Interviews | 2 juillet 2020

Sébastien Laye : « Reprenons le contrôle de notre destinée »

De Peggy Porquet
8 min

 

Chef d’entreprise engagé, Sébastien Laye a cofondé en juin dernier le parti politique des 4 Piliers qui défend un retour à la souveraineté nationale, à la liberté d’entreprendre et à la reprise en main des territoires. Partisan de la déconcentration et de la démocratie citoyenne, il nous explique son projet.

                                                                 Entretien conduit par Peggy Porquet

 

GGN : Comment définissez-vous le parti des 4 piliers ? Quelles sont ses valeurs ? 

Sébastien Laye : Le sens des Quatre Piliers est multiple. Il tient en premier lieu à notre genèse, notre organisation. Progressivement, trois mouvements, tels trois piliers ont souhaité se rejoindre pour créer ce Parti en Juin 2020 après quelques mois de travail ensemble. A cet égard, un quatrième Pilier s’est imposé : celui des citoyens, du peuple français, sans qui rien n’est possible, notamment la masse des abstentionnistes, des désengagés, qu’il faut à nouveau intéresser au politique au sens noble du terme. Ensuite, nous reprenons les quatre piliers que l’on retrouve chez Victor Hugo comme quatre valeurs-étendards : la liberté, la volonté, l’humanité et l’audace. Les Quatre Piliers se déclinent en Quatre axes de programme qui, au-delà de nos différences et de notre diversité future, forment le cœur de notre mouvement et du projet que nous proposons aux Français. Le premier Pilier, sans lequel rien ne peut se faire, est celui de la Liberté ; la défense de nos libertés politiques et d’expression - en régression dans notre pays ces dernières années - et surtout la liberté d’entreprendre : nous voulons libérer les salariés, les créatifs, les indépendants, les entrepreneurs, des entraves qui pèsent sur eux en termes de charges, de fiscalité, de réglementation.  Sans cela, notre pays ne retrouvera jamais la prospérité car ce sont eux qui créent des emplois, et leur route est toujours semée d’embuches dans ce pays. Laissons-les créer des emplois, à l’abri de la mondialisation, dans le sens de nos intérêts.

Le second Pilier est celui de la Souveraineté et de la reprise du contrôle de notre destinée. En tant que Nation, en tant que citoyens. C’est-à-dire reprendre le contrôle de notre destinée politique sans attendre que nos politiques soient définies à Bruxelles ou sur la base de traités internationaux commerciaux. Reprendre le contrôle de notre territoire sur lequel plus aucune zone de non droit ne doit être tolérée et qui ne doit plus être submergé par une immigration massive illégale. Reprendre le contrôle de notre mode de vie, du manger sain, de notre harmonie avec nos paysages, notre faune et notre flore.

Le troisième Pilier est notre vision sociétale : celle d’une société apaisée et solidaire de classes moyennes ; il y a un rêve français. Ce n’est ni celui de l’assistanat et du misérabilisme entretenu par nos politiques, ni la formule vulgaire et crasse de Macron : « vous devez tous souhaiter devenir milliardaires ». Le vrai rêve français est celui d’une société dominée par les classes moyennes, où tout un chacun peut s’arracher à sa condition et offrir une meilleure situation à ses enfants. Alors que la guerre entre le bloc élitaire et le bloc populaire - pour reprendre la terminologie de Jérôme Sainte Marie - fait rage, nous cherchons à établir un nouveau consensus social apaisé.

Le quatrième Pilier découle naturellement des trois autres, pour donner chair à notre ambition de redonner du pouvoir aux français : c’est celui de la démocratie citoyenne, de l’évolution de nos institutions d’un système vertical et jacobin vers plus de participation, de déconcentration des pouvoirs. Au-delà des institutions, cela concerne aussi le personnel politique, qui doit être à la fois plus incisif et plus modeste dans son approche de la Res Publica.

GGN :  En tant que citoyen engagé, vous avez créé le collectif citoyen Cincinnatus et représenté la plateforme Réconciliations ! Avec la création du Parti des 4 Piliers, quelles sont vos objectifs pour les prochaines échéances électorales ? 

Sébastien Laye :  Je suis un entrepreneur engagé dans diverses causes depuis plusieurs années.  J’ai d’abord été consulté par des hommes politiques à partir de 2016 dans le domaine économique. Devant l’inanité de l’offre politique, je me suis tourné lors des dernières municipales vers d’autres mouvements citoyens ou partis politiques qui avaient lancé le label Réconciliations !  Pour défendre des candidats indépendants et citoyens, issus de la société civile, et ne provenant pas de la majorité actuelle. Je suis ainsi devenu le porte-parole de Réconciliations ! Une large bannière qui rassemble des gens de tous horizons partisans en vue de renouveler le personnel politique. Au cours de cette campagne, la volonté et apparue parmi certains membres de se constituer en formation politique sur la base des quatre Piliers que je vous ai cités. Pour redresser notre pays, il est évident que le monde des associations, des comités citoyens, voire des think tank est indispensable.  Mais sans appareil politique, il est vain d’espérer redonner le pouvoir aux Français. Les deux mondes doivent travailler ensemble : un parti doit nécessairement, par capillarité, s’appuyer sur des associations, des actions citoyennes, et des think tank. Mais rien n’a encore remplacé la forme Parti pour la sélection du personnel politique.

GGN : En quoi la France doit-elle renouer avec ses territoires ? 

Sébastien Laye : Depuis des décennies, ce pays se meurt de l’extrême verticalité du pouvoir (culminant en son ridicule acmé jupitérienne sous le mandat Macron), de sa centralisation et de sa tradition jacobine. L’emprise de l’Etat central est tel qu’il a asséché les corps intermédiaires, les territoires, les entreprises, et toute forme de contre-pouvoir, si ce n’est les grandes entreprises et les plus puissants intérêts financiers. Nous nous retrouvons ainsi paradoxalement avec une caste stato--financière à la tête du pays qui méprise toute forme d’opposition. Or une démocratie équilibrée doit conjuguer plusieurs pôles de puissance. Du fait de notre histoire, une grande partie de notre vie citoyenne et économique a lieu en dehors de Paris. Il ne s’agit pas uniquement de relancer le processus administratif de la décentralisation comme prétend le faire Macron. Il s’agit de moins écraser les autres pouvoirs en province, de faire confiance au génie des français dans nos territoires et de respecter le principe de subsidiarité, selon laquelle les décisions doivent être prises au plus proche de ceux qui sont directement impactés. Redonner le pouvoir aux français c’est aussi les respecter dans leurs bassins de vie : il est ubuesque de prétendre vouloir administrer le détail de la vie des Français depuis Paris, et ce gouvernement en fait l’amère expérience.  Je crois que dans ces territoires, notamment ceux dits de la « France périphérique », il n’y a même plus d’hostilité envers Macron mais du mépris. Les gens l’ont déjà mis de côté, il n’est plus un sujet de discussion et la vie citoyenne tourne autour d’autres problèmes : le développement économique, la qualité de l’environnement, la préservation de notre mode de vie français…. Si l’ État français était enfin capable de redéfinir ses vraies missions, il se rendrait compte de ce qu’il doit vraiment aux territoires. S’il a indéfiniment étendu le champs de ses missions au point d’écraser les acteurs de terrain, il a démissionné sur le plan régalien où l’on attend une main ferme sur la sécurité, la justice et les infrastructures.

GGN : Quelles alternatives proposez-vous au libre-échangisme mondialiste ?

Sébastien Laye : Notre vision de ces questions est inspirée par la pensée de Marc Rameaux, auteur du Tao de l’Economie*.  Les partisans du mondialisme prétendent qu'il n'y a que deux alternatives : eux-mêmes ou l'autarcie, la mondialisation dérégulée ou Maduro. C’est une vision manichéenne qui ne correspond pas à l’état de la science économique. L’association libre entre États souverains est la véritable norme historique sur la scène internationale, avant la création de l’UE maastrichtienne à la fin des années 90.
Les vainqueurs de la compétition économique ne sont pas des libre échangistes ou des protectionnistes de manière monolithique sur tous les biens ou services. Les économies performantes (USA, Chine, ...) sont libre-échangistes sur les biens de consommation mais protectionnistes sur leurs savoirs et savoir-faire stratégiques. La France de Macron, par naïveté et par idéologie, oblige à une concurrence sans protection de nos avantages concurrentiels.  L'affaire Alstom en est le cas emblématique, où nous avons cédé la meilleure technologie de turbines du monde dans une simple transaction commerciale.

L'économie de marché ne consiste pas en des échanges totalement fluides sur des biens commerciaux : c'est là une présentation simpliste, scolaire, et maintenant archaïque. Elle consiste en l'accumulation de savoirs et savoir-faire stratégiques que l'on prépare sans exposition à la concurrence dans un premier temps, avant d'arriver en position dominante sur le marché dans un second temps, en essayant de préserver le plus longtemps possible son avantage compétitif. En tant qu’entrepreneur, c’est le modèle de concurrence monopolistique que je constate dans la plupart des grands pays. On ne s'expose pas au marché libre sans avoir au préalable préservé son avantage concurrentiel, à moins d’être un idéologue stupide (ce que sont beaucoup de gens en France dans les rangs de l’Inspection des Finances ou de Bercy).. C'est un paradoxe de la concurrence que Joseph Schumpeter avait compris dès les années 1930, mais visiblement pas la Commission Européenne. Cette dernière fonctionne sur le dogme d'échanges fluides et pacifiés, une vision naïve qui oublie qu’un dirigeant politique a quand même en charge la prospérité de ses citoyens, ou du moins de faire en sorte que les entreprises créent cette prospérité sans les envoyer au « casse-pipe ».  Les souverainistes sont à ce titre bien mieux placés que les mondialistes dans la guerre économique. Ils ont ceci de commun avec l'entrepreneur d'être fiers de leur indépendance et de ce qui les différencie, clés d'un véritable avantage sur le marché. En pratiquant ce mode réel et non rêvé du capitalisme, nous pourrons à nouveau nous montrer économiquement compétitifs.   J’ai une connaissance réelle de ces sujets, puisque j’ai vécu dix ans aux Etats Unis et que je suis un entrepreneur œuvrant à la fois aux Etats Unis et en France, avec des échanges quasi quotidiens avec des asiatiques. Je suis un enfant de la mondialisation, j’espère donc amener une vision plus fine de ces questions en politique….

GGN : La crise du covid19 a mis en évidence l'absence de souveraineté sanitaire en France. Quelles sont vos propositions pour rétablir l'équilibre ?

Sébastien Laye : Dans le cadre de ma collaboration avec l’Institut Thomas More, j’ai écrit  à la mi-juin un rapport sur ce sujet et celui du médicament . Nous y proposions un cadre fiscal plus vertueux pour favoriser la production locale, avec un suramortissement pour l’achat de biens d’équipement nationaux, ou crédit d’impôt production. A terme, ce crédit devrait se solder par la fin des impôts de production qui pénalise toute activité manufacturière en France. Il faut aussi complètement revoir le cadre législatif sur les génériques pour permettre aux producteurs français de médicaments d’assumer cette production sur notre territoire au lieu de tout abandonner à l’expiration du brevet, ainsi que le circuit administratif du médicament qui sape l’innovation. Enfin, l’Etat pourrait mieux organiser la filière par un small business act à la française assurant des débouchés aux acteurs locaux et aussi en organisant des filières de bio production.

 

*Editions l’Harmattan

03/07/2020 - Toute reproduction interdite


Sébastien Laye
DR
De Peggy Porquet

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