En l’espace d’un week-end la France a assisté à trois interventions du GIGN ou du Raid, dans le but de neutraliser des individus dangereux. Trois « faits divers » qui ont relancé le débat sur la sécurité, le terrorisme et la santé mentale.

Par Matteo Ghisalberti.

Le week-end s'est terminé avec l’interpellation d’un homme de soixante-trois ans interpellé par le Raid après avoir tué L’amie d’un voisin et blessé ce dernier à Emerainville (77).

Après avoir tiré sur les deux personnes, l'auteur des faits s’était retranché chez lui.
Au même moment, en Dordogne, quelque cent cinquante gendarmes et hommes du Groupement d'Intervention de la Gendarmerie nationale traquaient un ex-militaire de vingt-neuf ans, lourdement armé.

Dans la nuit entre samedi et dimanche, l’homme avait tiré sur des gendarmes qui étaient intervenus à la suite d’un différend familial, dans la commune de Lardin-Saint-Lazare. L’homme, qui avait l’interdiction de s’approcher de son ex-femme et portait un bracelet électronique, avait déjà été condamné quatre fois pour des violences conjugales.

Un peu plus de vingt-quatre heures auparavant, c’est à La-Chapelle-sur-Erdre (44) qu’un homme - connu pour radicalisation, sorti de prison en mars après avoir purgé une peine de huit ans - blessait une policière municipale et tirait sur des gendarmes. L’homme s’est ensuite retranché au domicile d’une résidente de la commune aux portes de Nantes, alors que le GIGN et les gendarmes le traquaient. Puis, ayant été aperçu depuis le balcon de l’enceinte de la caserne de gendarmerie, il tirait sur deux gendarmes. Un deuxième échange de coups de feu suivait : deux gendarmes étaient blessés et l’auteur de l’attaque, tué.

Si ces trois interventions des forces de l’ordre ont montré les lacunes dans l’application des peines en France, c’est celle de La-Chapelle-sur-Erdre qui a montré, encore une fois, la légèreté avec laquelle on traite les suspects de radicalisation islamiste.
En effet, dès que l’identité de l'agresseur de la policière municipale a commencé à circuler, on a tout de suite compris que le profil de Ndiaga Dieye aurait dû inviter la justice à prévoir une surveillance accrue de cet ex-détenu. D’abord, son nom figurait dans le fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Puis, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, a confirmé à la presse que l’homme était un "schizophrène sévère" et que pour cette raison "Il était médicalement suivi".

Le ministre a également confirmé que l’agresseur de La-Chapelle-sur-Erdre avait "une pratique rigoriste de l'islam" mais qu’il “n'a jamais été condamné pour terrorisme, pour complicité ou apologie du terrorisme. Il a toujours été emprisonné ou condamné pour des faits de droit commun avec grande violence ".

Le locataire de la Place Beauvau a tenu à souligner que Ndiaga Dieye était "Français né en France". À propos de ces dernières affirmations du ministre de l’Intérieur sur l’origine de l’agresseur, on pourrait presque y voir une intention de relativiser les risques représentés par cet homme.

Avec ces mots, le ministre de l’Intérieur voulait-il éteindre les étincelles d’un potentiel incendie ? Ou bien le message du premier flic de France était-il : “ Vous voyez ? Même un franco-français peut s’en prendre aux forces de l’ordre ”. Difficile de répondre.

Ce qu’on peut dire, c’est qu’à force de vouloir nuancer la proximité avec l'islamisme de certains auteurs d’agressions, tout en soulignant, en parallèle, des problèmes psychiatriques, on a laissé grandir la menace terroriste en France. Une menace dont la gestion a parfois été confiée à des structures sanitaires plutôt qu’à l’institution pénitentiaire.

En effet, même Ndiaga Dieye était soumis à un suivi socio-judiciaire et à l’obligation de soins. Sur le papier, l’application de ces mesures aurait dû suffire à éviter davantage de problèmes mais, après les faits de vendredi, on peut se demander s’il n’y a pas eu de la légèreté ou des lacunes.

Par exemple, après sa neutralisation, on a appris que Ndiaga Dieye avait rencontré à trois reprises le service pénitentiaire d’insertion et qu'il avait présenté les justificatifs de soins. Il était également accompagné par une association en lien avec le même service pénitentiaire d’insertion. La justice estimait donc suffisant qu’un individu - dont la radicalisation ainsi que les problèmes psychiatriques étaient connus - puisse justifier sa non-dangerosité juste en remplissant quelques formulaires. Il ne faut non plus oublier les mots prononcés par le ministre de la Justice, Éric Dupont-Moretti, après la fin de la traque à l’homme de vendredi passé. En répondant à un journaliste qui demandait pourquoi Ndiaga Dieye avait été remis en liberté en mars dernier, le garde des sceaux répondait : "dans notre pays, quand un homme a purgé sa peine, il a purgé sa peine et quand il a un suivi socio-judiciaire, il est tenu de le respecter, ce qui semble être le cas".

L’attitude montrée par la justice vis-à-vis de l’agresseur de la policière de La-Chapelle-sur-Erdre, rappelle aussi le cas de Sarah Halimi. Là encore, des juges avaient estimé que l’auteur de l’assassinat de la sexagénaire de confession juive, était pris d’une “bouffée délirante”.

Dans ces deux cas, les problèmes psychiatriques ont été érigés en une sorte d’atténuation d’actes barbares qui en réalité étaient ciblés. L’assassin de Sarah Halimi avait crié « Allah akbar » alors qu’il s'attaquait à la retraitée juive. L’agresseur de La-Chapelle-sur-Erdre, lui, en plus d’être connu pour sa radicalisation a "voulu s'en prendre aux gendarmes”, comme l’a d’ailleurs confirmé le ministre de l’Intérieur.

L’on pourrait débattre à l’envi de de ces sujets.

Pourtant, au fond, une seule question demeure : quand nos dirigeants arrêteront - ils de se cacher derrière leur petit doigt ?

01/06/2021 - Toute reproduction interdite


Gerald Darmanin parle aux journalistes devant les bureaux de la police municipale après qu'un assaillant a grièvement blessé une policière à La Chapelle-sur-Erdre, , le 28 mai 2021
©Stephane Mahe/Reuters
De Matteo Ghisalberti