International | 26 avril 2018

Syrie : La « géopolitique de la morale » à l’épreuve des faits

De Meriadec Raffray
2 min

Le journaliste et expert Mériadec Raffray a rencontré le grand reporter et directeur adjoint de Paris Match Régis Le Sommier. Entretien

Grand reporter, directeur adjoint de Paris Match, Régis Le Sommier s’est rendu plus de huit fois en Syrie pour couvrir la guerre et a rencontré en tête-à-tête Bachar El Assad. Son livre, intitulé Assad (Editions de La Martinière), analyse le conflit à rebours de la « géopolitique de la morale ».

Revendiquez-vous d’avoir jeté un regard décalé sur le conflit syrien ?

Il n’est pas décalé dans le sens où il s’appuie sur un personnage bien réel, Bachar El Assad, que j’ai rencontré à plusieurs reprises à Damas. L’universitaire et spécialiste américain Joshua Landis explique qu’il y a deux façons d’aborder la Syrie : soit en y projetant nos propres espérances, soit en essayant de comprendre la réalité du régime. Depuis l’avènement de Bachar, nos présidents Chirac, Sarkozy et Hollande ont voulu le considérer comme un « Occidental », compatible avec nos normes et notre vision de l’Etat. Derrière ses costumes impeccables, Bachar demeure l’héritier de cette minorité alaouite qui a pris le pouvoir par la force en 1961 et qui a instauré un rapport de domination sur les sunnites, majoritaires dans le pays. Paris a cru que le « Printemps arabe » balaierait Bachar et son régime, qu’une démocratie à l’occidentale naitrait à Damas. Au tout début du conflit, il y a bien eu quelques groupes d’opposition démocrates. Ils ont très vite été submergés par la véritable opposition historique, la fange islamiste, ennemie de toujours des Assad.

A Alep, vous constatez que le traitement du siège par les médias occidentaux est biaisé…

Les batailles d’Alep, de Mossoul ou de la Ghouta ont été atroces car les civils ont été pris en otage. La réalité est cependant différente du « wording » qu’on nous a servi, avec le camp des rebelles d’un côté, et celui du « régime d’Assad » de l’autre. Aujourd’hui, le « régime d’Assad », c’est 16 millions d’habitants. Le camp « rebelle », 300 000 personnes à La Ghouta et 2 millions dans la province d’Idlib. Quand nos journaux utilisent l’expression « offensive du régime », c’est nier le fait que Damas contrôle désormais 60% du territoire syrien.

Qui a vaincu les islamistes : les Syriens, les Russes, les Iraniens ?

Sur les 340 000 morts, 120 000 sont des soldats de l’armée syrienne, dont je rappelle qu’elle est à 60% composée de sunnites, et 100 000 sont des rebelles. L’armée de Bachar a été en première ligne dans les combats. Ses unités spéciales, comme le groupe du Tigre, ont libéré près de 50 000 km2 de territoires à l’est, jusqu’aux confins de l’Euphrate. Mais l’appui des Russe aura été décisif : au printemps 2013, les rebelles avaient encerclé la capitale et étaient à deux doigts de la conquérir. Certains ont évoqué « les hordes iraniennes à Alep » : je ne les ai pas vues. En revanche, j’ai observé à l’œuvre des instructeurs du Hezbollah, ainsi que des milices palestiniennes installées en Syrie depuis 1949.

Bachar sort-il renforcé de cette guerre ?

Oui, mais il faut aussi s’attendre à des évolutions profondes dans les prochains mois. Des chefs de guerre puissants ont émergé, dans un pays entièrement ravagé, et dont la population est épuisée.

 

03/05/2018 - Toute reproduction  interdite.

 


Rebel fighters gesture as they stand next to a bus before their evacuation, at Harasta highway outside Jobar, in Damascus, Syria March 26, 2018.
De Meriadec Raffray

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