Santé | 2 mai 2019

Syndrome post-traumatique: Guérir est possible!

De Emmanuel Razavi
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Plus d’un Français sur  dix serait confronté au stress post-traumatique (spt). Gynécologue et psychothérapeute, le docteur Christophe Marx est l’un des plus grands spécialistes français d’EMDR, une technique très efficace qui permet de soigner ce syndrome. Il nous livre les pistes pour guérir. Entretien.

 

Comment définir le stress post-traumatique ?

C'est la réaction à un événement que nous n'avons pas pu intégrer car il a dépassé nos capacités d'adaptation. Il est question de mort, même frôlée, de destruction... L'événement traumatique a bouleversé le cadre de référence de la personne qui ne trouve plus de sens à son monde.  

Nous n'avons pas pu, comme pour tous les événements de notre vie, mettre en perspective les pensées adéquates, les émotions justes, les comportements aidant. Nous avons "gobé tout rond" l'événement qui s'est inscrit en nous comme un traumatisme psychique. 

Il n'a pas pu fuir dans le flot du temps qui passe, et tourne en boucle dans notre cerveau comme un hamster dans sa roue. De ce fait, une bonne partie de notre énergie psychique, consacrée d'habitude à gérer notre quotidien est comme court-circuitée par ce trauma. 

Et la personne qui va subir cela va témoigner de nombreuses difficultés, principalement en rapport avec le système nerveux autonome. 

-  Amnésie sélective : la personne va "oublier" tout ou partie de l'événement

-  Troubles du sommeil, de l'alimentation, et parfois perte de libido

-  Troubles de l'humeur : parfois agressivité inexpliquée, fantasmes de violence... A l'inverse on peut observer un syndrome dépressif.

-  Troubles des émotions : la personne a du mal à contrôler ses émotions, éclate en sanglot tout à coup, sans raison apparente, ou explose de colère. A l'inverse, elle peut parfois sembler complètement coupée et insensible. 

-  Flash-back, et irruption dans sa pensée : la personne revit la scène traumatique, dans ses rêves ou dans la journée, sans pouvoir chasser ces images qui peuvent devenir obsédantes. 

-  Parfois, le corps est de la partie et on constate des douleurs et des affections fonctionnelles ou psychosomatiques. 

 

 Comment le décèle-t-on ?

Ce qui permet ce diagnostic est la conjonction d'un événement majeur vécu par la personne, ou son entourage, et l'apparition des signes de SPT dans les semaines ou les mois qui suivent.

 

Existe-t-il une échelle de la douleur psychique ? Comment la mesure-t-on ?

Oui, il existe une échelle qu'on appelle "subjective". On peut demander à la personne : " Estimez votre niveau de détresse/ perturbation/ douleur psychique, sur une échelle de 0 à 10, ou 0 représente un état neutre et paisible, et 10 la plus immense détresse que vous pouvez imaginer vivre". Ce chiffre peut monter ou descendre au cours de la thérapie, et c'est un indicateur pertinent de l'évolution du symptôme. 

 

Quelles sont les techniques pour en guérir ?

Il existe des techniques de psychothérapie (cognitivo-comportementales ou EMDR...) qui visent toutes à aider le cerveau à percevoir autrement l'événement traumatique, pour le localiser dans le passé et du coup libérer le présent de toute cette énergie gaspillée pour face à un événement... qui est déjà passé et terminé !  Le propranol a été testé et a quelques résultats, mais on sait désormais que les antidépresseurs n'ont que peu d'efficacité et surtout beaucoup d'inconvénients .

 

On parle beaucoup du propanolol pour aider à la guérison ? de quoi s'agit-il ?

C'est un médicament de la classe des Bêta bloquants, qui ralentissent le coeur et donnent à la personne un sentiment d'apaisement. En demandant à la personne de repenser à la situation alors qu'elle prend ce traitement, elle va faire l'expérience de cette pensée associée à plus de tranquillité. Cela peut suffire à certaines personnes pour retraiter la perturbation en lien avec le traumatisme.

 

Combien de temps dure une thérapie ?

Pour un traumatisme unique et bien repéré, six séances peuvent être un maximum. Pour des traumatismes complexes, c'est plus long. J'entends par trauma complexes, de trauma nombreux, emboités les uns dans les autres, faisant chacun leur route dans la personnalité, et autour desquels la personne s'est "organisée" pour faire face. Si ces traumatismes rejoignent l'enfance, ou une période de développement psychique, la thérapie peut être évidemment beaucoup plus longue. 

 

L'EMDR permet-elle d'en guérir à 100% ? Garde-ton des séquelles jusqu'à la fin de sa vie ?

Pour un traumatisme simple, unique, sur une personne qui allait bien auparavant, les résultats de l'EMDR sont spectaculaires, et l'on observe rarement des récidives ou des séquelles. Mais il faut avouer que ces situations ne sont pas si fréquentes, et que souvent un traumatisme vient réveiller des vieilles fragilités, et que du coup, on peut garder des réminiscences douloureuses pendant longtemps.  

 

Pourquoi la photographie ou la peinture contribuent-t-elles à apaiser les patients atteints de spt ?

Ce sont des "supports projectifs" : dessins, photos peintures "disent" à notre place ce que les mots intellectuels ne peuvent exprimer. Et cela est apaisant de savoir que cette souffrance n'est pas confinée ad vitam à l'intérieur de nous, mais qu'elle peut aussi être exprimée à l'extérieur, et donc vue par les autres. On peut quitter un peu sa solitude. 

 

Quel conseil donner à une personne dont le conjoint est atteint de spt ?

Ne pas le juger ni le bousculer. Se protéger soi-même pour ne pas aggraver la situation dans le présent. Et l'encourager à se soigner sans tarder ! car il est vraiment dommage de continuer de souffrir quand des traitements efficaces existent ! 

 

05/03/2019 - Toute reproduction interdite

 



Geralt on Pixabay
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