En 2018, les médias ont annoncé que la guerre en Syrie contre l’État islamique était gagnée et les islamistes vaincus. Pourtant, trois ans plus tard, le Secrétaire général des Nations Unies a affirmé que la situation dans ce pays reste « un cauchemar vivant ». Après 10 ans de guerre, près de 300 000 morts et un Syrien sur trois déplacé ou expatrié, le drame perdure, alors que la menace du terrorisme islamiste plane sur le monde.

Par Iole de Angelis.

Même si la mort d'Al-Baghdadi en 2018 reste un moment important dans la lutte contre le terrorisme international, elle n’a pas sonné le glas de Daesh. En parallèle, le pouvoir de Bachar Al-Assad s’amenuise et l’opposition politique traditionnelle est en train de perdre en crédibilité.

Des théoriciens de la guerre asymétrique ont clairement indiqué que la force des organisations terroristes est leur structure tentaculaire. Elle leur permet de mettre en œuvre des actions qui sèment la terreur sans besoin d’un leader déterminé tout en étant dotée d’une capacité de régénération par le phénomène de la radicalisation, notamment à l’intérieur des prisons.

Daesh dispose de plusieurs instruments de diffusion de ses idéologies avec ses organismes médiatiques tels que Al-forqân (La preuve), Al-I’tissâm (se tenir dans le droit chemin), Al-Hayât (La vie), le magazine anglophone Rumiyah (Rome), lancé en septembre 2016, et la station radio Al-Bâyân (« Énonciation ») qui diffuse en plusieurs langues : arabe, kurde, anglais et turc. Sa maison d’édition, Al-Himma (L’effort), publie par voie de presse et sur Internet les principaux ouvrages de ses idéologues. L’organisation possède aussi un grand nombre de bureaux de presse (Makateb i’lamiyâ). Enfin, Daesh utilise aussi les moyens de nouvelle génération, comme Tik-Tok et tous les réseaux sociaux. Sa force reste cependant son réseau de sympathisants dans tous les pays qui ont, entre-autres, la mission de diffuser ses productions et son agence de presse Amaq, reste mobilisée sur tous les fronts pour légitimer les aspirations de Daesh.

Le groupe mène ainsi une propagande assez classique basée sur une nouvelle vision du monde, un discours alternatif sur les plans historico-religieux qui reprend et détourne des codes communs de l’islam sunnite, et se considère être un meilleur choix que Al-Qaïda pour tout aspirant djihadiste.

Aujourd’hui, la boîte de Pandore est ouverte et il semble impossible de la refermer, même avec une stabilisation du Moyen-Orient. Daesh est devenu une secte religieuse au grand pouvoir politique, un acteur international et une alternative politique valable aux yeux d’une masse de jeunes en quête d’identité. En Occident, une grande partie des djihadistes est issue des banlieues et des quartiers défavorisés. Ils sont en quête d’une reconnaissance et d’une héroïsation et, pour ce faire, ils donnent une dimension sacrée à des actions criminelles, ce qui leur procure un nouveau statut social.

La menace du terrorisme islamiste reste, en outre, extrêmement élevée dans le monde : près de 3000 européens auraient rejoint les rangs de Daesh entre 2017 et 2019 et son trésor est estimé à 3 milliards d’euros. En parallèle, Al-Qaïda semble se concentrer sur l’Afrique.

Un simulacre de démocratie

En 2018, grâce au soutien russe et iranien, Bachar Al Assad a remporté une bataille contre les islamistes. Mais il n'a ni gagné la guerre ni le combat pour la reconstruction de la Syrie. Aujourd’hui décrédibilisé aux yeux de la majorité de la population syrienne, il a orchestré un simulacre d’élection présidentielle. La France, le Royaume-Uni et les États-Unis ont contesté à l’avance le scrutin du 26 mai, qu’ils ont considéré comme un acte de propagande d’un régime en crise.

Bachar Al-Assad a accédé au pouvoir en 2000 après la mort de son père, Hafez Al-Assad. Le docteur Bachar, qui a séduit l'Occident avec la promesse de reformer son pays vers plus de démocratie, est devenu au fil des années un dictateur qui a combattu une guerre civile faisant des centaines de milliers de victimes. Son régime politique ressemble à celui de la mafia.

D’autres facteurs contribuent à renforcer l’impression de simulacre de démocratie de ce régime : seule la population sur le territoire contrôlé par le pouvoir a pu voter (six millions de personnes ont été déplacées sur une population de 17 millions d’habitants). De plus, la loi électorale empêche les figures de l'opposition en exil de se présenter aux élections car chaque candidat doit avoir vécu en Syrie pendant une période de 10 ans en continu en plus d’obtenir le soutien de 35 parlementaires. Toutefois, deux candidats de l’opposition se sont présentés contre Bachar Al-Assad.

Le 26 mai, les régions sous contrôle du gouvernement les Syriens ont voté pour une présidentielle sans surprise qui a offert un quatrième mandat de sept ans à Bachar Al-Assad. Ce dernier gouverne un pays au bord du gouffre, ravagé par la crise économique et plusieurs années de guerre qui survit sous perfusion de ses deux occupants, l'Iran et la Russie, qui le maintiennent artificiellement en vie.

Et maintenant…

Après une succession de défaites militaires et la chute en mars 2019 de son califat autoproclamé, Daesh a renoué avec la clandestinité et continue de mener des attaques meurtrières en Syrie contre l'armée du régime mais aussi les forces kurdes. Cette organisation continue d’exporter le djihâd dans tout le monde grâce à sa propagande. Aujourd’hui, on peut se demander si Daesh, un jour, obtiendra par le vote ce qu’il n’a pas obtenu par la violence face à des forces politiques de plus en plus affaiblies dans un Moyen-Orient de plus en plus déstabilisé.

15/06/2021 - Toute reproduction interdite


Des combattants islamistes de Daesh participent à un défilé militaire dans les rues de la province de Raqqa, dans le nord de la Syrie, le 30 juin 2014.
© Reuters
De Iole De Angelis