Sébastien Laye diplômé de HEC, Sciences Po, MIT, Droit, est entrepreneur dans le secteur immobilier et dirige des sociétés en France et aux Etats Unis. Il est le porte-parole d’un collectif ayant lancé la plateforme citoyenne Réconciliations!  

                                                               Propos recueillis par Peggy Porquet

GGN : En tant qu’entrepreneur et à la tête du pôle économie du Think Thank Institut Thomas More, vous êtes paradoxalement critique quant à la politique du Président Macron sur la « start up nation ». Pourquoi ?

Sébastien Laye : Je me sens très différent de la plupart des technocrates autour d’Emmanuel Macron. Il y a en France une frontière très poreuse entre l’Inspection des Finances, Rothschild ou la BNP et, pour moi ce ne sont pas de vraies expériences d’entrepreneur. Depuis le début, le programme d’Emmanuel Macron est classique, c’est celui de la commission Attali, préconisé par beaucoup d’énarques depuis une quinzaine d’années. J’étais à Science po avec Emmanuel Macron et ce programme est un peu la vulgate que l’on nous vendait au début des années 2000. Ce programme économique n’a jamais fait preuve d’imagination et revient surtout aux sources de préconisations de grands organismes tels que le FMI ou Bruxelles. Il est très différent de celui que l’on connait avec Boris Johnson au Royaume Uni, ou Donald Trump. On pourrait rétorquer qu’à contrario, Emmanuel Macron n’est pas dans la veine populiste. Le concept de la start-up nation est très séduisant dans le pitch mais cela ne recouvre rien de précis. D’abord les starts up nations existent dans des pays beaucoup plus petits que le nôtre comme en Israël, ou ce concept a réussi. En France, le secteur immobilier au sens large représente 15% de l’économie. L’industrie tient une part prépondérante de la richesse française avec 20% il y a quelques années et maintenant 10%. Les starts – up de la technologie ont connu de grandes réussites et de grands entrepreneurs comme Xavier Niel, mais cela ne peut représenter qu’une partie limitée de notre économie. On ne peut pas prendre des mesures en imaginant notre économie comme uniquement dédiée aux services purs et aux codeurs informatiques. Sans l’industrie, sans les infrastructures, sans l’immobilier, l’économie française est incapable de créer des emplois et ne vaincra jamais un taux de chômage élevé, de l’ordre de 8-9% depuis des décennies. Dès le début j’étais assez critique du programme économique d’Emmanuel Macron. Pour moi, en termes de positionnement, en particulier lorsqu’il a décidé d’imiter le modèle scandinave, c’était plutôt une approche sociale-démocrate qui ne correspondait pas à un pays comme la France. La flexisécurité à la Scandinave, c’est plutôt pour le moment une déception. Ce l’on voit en France c’est un peu plus de flexibilité, et encore honnêtement, en tant qu’entrepreneur, il y a encore des choses à faire dans le droit du travail. En outre, la partie sécurité a beaucoup de mal a être mise en place dans un pays de 65 millions d’habitants. Donc ‘Start – up Nation’, oui, je suis d’accord sur le terme, c’est séduisant, mais il me semblait qu’il n’y avait pas grand-chose derrière à l’époque. Je suis très sceptique et n’en voit toujours pas la finalité.

GGN : Vous avez créé un collectif citoyen Les Citoyens Cincinnatus qui a rejoint la plateforme intitulée Réconciliations! . Quelles sont les raisons qui ont motivé ces deux initiatives ?

Sébastien Laye : Même si je suis entrepreneur, je suis assez présent dans le débat public au moins depuis 2015, date à laquelle je suis rentré en France. Les Citoyens Cincinnatus étaient au départ un groupe de citoyens éclairés qui avaient envie de s’exprimer dans le débat public, un peu comme les Gracques ou les Arvernes. Pour les Municipales, nous avons rejoint d’autres groupes ou élus locaux ayant décidé de lancer une plateforme citoyenne. Ce n’est pas un parti, mais un regroupement de mouvements citoyens, de personnalités, de chefs d’entreprises, d’anciens Gilets Jaunes (nous avons tenu à intégrer des gens des mouvements sociaux). Nous nous sommes dit qu’à l’approche des Municipales, nous devions lancer une plateforme citoyenne visant à rebâtir le pays via les territoires. Nous avons une opportunité phénoménale, car avec ces élections, nous avons vu qu’il y avait beaucoup de candidats indépendants citoyens et non-issus de partis. Nous sommes allés à leur rencontre, nous leur avons donné des outils et l’idée est de proposer une nouvelle alternative pour le pays en vue des prochains mois et des prochaines années. Outre la démarche d’indépendance des grands partis et de citoyenneté, nous sommes reliés par trois valeurs principales : d’abord la critique de la France centralisée jacobine, et donc le passage d’une démocratie très hiérarchisée, verticale et Jupitérienne à une démocratie participative, qui est une demande des Gilets Jaunes et des citoyens français. En partant de la commune, l’idée est de porter cela au niveau national. La deuxième idée, au niveau économique est que nous souhaitons que l’Etat cesse de mettre des entraves aux créateurs d’entreprises. Nous considérons qu’Emmanuel Macron n’a pas tenu sa promesse en termes de réglementations, de fiscalité et de dépenses publiques. En même temps, nous sommes plutôt opposés au libre-échangisme mondialiste. Nous avons donc un positionnement proche de certains nouveaux mouvements ou personnes au pouvoir que nous pouvons observer de par le monde. La troisième idée est la nécessité de contrôler notre destinée, bien évidemment politiquement, via le souverainisme et l’indépendance de la France, économiquement, mais aussi au niveau de l’écologie au sens large. C’est-à-dire notre capacité à contrôler notre façon de vivre, notre manière de manger, notre rapport à la faune et à la flore. C’est un petit peu une écologie de la conservation qui nous paraît importante car nous voyons que les citoyens sont attachés à ce mode de vie et ne souhaitent pas en avoir un imposé de l’étranger ou qui bascule dans un multi culturalisme à tout crin. Voilà pour ces trois piliers. Sur le court terme, nous ne sommes ‘Ni Macron, ni Marine’.

GGN : A terme, pensez-vous que Réconciliations! constituera une alternative à Emmanuel Macron et Marine Le Pen pour les élections de 2022 ?

Sébastien Laye : Rien n’a été décidé. L’idée est qu’au lieu de faire quelque chose par le haut avec des gens très médiatisés, nous avons commencé pas le bas, les territoires et la démocratie municipale. Il y a encore des échéances territoriales l’année prochaine. L’idée est de prendre seize mois pour voir s’il y a une majorité qui émerge en France autour de ce projet et autour d’une nouvelle alternative. J’ajouterai que ce n’est pas en opposition frontale avec le système politique classique, car nous avons des élus locaux qui travaillent avec nous, et nous ne sommes pas dans le dégagisme de 2017.

Vous organisez un rassemblement des candidatures citoyennes et indépendantes, avec comme dessein la réconciliation entre les masses populaires et les élites. Concrètement, quelles sont vos ambitions et votre stratégie durant cette campagne des municipales ?

Sébastien Laye : Pour les Municipales, nous soutenons à peu près 70 listes. Nous visons dans la France rurale et dans des petites villes à gagner des maires. On en a déjà dans quatre ou cinq endroits. Dans la France des grandes villes, nous souhaitons avoir des gens installés soit dans l’opposition, soit dans un travail constructif avec le maire qui pourront être nos relais. Il y a aussi les élections territoriales et régionales l’année prochaine et l’on va continuer à parler avec des maires sortants, des maires ruraux pour leur présenter notre projet et susciter un maximum d’adhésions possibles. La logique n’est pas celle du parti de masse à l’ancienne car nous pense que ce modèle-là est mort. Par contre, autour de la coalition de projets, les gens semblent demandeurs, et souhaitent une alternative au système Macron / Marine Le Pen. En mai, il y a une élection dont on parle peu en France, celle des conseillers consulaires qui représentent les français à l’étranger. C’est une autre bataille que je vais livrer car j’ai beaucoup d’amis aux Etats Unis et de par le monde que je souhaite aider à ces élections. Nous serions alliés avec les listes de l’Asfe Alliance Solidaire des Français de l’Etranger.


GGN : La Cité phocéenne semble vous tenir à cœur. Avez-vous des représentants dans cette ville ? Pourquoi avoir apporté officiellement votre soutien au candidat divers droite en rupture de ban avec le LR local, Bruno Gilles ?

Sébastien Laye : Notre représentant à Marseille est Roland Lombardi, lui-même candidat sur les listes de Bruno Gilles, et il est normal que je le soutienne. D’autres amis sont sur les listes de Bruno Gilles et mon réseau phocéen est massivement en soutien de sa candidature. J’ai grandi dans le 9eme et le 10eme arrondissement, ma mère était secrétaire de mairie de Guy Tessier (que je ne soutiens pas, car il est dans les équipes de Madame Vassal). Je connais très bien les équipes de Jean Claude Gaudin et je les respecte, mais je considère que la ville a besoin de changement. La démarche de Bruno, qui a pris du champ avec les LR a du sens. Elle aura d’autant plus de sens pour Marseille, mais aussi pour la région car Bruno Gilles ou Renaud Muselier peuvent construire une droite nouvelle hors les murs, beaucoup plus moderne, plus ouverte à la société civile. Beaucoup de têtes de listes de Bruno sont issues de la société civile, c’est un véritable mix entre des élus locaux et ces gens de la société civile qui ont une autre forme d’expertise qu’ils amènent. C’est exactement ce que nous faisons au niveau national. Ce soutien est donc bien évidement légitime et compréhensible.

04/03/2020 - Toute reproduction interdite


Sébastien Laye
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De Peggy Porquet