald Trump ?

Ted Soqui : Je ne crois pas. Le pays est très divisé en ce moment, mais Trump compte un noyau important de partisans qui lui restent dévoués. L'élection se jouera par ailleurs dans deux ou trois États, lesquels décideront - ou pas - de sa réélection.

GGN : Que pensez-vous de l'analyse de Will Smith qui a récemment déclaré que le racisme n'empire pas et qu'il est juste filmé ?

Ted Soqui : Il a peut-être raison. Je pense toutefois que le racisme empire. Il est bien sûr de plus en plus filmé, mais l’on constate indéniablement une hausse du racisme à l’égard des personnes noires ou brunes de peau en Amérique.

GGN : Pourquoi la société américaine ne semble - t- elle pas avoir évolué à l'égard de la communauté afro-américaine ?

Ted Soqui : Dans le monde du sport et du divertissement, les Afro-Américains ont obtenu quelques concessions. De leur côté, les entreprises n’ont pas encore pleinement adopté les Afro-Américains comme PDG et cadres supérieurs. 28 ans après les émeutes de Los Angeles, la communauté noire est restée la même. Le taux de pauvreté y est élevé, le nombre d'étudiants y est faible et leurs emplois sont toujours mal rémunérés.

GGN : Plusieurs confrères journalistes ont été arrêtés. Un policier vous a menacé de son arme, et vous avez essuyé des tirs de balle de poivre. Qu'en est - il de la liberté de la presse aux USA ?

Ted Soqui : Dans les faits, la liberté de la presse est étonnante aux États-Unis. Couvrir les émeutes peut bien sûr s’avérer dangereux, difficile, car nous sommes parfois ciblés et harcelés par les forces de l'ordre. Mais dans l'ensemble, nous avons la liberté de couvrir presque tout.

GGN : Le célèbre illustrateur Sephard Fairey a utilisé par deux fois vos photos pour en faire des affiches désormais célèbres. Comment et dans quel contexte social cette collaboration est-elle née ?

Ted Soqui : J'ai fait la connaissance de Shepard après qu'il ait fait la couverture de Time magazine pour la personne de l'année 2011 avec ma photo. L’année dernière nous avons décidé de collaborer à un nouveau projet. Il a sélectionné l’une mes images traitant de la violence policière contre des Afro-Américains désarmés. Son affiche a été publiée cette année à l'occasion du 28e anniversaire des émeutes de Los Angeles. Peu de temps après, Amaud Arbery a été tué par balle par un ancien policier, puis de fut le tour de George Floyd à Minneapolis. Ce projet de collaboration nous tenait donc à cœur. Il a bien fonctionné et nous en avons fait don au Watts Labor Community Action Committee.

04/06/2020 - Toute reproduction interdite


Le photo reporter Ted Soqui chez lui, devant les deux affiches de Shepard Fairey, aka Obey
DR
De Peggy Porquet

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