Analyses | 11 mai 2021
2021-5-11

Sécurité : Macron le prince de l’illusion

De Roland Lombardi
5 min

Un an avant l’élection présidentielle, la sécurité intérieure est plus que jamais le thème majeur qui préoccupe les Français. Très critiqué, bousculé par la droite et les syndicats policiers, Emmanuel Macron tente de défendre son bilan. Mais l’enfumage ne prend plus.  

La chronique politique de Roland Lombardi

Le 18 avril dernier, dans un long entretien accordé au Figaro[1], le président de la République défendait son bilan en matière de sécurité intérieure et dressait les lignes de ce qu’il souhaitait encore mettre en œuvre dans son combat « pour le droit à la vie paisible » …

Ainsi, il annonçait que 10 000 policiers et gendarmes seraient recrutés d'ici avril 2022, soit moins que les 13 000 postes supprimés par Sarkozy entre 2007 et 2012 et jamais compensés depuis.

Soit.

Reste à savoir si l'ensemble de ces nouveaux fonctionnaires seront affectés vraiment sur la voie publique. Emmanuel Macron a également annoncé la généralisation des caméras-piétons, la création d’une « école de guerre » destinée à la formation continue des policiers et surtout le remplacement révolutionnaire de la casquette par un calot. Et bien sûr un sempiternel « grand-débat citoyen » (sur la drogue cette fois) après l’inénarrable Beauvau de la Sécurité, dont les tables rondes sont suspendues jusqu'à nouvel ordre pour raisons sanitaires.

Or les Français ne sont plus dupes. À un an de la présidentielle, l’Élysée se devait de frapper un grand coup… de com’ encore une fois.

Si Macron n’est pas comptable de quarante années de politiques laxistes et de déni de ses prédécesseurs, il n’en reste pas moins que son bilan en matière sécuritaire après 4 ans de mandat est catastrophique puisque la délinquance a littéralement explosé.

Un président hors-sol rattrapé par la réalité

Au lendemain de ce lancement de campagne sur le thème de la sécurité dans le Figaro, le chef d’État a donc fait un déplacement à Montpellier et une tournée des « points chauds » des quartiers de la ville en voiture de police banalisée. Puis, il est allé à la rencontre des habitants où il fut d’ailleurs chahuté…

Autre comble de malchance pour son opération de communication, un homme a été blessé par balle dans le centre-ville… durant sa visite !

Quatre jours plus tard, une policière était égorgée en plein commissariat de Rambouillet, dans les Yvelines, par un ressortissant tunisien, aux cris d’« Allah Akbar ».

Moins de deux semaines après cette énième attaque terroriste, c’est un policier qui était tué par balles par un dealer à Avignon.

Est-il besoin de rappeler que depuis des mois, tous les soirs, en plein couvre-feu sanitaire, des dizaines de villes aux quatre coins de France sont la scène de violentes émeutes urbaines où guet-apens et caillassages de policiers sont devenus des rituels morbides ?

Pas étonnant dès lors que plus de 65% des Français jugent que le bilan sécuritaire d'Emmanuel Macron est négatif.

Ils en ont ras le bol de cette politique du paraître et du verbe, de cet affichage permanent, avec ses coups de menton médiatique, ses hommages nationaux à chaque victime, ses Grenelles et ses divers « comités Théodule ». Le respect de la loi ne doit pas s’imposer qu’aux faibles et aux seuls automobilistes ou « contrevenants sanitaires ».

Comme le démontrent « la marche citoyenne », organisée par les policiers et prévue ce 19 mai, et les dernières tribunes des généraux en retraite mais également de militaires actifs, soutenus par une majorité de Français, ces derniers veulent du courage et de la détermination. Que la peur change de camp. Que les racailles et les barbares soient enfin terrorisés par des actes et des sanctions lourdes et immédiates afin d’enrayer le délitement de l’État en cours et avant qu’il ne soit trop tard.

Combien de temps durera encore cette stratégie boiteuse contre l’insécurité, bâtie sur des gadgets interactifs pour « bobos », des incantations martiales mais vaines, le « pas de vague » et surtout, sur l’espoir que le professionnalisme et l’abnégation de nos forces de l’ordre suffiront à éviter un embrasement général du pays ?

En matière de sécurité et de terrorisme et avant une tragédie nationale qui paraît malheureusement inéluctable, il faut un choc d’une politique globale, réaliste, ferme et ambitieuse sur l’immigration, l’éducation, la formation, l’emploi, la lutte contre la drogue et la justice.

De ce côté-là d’ailleurs, il ne faut rien attendre d’un garde des sceaux pour qui « la France n’est pas un coupe gorge », et qui préfère se lancer dans la bataille électorale des régionales afin de « chasser » le RN qui est pour lui, le seul « véritable danger pour la démocratie » ! On croit rêver !

Au final, il ne faut rien attendre non plus – et surtout – du locataire de l’Élysée. Lui, qui ne l’oublions pas, avait évoqué au média en ligne Brut, le 4 décembre 2020, les « violences policières », en reconnaissant l'existence de contrôles au faciès pour commenter l’affaire Zecler.

Une des meilleures synthèses de ce « Jupiter de l’illusion » nous est donnée par le géographe Christophe Guilluy, l’auteur de La France périphérique : « On surjoue l'intelligence de cet homme pour masquer le fait que les élites sont de moins en moins cultivées. Il n'a rien vécu, ne manie que le packaging habituel du communicant absolu… En cela, il incarne le vide des élites ».

Or, ce n’est pas son intelligence qui est en cause. Car son intelligence politique est certaine. Son principal problème serait plutôt sa totale déconnection du réel. Haut fonctionnaire, énarque et banquier peut-être brillant, il n’a jamais été un élu local. Surtout, il est issu d’une famille bourgeoise. Toute sa vie, il n’a strictement évolué que dans le microcosme d’une élite mondialiste dont il est devenu le prince.

Il ne connait pas charnellement la France et les Français.

C’est un technocrate qui n’a une vision lointaine du pays qu’au prisme des notes qu’il reçoit sur son bureau élyséen. Même si celles-ci sont alarmantes, il croit toujours que la com’ demeure une martingale du succès électoral. Mais le charme ne prend plus. Sa méthode de communication est même inefficace puisqu’elle n’est conçue que pour une infime partie de la population, celle de sa caste. Ce « en même temps », véritable slalom perpétuel entre les « convictions », et surtout sur les questions liées à la justice, la sécurité mais également sur le communautarisme et la repentance, est devenu littéralement imbuvable pour la majorité de ses concitoyens.

Bref, Emmanuel Macron se voulait être le grand Houdini de la politique française. Il s’est révélé n’être qu’un Garcimore beaucoup moins sympathique et surtout beaucoup plus dangereux…

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

https://www.facebook.com/Roland-Lombardi-148723348523778

[1] https://www.lefigaro.fr/actualite-france/emmanuel-macron-au-figaro-je-me-bats-pour-le-droit-a-la-vie-paisible-20210418


Des barrières et des policiers maintiennent quelques manifestants en arrière alors que le président Emmanuel Macron visite le siège de la CAF locale à Montpellier, le 19 avril 2021.
©Guillaume Horcajuelo/Pool via Reuters
De Roland Lombardi