Comme les hommes, certaines femmes ont fait le choix d’avoir plusieurs partenaires. Certaines sont libertines et revendiquent le droit d’être actrices de leur sexualité. D’autres, polyamoureuses, se sentent à l’étroit dans des relations monogames. Toutes se battent contre les préjugés.

Une enquête de Sara Saidi.

 

« Mon style de vie pose problème. Parce que je suis une femme, il y a une différence de vision : la femme libertine est une salope, alors que l’homme libertin est un playboy », regrette A. 38 ans, libertine depuis presque dix ans. « J’ai commencé à me poser des questions à 25 ans et peu avant la trentaine je me suis lancée. (…) », se rappelle-t-elle.

Avant de devenir libertine, A. à eu pendant longtemps des relations monogames : « On ne peut pas avoir une sexualité à 100% épanouissante avec une personne. Il y a des envies qu’on ne veut pas partager avec son partenaire car on a peur que sa vision change, on peut aimer quelqu’un très fort mais pas avoir la même envie sexuelle », estime-t-elle.

C’est également cette frustration qui a emmené C. à devenir libertine après dix ans de vie commune : « J’avais l’impression de m’être endormie sur mes désirs, d’avoir mis en sommeil ma vie de femme », explique l’infirmière de 42 ans. « Ma rupture m’a donné l’impression de renaître, j’avais à nouveau la sensation d’envie, de désir. Sans que ce soit conscientisé, je me suis mise à papillonner, à faire des rencontres sans lendemain (…) J’ai trouvé l’équilibre depuis trois ans avec mon compagnon actuel. (…) On s’est toujours dit qu’il valait mieux qu’on vive des choses de notre côté, plutôt que de vivre dans l’amertume », raconte-t-elle.

Se concentrer sur sa vie de femme

Les rencontres libertines peuvent se faire via des applications de rencontres ou sur les réseaux sociaux, notamment Twitter. Mais contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, les libertines n’enchaînent pas les relations : « Cela fait un mois que je n’ai pas eu d’autre partenaire que mon conjoint, je ne suis pas dans la recherche », explique A. qui préfère les rencontres banales, dans la rue ou lors d’une exposition, plutôt que les rencontres sur Internet.

« La femme libertine est très mal vue, pourtant elle ne couche pas avec n’importe qui, elle choisit ses partenaires et elle est bien plus sélective et très à cheval sur l’hygiène » constate C. « Je ne fais pas énormément de rencontres mais je ne vis plus dans l’absence de désir ni dans la frustration. (…) J’ai une nouvelle considération de moi-même, aujourd’hui je me concentre sur ma vie de femme et pas seulement en tant que mère et compagne », précise-t-elle.

Pour Evelyne Dillenseger, sexologue et thérapeute de couple, les femmes revendiquent également l’égalité homme-femme sur le plan sexuel :« Aujourd’hui, elles ont une profession, une contraception. Elles sont plus libres. Elles ne sont plus assujetties à un homme ou à une maternité non désirée », affirme la thérapeute.

Ainsi, pour A. être libertine c’est surtout une manière « d’assumer ses envies et sa sexualité, de ne pas juste être un objet de désir et être maîtresse de son plaisir et actrice de sa sexualité », estime-t-elle. Cette psychologue spécialisée vit avec son conjoint - également libertin - et a des relations en dehors de son couple avec des hommes ou des femmes : « Ce que m’apporte une femme n’a rien avoir avec ce que m’apporte mon conjoint », explique-t-elle.

Libertinage et polyamour : les préjugés ont la vie dure

« Les femmes peuvent avoir la curiosité des pratiques sexuelles », explique Evelyne Dillenseger. Néanmoins les préjugés ont la vie dure : « Dans la société actuelle en France, il y a toujours cette idée que la femme doit être une épouse et une mère et pas autre chose. La femme qui va se libérer de ces instincts est une mauvaise mère, une mauvaise épouse, c’est très culpabilisateur », regrette M.

Polyamoureuse, Carrie Jenkins, professeure de philosophie à l’Université de British Columbia au Canada rencontre les mêmes préjugés. Dans une relation de ce type, chacun peut avoir plusieurs relations amoureuses en dehors de son couple dans le respect des uns et des autres. Par ailleurs, ces rapports n’aboutissent pas forcément à des relations sexuelles. La différence avec le libertinage c’est que celui-ci « n’induit pas nécessairement de relation amoureuse », précise A.

Or Carrie Jenkins constate que là aussi, il est difficile pour les femmes d’éviter d’être stigmatisée : « On part du principe qu’il est plus important pour les femmes d’être monogame. Si elles ne veulent pas l’être ou ne le sont pas, elles sont en échec en tant que femme alors que pour les hommes, avoir plusieurs partenaires est plutôt considéré comme une performance », regrette-t-elle. L’auteure de What Love is (and What it could be), constate néanmoins une évolution positive ces cinq dernières années : « Les gens sont plus familiers avec le concept de polyamour mais c’est un progrès très lent », affirme-t-elle.

Du coup, beaucoup de polyamoureuses préfèrent garder leur pratique secrète par peur d’être jugé : « Je crois que j’ai toujours été polyamoureuse mais je ne le savais pas car je n’en avais jamais entendu parler avant mes 30 ans. Jusque-là, j’ai eu des relations monogames, mais je n’étais pas totalement moi-même. Quand j’ai rencontré mon mari il y a une dizaine d’années, il n’y avait pas beaucoup de discussions sur ce sujet, nous avons commencé par une relation libre. J’ai perdu des amis, c’était triste. (…) En effet, pour beaucoup, si tu aimes deux personnes ce n’est pas vraiment de l’amour », explique-t-elle.

C. aussi préfère rester discrète sur sa pratique du libertinage : « Je cloisonne beaucoup. Dans ma vie pro et dans ma vie de tous les jours, personne ne sait que je peux avoir des aventures en plus de mon couple. Généralement quand je le dis, il y a deux réactions, soit : « c’est génial, vous vous éclatez ! » soit, « Tu verras c’est une phase, ça va te passer, tu en auras marre. » Cette deuxième réaction est liée au vécu et à l’éducation de la personne. (…) Or, on n’a pas tous les mêmes quêtes en matière de sexe, et de plaisir physique (…) C’est important de rassurer les jeunes et les très jeunes femmes et légitimer leur besoin de découverte et d’assouvir leurs fantasmes, c’est comme ça qu’on peut déculpabiliser », estime-t-elle.

16/07/2021 - Toute reproduction interdite



© Mario Battaglia/Pixabay
De Sara Saidi