Société | 22 février 2021

Soins palliatifs : Un infirmier les raconte en BD

De Fild Fildmedia
6 min

Plus connu sous le nom de l’Homme étoilé, Xavier est infirmier en soin palliatifs et dessinateur. Il relate depuis plusieurs années son quotidien en bandes dessinées. S’il a davantage l’allure d’un chanteur de rock que de celle d’un soignant, ce grand costaud couvert de tatouages à la voix calme témoigne d’une profonde humanité. « Un chamallow dans une armoire glace » pour reprendre les termes de l’une de ses collègues. À travers ses rencontres avec ses patients, une véritable ode à la vie est célébrée dans ses deux premiers ouvrages, À la vie et Je serai là ! (Éditions Calmann Lévy 2020 et 2021).     

                      Entretien conduit par Marie Corcelle           

Fild : Lorsque l'on évoque les soins palliatifs, on pense nécessairement à la mort. Mais c’est surtout la vie qui ressort dans vos bandes-dessinées. Comment faites-vous ?

L’Homme étoilé :
C’est un constat au quotidien en tant que soignant. Les gens connaissent très mal ce que sont véritablement les soins palliatifs, et je le dis avec beaucoup d’humilité. Lorsque j’étais étudiant, je les percevais comme une espèce de succursale de la mort. Et lorsque j’ai eu la curiosité d’aller voir ce qui se passait dans ces services, j’ai reçu une merveilleuse leçon de vie. Avec le temps, j’ai eu envie de partager ma perception, parce que les gens sont mal informés. En réalité, en soins palliatifs, on travaille avec la vie. On a l’impression que du fait de la proximité et de l’évidence de la mort, ce sont des services tristes. Ce sont bien au contraire des lieux de vie.


Fild : Pourquoi avoir choisi de travailler en soins palliatifs, et pas dans une autre branche ?

L’Homme étoilé : Ce qui m’a poussé à franchir les portes de ce service, c’est la confrontation à l’échec thérapeutique. Pendant ma formation, je faisais de plus en plus face à des annonces d’arrêt de traitement, et cela m’avait beaucoup remué. Ce n’était pas forcément des patients en fin de vie imminente, et je me demandais ce que la médecine pouvait proposer à ces personnes qui n’étaient plus en mesure de guérir. De fil en aiguille, cela m’a orienté sur le chemin des soins palliatifs.


Fild : Pourquoi vous êtes-vous mis à raconter votre quotidien de soignant à travers le dessin ?

L’Homme étoilé : J’ai décidé de le faire après la rencontre avec une patiente, Mathilde, que je raconte dans mon premier livre À la vie. C’est un petit bout de femme qui m’a tellement impressionné, avec un accompagnement qui m’a profondément marqué, et son décès m’a tellement ému que j’ai eu envie de raconter tout ça. Je voulais montrer que l’on peut faire de belles rencontres en soins palliatif, que l’on peut faire un réel accompagnement, et que l’on peut « bien mourir » à l’hôpital. Cela a été un moment d’humanité et de tendresse, d’amour et de partage. J’étais souvent confronté à des réactions très inquiètes quand je parlais de mon travail, et quand j’ai fait la connaissance de Mathilde, j’ai eu besoin de coucher tout ça sur papier. Les rencontres se sont multipliées, et je me suis dit que je ne pouvais pas garder tout ça pour moi et qu’il fallait vraiment que je le raconte.


Fild : Comment faites-on pour garder le moral, alors que vous êtes confronté à la mort en permanence ?

L’Homme étoilé : Cette proximité quotidienne avec la mort me rappelle à quel point la vie est un équilibre précaire et fragile dont il faut profiter à chaque instant. Je pense que cela m’apprend à être un peu plus philosophe au quotidien.
Mon rôle n’est pas d’empêcher les gens de mourir, c’est surtout de les accompagner au mieux dans cette imminence de la mort que je ne peux pas contrôler. Il faut accepter le fait que la mort fait partie de la vie, et que le rôle des soignants en soins palliatifs n’est pas de l’empêcher, mais de permettre qu’elle s’opère dans les meilleures conditions possibles. Quand on y parvient, c’est une véritable victoire.
Plus que la mort, la confrontation permanente au deuil est compliquée à vivre et nécessite de prendre du recul. Voir la souffrance et la tristesse des proches des patients vous touche. Il y a tout un tas de projections et de transferts qui s’opèrent et l’on ne peut pas rester impassible. De temps en temps, vous avez besoin de portes de sortie pour extérioriser. Pour ma part ça passe par la musique, mon foyer, la bande dessinée…

Fild : Quelle est la rencontre qui vous a le plus marqué ?

L’Homme étoilé : C’est une question difficile. Toutes les histoires et leur conclusion sont différentes, chaque personne a son caractère et son parcours. Pour chaque patient et dans chaque chambre, il y a des enjeux qui leur sont propres, on est investi d’un rôle différent avec chaque personne. Nous ne sommes pas tous égaux face à la l’approche de la mort. Certains l’accueillent avec beaucoup de sérénité quand d’autres le font avec beaucoup d’angoisse. Je ne saurais pas choisir une rencontre plutôt qu’une autre.

Fild : Si je vous dis ‘’ soigner avec des mots ‘’, qu’est-ce que cela vous inspire ?

L’Homme étoilé :
C’est la philosophie des soins palliatifs. On peut soigner autrement qu’avec la simple administration de médicaments. Vous pouvez soigner avec des compétences humaines. Le simple fait d’offrir une écoute attentive vaut tous les cachets du monde. Je pense qu’à l’hôpital les gens ont bien plus besoin d’être écoutés que conseillés. C’est ce que l’expérience m’a appris, et c’est ce dont parle mon deuxième livre. Je n’ai pas de réponse à tous les maux et problèmes, à l’angoisse de la mort. Mais je peux être présent, tendre, empathique, et à l’écoute. J’essaye de garder cette humilité au quotidien et de trouver des solutions qui conviennent et correspondent aux patients.

17/02/2020 - Toute reproduction interdite


"Je serai là ! ", deuxième bande dessinée de l'Homme étoilé
L'Homme étoilé / Calmann Levy Graphic
De Fild Fildmedia

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