International | 26 novembre 2020

Sebastian Kurz, l’anti-Macron ?

De Roland Lombardi
5 min

 

En réponse à l’attentat islamiste qui a frappé la capitale autrichienne le 2 novembre, faisant quatre morts, le jeune chancelier Sebastian Kurz a annoncé le 11 novembre dernier, soit à peine plus d’une semaine après l’attaque meurtrière de Vienne, une série de mesures fortes et précises pour combattre le terrorisme et endiguer la diffusion de l’islamisme. Comment expliquer cette rapidité d’action alors qu’en France, Macron et son gouvernement semblent hésiter quant à la stratégie à adopter face à ce fléau ?                                                               

                                                                                            Par Roland Lombardi

Le 2 novembre dernier, Kujtim Fejzulai, un Autrichien d’origine macédonienne âgé de vingt ans se revendiquant de l’État islamique, a assassiné quatre personnes à Vienne.

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’en quelques jours, le chef d’État autrichien a eu le courage de prendre des mesures que les progressistes et les technocrates de Paris n’ont toujours pas osé adopter. Et ce, même après cinq années d’attentats, près de 270 victimes et dernièrement, la décapitation à Conflans de Samuel Paty et l’attaque de la basilique Notre Dame de l'Assomption à Nice qui fit 3 morts.

Malgré les carnages et la colère des Français, il n’y a toujours pas eu d’électrochoc dans la classe dirigeante du pays. Certes, depuis Conflans et Nice, nous avons encore eu droit aux sempiternelles déclarations martiales. Mais en dépit des promesses, depuis un mois, les expulsions d’islamistes étrangers, les fermetures de mosquées radicales et les dissolutions d’associations plus que douteuses se comptent malheureusement sur les doigts des deux mains. Belles paroles, timides mesurettes et conseils de défense extraordinaires semblent toujours être les seules réponses de notre exécutif.

En revanche, il n’aura fallu pas plus de 9 jours après l’attaque meurtrière de Vienne, pour que le chancelier autrichien, Sebastian Kurz, dévoile son plan en matière de lutte contre le terrorisme islamiste.

Clair, concis et courageux, celui-ci dénote fortement des tergiversations et hésitations françaises.

Détention préventive, surveillance électronique des jihadistes présents sur le territoire autrichien, déchéance de la nationalité et retrait des aides sociales pour les individus condamnés pour terrorisme s’ils disposent du passeport d’un pays tiers, possible maintien en détention des jihadistes une fois la peine purgée, fermeture séance tenante des dernières mosquées radicales et expulsions effectives d’imams suspects (une quarantaine d’imams turcs avaient déjà été expulsés en juin 2018)...

« Dans la lutte contre l’islam politique, nous créerons une infraction pénale appelée " islam politique " afin de pouvoir agir contre ceux qui ne sont pas eux-mêmes des terroristes, mais qui en créent le terreau », a également annoncé le jeune chancelier.

Certes, l’Autriche n’est pas la France et comparaison n’est jamais raison. Or, on le voit, c’est quand même autre chose que la charte de la laïcité française ou la future loi sur le « séparatisme » maintes fois édulcorée pour ne pas froisser la bien-pensance pourtant minoritaire.

Comment expliquer la rapidité et la détermination des décisions prises par le jeune chancelier autrichien ? La réponse est peut-être simplement à trouver dans la personnalité de Sebastian Kurz...

Qui est Sebastian Kurz ?

Surnommé « l’enfant prodige », Sebastian Kurz, 34 ans, c’est d’abord une carrière fulgurante. Engagé en politique à 14 ans, il devient le dirigeant des jeunes du parti conservateur (ÖVP), la droite autrichienne, à 22 ans. Il est élu à Vienne à 24 ans et abandonne ses études de droit pour se consacrer pleinement à la politique. Il entre au gouvernement l'année suivante et poursuit son ascension. Il est dès lors nommé secrétaire d'État à l'Intégration. À ce poste, il fait alors voter une loi interdisant la burqa et une autre qui coupe largement les subventions sociales aux candidats à l'intégration, afin de les inciter à trouver un emploi.

A 27 ans, il est le plus jeune ministre des Affaires étrangères au monde et se fait déjà remarquer lors de la crise migratoire de 2015. En effet, il appelle alors à la fermeture des frontières autrichiennes et prône la fin des négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, étant alors le seul ministre des Affaires étrangères de l'Union européenne à réclamer la fin de ces négociations. C’est d’ailleurs en obtenant la fermeture de la route des Balkans, que sa popularité grandit.

Quatre ans plus tard, il devient le chef du parti conservateur et surtout chancelier fédéral d’Autriche. Homme de droite décomplexé, il n’hésite pas, malgré les pressions, à s’allier avec l’extrême droite autrichienne du FPÖ afin de diriger la coalition gouvernementale. Par un subtil exercice de style, il demeure un pro européen convaincu mais défend toujours une politique migratoire très stricte. En mai 2019, sa coalition avec son vice-chancelier d'extrême droite explose suite à une affaire de corruption touchant ce dernier.

Des élections anticipées sont alors organisées et seront de nouveau remportées par Kurz, qui creuse encore son avance vis-à-vis de l'opposition. Privé de son allié politique devenu infréquentable, le jeune homme d’État va alors faire preuve de son animalité politique en faisant le choix risqué, mais éminemment stratégique, de former une coalition avec les Verts autrichiens, pourtant très ancrés à gauche.

Une gestion sans faute de la Covid-19

Encore aujourd’hui, les autorités françaises sont toujours totalement dépassées par la crise de la Covid, faisant preuve chaque jour d’une gestion calamiteuse, émaillée de mensonges, de scandales et d’incohérences atterrantes. Or, dès le 10 mars, quelques jours seulement après les deux premiers cas autrichiens, et en une semaine, le jeune chancelier a pris, lui, des mesures rapides et strictes pour endiguer la pandémie (élections locales reportées, interdiction des événements de plus de 500 personnes en extérieur et ceux de plus de 100 personnes en intérieur, contrôles sanitaires dans les aéroports et à la frontière italienne puis fermeture des frontières, fermeture des crèches, des écoles et des universités, mise en quarantaine des zones les plus touchés, port du masque obligatoire, généralisation des tests...). Lors de la première vague, s’appuyant sur des conseillers et des collaborateurs extrêmement compétents, il a ainsi réussi à limiter fortement le nombre de décès et à préserver tant bien que mal l’économie de son pays. Avec la seconde vague, qui touche l’Autriche depuis septembre, il a fait preuve une nouvelle fois d’une énergie exceptionnelle et d’un sang-froid exemplaire. Cette gestion remarquable lui vaut toujours un soutien indéfectible de ses concitoyens et est surtout saluée par tous les observateurs et les instances sanitaires internationales (dans le classement des pays efficaces contre la Covid, l’Autriche arrive 8e quand la France, elle, est 54e !).

Bref, derrière son physique de jeune premier, l’élégant Sebastien Kurz s’est révélé être un fin politique, doté d’une colonne vertébrale solide. Perfectionniste, calme et prudent, il ne commet jamais d’impair. Souvent accusé d’être un opportuniste, par exemple pour se faire élire en capitalisant sur les peurs de son électorat lors de la crise migratoire, il n’en reste pas moins qu’il demeure un conservateur patriote et un homme de valeurs. Profondément européen mais habile négociateur, il ne s’en laisse jamais compter par Angela Merkel, les commissaires européens, les conventions de salons ou les Intelligentsias progressistes. Preuve en est, avec ses dernières mesures d’exception contre l’islamisme et pour lesquelles, même ses alliés écologistes ne trouvent pour l’instant rien à redire.

Comme avec la crise des migrants en 2015, la pandémie du coronavirus ou dernièrement avec l’attentat de Vienne, Kurz, connecté en permanence au réel, met toujours courageusement l’intérêt de son pays et la sécurité de son peuple, avant toute autre considération. Hormis ses qualités de leader incontestables, ce sont sûrement ses convictions, son indépendance d'action et le bon sens qui font toute la différence entre un véritable homme d’État et un technocrate hors sol, un simple communicant ou un petit télégraphiste de Bruxelles ou de la haute finance !  

 

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour GlobalGeoNews. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

https://www.facebook.com/Roland-Lombardi-148723348523778


Une fleur est placée près de l'impact d'une balle sur le site d'une attaque à l'arme à feu à Vienne, en Autriche, le 5 novembre 2020.
De Roland Lombardi

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