International | 25 juin 2018

Sanctions américaines : Après l’Iran, la Russie ?

De Meriadec Raffray
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Très engagées en Russie, les entreprises françaises redoutent d’être prises au piège par la politique américaine des sanctions unilatérales, à l’instar de ce qui arrive en Iran. Par Meriadec Raffray

« Nos amis américains perturbent pas mal les affaires en ce moment », concède Pierre Gattaz quelques heures avant d’assister à la 22e édition du Davos russe, auquel participent 170 entreprises tricolores. Cette année, le Forum économique international de Saint-Pétersbourg (24-26 mai) a mis à l’honneur le Japon et la France. Leur nombre témoigne, selon le patron du Medef, de l’importance des liens économiques franco-russes comme des choix stratégiques de la politique française. En déclin depuis les sanctions américaines et européennes de 2014 suite à l’affaire ukrainienne, les échanges bilatéraux redémarrent. Ils sont en hausse de 26% en 2017 pour un total de 13 milliards d’euros. La remontée des cours du brut a certes renchéri nos importations (+37%) mais on observe aussi un regain de nos exportations (+14%). Sixième fournisseur de la Russie, la France est parmi les premiers investisseurs : au second rang en stock (20 milliards d’euros) derrière l’Allemagne, parmi les premiers en flux (2 milliards d’euros). 500 sociétés françaises, dont 35 du CAC 40, y sont implantées. Avec 170 000 salariés, elles sont les principaux employeurs étrangers en Russie. Conséquence des sanctions, les Français produisent davantage sur place. Si les autorités russes applaudissent, elles deviennent beaucoup plus vulnérables à l’arme américaine de l’extraterritorialité.

Ce que ne peut pas dire Pierre Gattaz, c’est que la communauté française des affaires en Russie est sur le qui-vive depuis le revirement américain sur l’accord nucléaire iranien de 2015. Washington a assorti sa volte-face d’un régime durci - et cette fois unilatéral - de sanctions. « C’est le maximum de ce qu’ils pouvaient faire », résume un expert. A partir du 4 novembre, toutes les entreprises ayant des intérêts aux Etats-Unis ou utilisant le dollar et qui s’obstineraient à travailler avec l’Iran relèveront de la Justice américaine, au nom du principe d’extraterritorialité de ses lois. Malgré la promesse de l’Union européenne d’actualiser ses mécanismes de défense (le dispositif de 1996 édicté contre l’embargo américain sur Cuba), la plupart des fleurons français vont plier bagage. Ce marché ne vaut pas son risque, ont-ils calculé. Or, le prochain pays dans le collimateur de l’OFAC, l’organisme américain de contrôle des sanctions, est la Russie, analysent les experts. En mars et avril, sa liste des personnes et sociétés blacklistées dans ce pays s’est singulièrement allongée - là encore par décision unilatérale. Dans quelques temps, glisse un connaisseur, « On peut imaginer qu’apparaisse par exemple le nom de la filiale bancaire de Rosbank – détenue par la Société Générale – qui possède les comptes de l’usine AvtoVAZ à Togliatti, vaisseau amiral du constructeur russe, propriété de Renault… » Un second élément renforce leur inquiétude : la perspective du vote par la Douma d’un arsenal durci de contre-sanctions. En l’état, les projets prévoient que les entreprises étrangères qui appliqueraient les sanctions occidentales sur le territoire russe seraient automatiquement poursuivies. A Saint-Pétersbourg, Emmanuel Macron a évoqué l’affaire avec Vladimir Poutine. Sans sa signature sur les futures lois, la menace concoctée par la fange dure de la Douma restera lettre morte.

Les Français présents à Saint-Pétersbourg auront noté que la délégation étrangère la plus nombreuse était… américaine. Il est plus aisé pour ces entreprises de négocier auprès « leur » OFAC des dérogations aux sanctions. Entre 2013 et 2017, elles ont d’ailleurs sauvé leurs parts de marchés en Russie, dont elles demeurent le troisième fournisseur. De même, observe-t-on que l’activité des sociétés d’import-export à capitaux américains basées à Dubaï a explosé :  le grand port émirati est connu pour être le centre offshore du commerce avec l’Iran.

 

26/06/2018 - Toute reproduction interdite. 


Une vue montre un panneau publicitaire de Rosbank sur le toit d'un immeuble à Moscou, Russie, 4 juillet 2016
De Meriadec Raffray

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