S’il existe au moins une tradition que l’UNEF n’a pas perdu depuis sa création, c’est le mystère entourant ses gros sous. En dehors des 458 850 euros de subventions publiques versées par le ministère de l’Éducation nationale, quelles sont ses autres sources de revenus ?     

Par Ian Hamel, avec Marie Corcelle.

Il ne s’agit pas d’aller chercher des poux dans la tête de l’Union Nationale des Étudiants de France. Il est normal qu’un syndicat représentatif perçoive de l’argent de l’État pour la formation de ses élus et son fonctionnement général. Le magazine Challenges avance le chiffre de 836 325 euros de subvention annuelle en 2019 et 2020 pour la Fage, 131 175 pour L’Alternative (gauche) et 73 650 pour l’UNI (droite). Avec les sommes perçues par l’UNEF , 458 850 euros, c’est un total de 1,5 million d’euros versés à quatre associations étudiantes. « Il est calculé au prorata des résultats obtenus lors des dernières élections de janvier 2019 pour le conseil d’administration du Centre national des œuvres universitaires et scolaires et pour le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche », précise l’hebdomadaire économique.

Le problème, c’est que tous ces syndicats ne sont pas vraiment représentatifs. L’UNEF a ainsi gagné un siège à l’université de Bordeaux en obtenant 332 voix sur 49 737 inscrits, soit 0,7 % du corps étudiant. Le ministère de l’Éducation nationale est lui-même victime de la faible mobilisation des étudiants. Que ne dirait-on pas si, en raison de ces chiffres dérisoires, il lui venait l’idée d’exclure ces syndicats du vote du budget des universités ? L’autre écueil, c’est qu’autrefois les syndicats étudiants s’occupaient de choses concrètes comme l’impression des polycopiés et la santé des élèves. Aujourd’hui, l’UNEF s’inquiète surtout de savoir si les hommes blancs ne monopolisent pas trop le temps de parole pendant les réunions.

Quel soutien des politiques ?

Concernant le financement du syndicat, les actuels dirigeants de l’UNEF donnent l’impression d’être des enfants de chœur comparés à leurs grands aînés, quand, dans les années 90, des dirigeants de la Mutuelle des étudiants de France (MNEF) se versaient des salaires de 100 000 francs par mois (autour de 15 000 euros). Et que la mutuelle octroyait 600 000 francs (90 000 euros) à l’avocat et homme politique Dominique Strauss-Kahn. Mais pourquoi ces petits nouveaux montrent-ils autant de réticences lorsque Fildmedia les interroge sur leurs sous ?

Réponse de Mélanie Luce : « L’UNEF est financée par des subventions publiques, les cotisations de ses adhérents, et parfois grâce aux dons ». La présidente n’a toutefois pas souhaité entrer dans les détails et chiffrer le budget total du syndicat.

Majdi Chaarana, le trésorier national de l’UNEF, ne se montre pas davantage précis : « Je ne communique pas de chiffres aux médias. Tout est fait dans les règles. Nous nous montrons d’autant plus rigoureux sur les dépenses que nous subissons des contrôles réguliers de la part de l’État. Il n’y a aucun problème financier nous concernant », assure-t-il. Nous n’en saurons donc pas davantage sur la façon dont sont dépensées les subventions étatiques payées avec l’argent du contribuable. Pas d’éclairage non plus sur les autres sources de financement. Autrefois, les syndicats étudiants pouvaient recevoir l’appui de la « réserve parlementaire ». Les 577 députés disposaient librement d’une enveloppe de 90 millions d’euros. Ainsi Pouria Amirshashi, président de l’Unef-ID (Indépendance et démocratique) de 1994 à 1998, a-t-il versé 10 000 euros chaque année quand il était député socialiste entre 2002 et 2007. De son côté, le député UMP Jean-François Coppé n’oubliait pas l’UNI, le syndicat étudiant le plus marqué à droite. Depuis, la réserve parlementaire a été supprimée. Elle a été remplacée par une dotation de solidarité locale, dont les crédits sont répartis au niveau départemental. Soit 80 millions, dont 30 millions vont aux associations.

L’accès des femmes en burkini dans les piscines

Par ailleurs, rien n’empêche un conseil départemental ou un conseil régional d’encourager financièrement une organisation syndicale. Un exemple ? En 2016, Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, a versé 50 000 euros à l’UNI. Le 8 novembre 2017, Le Canard enchaîné constatait que « un an et demi plus tard, l’UNI semble éprouver quelques difficultés à justifier l’utilisation des fonds ».

Enfin, quid des partenariats avec d’autres associations ? Qu’il s’agisse de lancer des campagnes portant sur l’aide alimentaire ou sur la lutte « contre l’islamophobie ». Le 20 mars 2021 à Grenoble, l’UNEF manifestait aux côtés du Nouveau Parti anticapitaliste, de l’Union communiste libertaire et d’Alliance citoyenne. Parmi les slogans : « Burkinique les racistes ».

Les intervenants ont dénoncé le gouvernement qui, selon eux, « désignait les musulmans comme ennemis de l’intérieur »… Alliance citoyenne s’est fait connaître à Grenoble en 2017 en réclamant l’accès des femmes en burkini dans les piscines municipales. En mars dernier, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, a écrit à la Commission européenne pour demander l’annulation de la subvention versée à l’Alliance citoyenne, accusée de promouvoir, au profit des musulmans, « des règles compatibles avec la charia ».

Autre structure également dans le collimateur des autorités et qui coopère avec l’UNEF : La boîte sans projet à Amiens. Il s’agit d’une association d’éducation populaire, soupçonnée par ses détracteurs de faire surtout la chasse aux deniers publics. Le 20 janvier dernier l’UNEF, La boîte sans projet et d’autres formations de gauche manifestaient à Amiens pour dénoncer l’isolement, la précarité et les mauvaises conditions de travail à distance engendrés par la crise sanitaire.

07/04/2021 - Toute reproduction interdite


Des lycéens participent à une manifestation à Paris, le 14 octobre 2010.
© Benoit Tessier/Reuters
De Ian Hamel