Analyses | 3 octobre 2020

Séparatisme islamiste : que penser du discours de Macron ?

De Emmanuel Razavi
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Le président de la République a présenté vendredi 2 octobre les contours de son projet de loi sur « les séparatismes ». Que faut-il en penser ?

                                                                           L'édito d'Emmanuel Razavi

Emmanuel Macron s'attaque enfin au séparatisme islamiste en osant le nommer. À travers son discours, il vise clairement les associations françaises liées aux frères musulmans et aux salafistes qui n'ont eu de cesse depuis quarante ans de tester les limites de la République.

Si l'on doit saluer la prise de conscience et le désir d'action du Président de la République concernant un sujet qui met en péril les fondations de notre société, certains des « remèdes » qu'il propose surprennent.

Tout d'abord son choix sémantique de « l'islamisme radical » laisse sceptique. Car il suppose qu'il existerait un islamisme apaisé. Or, le fondement même de l'islamisme est d'être le continuum extrémiste de l'islam.

Certaines propositions d'Emmanuel Macron vont bien sûr dans le bon sens et il faudrait être de mauvaise foi pour prétendre le contraire. Ainsi, la formule consistant à vouloir assurer « une présence républicaine au bas de chaque tour, au bas de chaque immeuble », « avec sur le terrain des magistrats, des greffiers, des juges », « des policiers et des gendarmes » convainc qu'il a pris la mesure du risque de partition culturelle qui menace la France et d'un nécessaire retour à l'ordre. En ce sens, on assiste à un véritable tournant politique. L'on ne peut toutefois que déchanter lorsqu'on l'entend dire qu'il faut « enseigner davantage la langue arabe à l'école ou dans un périscolaire que nous maîtrisons pour couper les jeunes d'associations qui leur proposent le pire ». À moins que le chef de l'État ne parle d'un autre pays que la France, l'objectif d'intégration et d'assimilation à notre culture commande que la langue à apprendre en priorité soit le français et non l'arabe. L'arabe à l'école, c'est en effet ce que demandent depuis des années les soutiens de l'islamisme frériste.

De la même manière, vouloir soutenir la recherche scientifique sur l'islam - comme la recherche en général - est très respectable. Mais créer un institut scientifique d'islamologie - forcément élitiste - ne résoudra pas à court ou moyen terme le problème du recrutement au sein des filières du jihadisme et de l'islamo-gangstérisme dans les quartiers. Vouloir créer « des postes supplémentaires dans l'enseignement supérieur pour continuer le travail en matière de recherche sur la civilisation musulmane » laisse tout autant dubitatif. En effet, ne ferait-on pas mieux d'approfondir davantage la connaissance de notre histoire et de nos valeurs plutôt que de vouloir enseigner davantage les fondements d'une civilisation étrangère qui peine à trouver ses marques au sein de la République ?

Le président a exprimé le souhait que l'instruction soit désormais obligatoire au sein de l'école « creuset républicain » dès l'âge de 3 ans et que l'enseignement à domicile soit « strictement limité, notamment aux impératifs de santé ». C'est oublier que s'il existe bien des dérives sectaires en la matière, des milliers de familles françaises ont souvent fait le choix de l'enseignement à la maison pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la religion. Les mettre dans le même sac que les islamistes pose inévitablement la question des libertés individuelles, comme celle de la liberté de scolarisation.

Macron otage de son aile gauche

Le fait qu'Emmanuel Macron constate avec discernement qu'un islam radical est en train de vouloir imposer son projet à la République va permettre d'ouvrir un débat nécessaire.

Mais pour agir concrètement, sa marge de manœuvre est étroite.

Certaines de ses propositions parfois contradictoires - comme son sempiternel besoin de revenir sur notre passé colonial - risquent d'abord de brouiller le message et de cristalliser les antagonismes. Deux raisons expliquent ensuite qu'il ait du mal à se positionner plus fortement sur ce dossier. La première, c'est son aile gauche, favorable au multiculturalisme et totalement compatible avec les mouvements communautaristes et islamistes, avec laquelle il doit composer en vue de la présidentielle. La seconde, c'est le manque de courage républicain de ceux qui le conseillent et qui auraient dû le pousser à tenir un seul cap qui se résume à la fermeté policière et judiciaire, ainsi qu'à l'enseignement strict de notre culture et de nos valeurs.

Dans cette période de crise identitaire forte que vit la France, seuls les actes compteront et feront au final la démonstration de la détermination du Président.

04/10/2020 - Toute reproduction interdite.


Des jeunes tiennent un drapeau islamique et une banderole sur laquelle on peut lire "Ne touchez pas à mon prophète, rien d'autre que le Messager d'Allah" alors qu'ils se rassemblent dans le centre de Paris le 18 janvier 2015.
Pascal Rossignol/Reuters
De Emmanuel Razavi

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