Pour le Général Bertrand Soubelet (2S), vice-président du parti Objectif France , les politiques publiques mises en œuvre depuis trente ans n’incitent pas au travail, et contribuent à détériorer sa perception. L’un des chantiers du prochain quinquennat sera donc la refonte complète du Code du travail, au cœur de l’opposition entre entrepreneurs et salariés

Tribune

De manière lente et insidieuse, la société française s'est organisée autour des droits et de leur revendication perpétuelle. Cette exigence repose sur le comportement exagérément individualiste qui prévaut dans la société du XXIème siècle. Parallèlement, et de manière quasi antinomique, jamais l'ouverture sur le monde n'aura été si facile et les bons sentiments aussi présents dans la vie quotidienne. La revendication des droits est devenue un réflexe dans un environnement social marqué par un État Providence poussé à l'extrême; elle a remplacé la gratitude, quelles que soient les circonstances. Là où certains devraient dire merci, ils exigent davantage.

À vrai dire, cette référence permanente aux droits souffre une exception notable : le droit au travail.

Ce droit essentiel est assez peu revendiqué, car il est au cœur du malaise de la société française.

En France, le rapport au travail souffre d'un malentendu permanent. La conception du travail, son utilité, son but ont été totalement dénaturés par les dogmes politiques dont notre pays a particulièrement souffert dans la deuxième moitié du XXème siècle. Pas forcément à travers la politique mise en œuvre, mais plutôt en raison de la doctrine véhiculée pendant toutes ces années autour de la lutte des classes, de l'exploitation des salariés par un patronat sans scrupules, et surtout par l'obsession de la diminution du temps de travail. Naturellement, chacun doit pouvoir trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Mais cet équilibre est durablement rompu, à tel point que le travail n'est plus désormais, pour beaucoup, une priorité.

Certes, le travail ne peut pas être le seul but dans une vie. Mais c'est avant tout un moyen de subsister, de se réaliser ou de mener à bien ses projets, et de s'épanouir. Bien sûr, certains métiers sont plus difficiles que d'autres, moins passionnants, mais ils ne sont qu'un moyen de subvenir à ses propres besoins et à ceux de sa famille. Or, aujourd'hui, pour une bonne partie de la population, le travail n'est envisagé que sous le prisme de la contrainte, ce qui est parfois une réalité, mais probablement pas de manière généralisée.

Réapprendre le goût de l'effort

Se pose alors la question de la juste reconnaissance et de la rétribution pour certaines professions. En effet, nous avons en France un sérieux problème qu'il va falloir résoudre à la fois pour le secteur public et le secteur privé. Il n'est pas certain que ceux qui annonceront des solutions miracles à l'occasion des prochaines élections tiennent parole. Je suis même convaincu du contraire.

Mais pour autant, le travail, y compris lorsqu'il est bénévole et pleinement consenti dans le cadre associatif par exemple, est un élément majeur de l'accomplissement personnel. Il est constitutif de l'estime de soi. Il est une contribution tangible et concrète à un projet commun, et un facteur primordial d'intégration à une collectivité qui réunit les citoyens d'un même pays. Il représente aussi la capacité individuelle à se projeter dans l'avenir. Il n'y a pas d'avenir sans travail. Il n'y a pas de réussite durable sans travail.

Travailler n'est pas toujours facile et demande des efforts. Beaucoup moins pour ceux qui ont réussi à conjuguer passion et travail. Mais pour la majorité, cela demande souvent de la pugnacité et de la résilience. Or, le goût de l'effort et une certaine résistance à la pénibilité ne font plus partie de l'éducation et du savoir-être. Au goût de l'effort s'est substituée la facilité et à la patience, l'immédiateté. Soyons lucides, les politiques publiques mises en œuvre depuis plus de trente ans n'incitent pas au travail et contribuent à détériorer sa perception, notamment chez les plus jeunes. L'initiative récente du Président Macron pour le "revenu d'engagement" à destination des jeunes de 16 à 25 ans sans emploi et sans formation, qui sera présentée au Parlement quelques semaines avant l’élection présidentielle, aboutira au résultat inverse de l'effet recherché : distribuer de l'argent pour inciter à travailler est une chimère. Surtout lorsque cette mesure doit être mise en œuvre par des missions locales sous-dimensionnées et Pôle emploi, dont ni les entreprises ni les bénéficiaires - et encore moins la Cour des Comptes - ne saluent la performance.

Une des clefs du succès de notre pays passe par le travail

La conception même du travail dans notre pays s'inscrit dans un antagonisme permanent entretenu par la classe politique. Le dogmatisme de la gauche sur la réduction du temps de travail, présentée comme un progrès, est l’une des illustrations de cet antagonisme. Opposer le temps de travail au temps de loisirs, en sous-entendant que le premier est aliénant et le deuxième libérateur, est une simplification coupable. Oui, certaines professions sont difficiles et il est essentiel d'aménager les postes et d'améliorer les conditions de travail, mais en prenant soin de ne pas complexifier en permanence la réglementation qui finit par étouffer le système. La taille et le poids du Code du travail en sont une triste illustration.

L’un des premiers chantiers du prochain quinquennat sera la refonte complète du Code du travail, car il est au cœur, par sa conception même, de l'opposition entre entrepreneurs et salariés.

Un autre sera de transformer l'inspection du travail en un organisme plus bienveillant et dont les méthodes s'éloigneront de celles de l'Inquisition. Il est essentiel de redonner au travail sa place et sa valeur dans un monde où le temps libre et l'hédonisme ont pris le pas sur tout le reste.

L'équilibre entre les activités professionnelles parfois exigeantes et la vie personnelle est l’une des clefs de la qualité de vie. Mais il ne peut être obtenu que dans un contexte où le goût de l'effort et une certaine résilience individuelle face à l'adversité seront remis à l'honneur. C'est à cette seule condition et en abandonnant toutes les postures dogmatiques que nous retrouverons l'ambition de la réussite individuelle et collective, gage d'un avenir meilleur. Réhabilitons d'urgence le travail, dans le respect de chacun.

13/01/2021


Bertrand Soubelet
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