Le Saint Graal - la coupe dans laquelle a bu Jésus Christ lors de la Cène existerait bel et bien, et serait à la Cathédrale de Valence (Espagne). Ana Mafé García, docteure en Histoire de l’Art à l’Université de Valencia et experte du Graal, a accepté de témoigner. Entretien.

Comment le Graal est-il arrivé en Espagne ?

La tradition orale qui sous-tend l’histoire du Saint Calice de Valence (en Espagne) fut le point de départ de ma thèse et de mes recherches. Cette tradition conte que Saint Laurent, sur le point d’être martyrisé par Valérien (en 258 environ), suivit les instructions du Pape Sixte II, répartissant et mettant à l’abri les trésors de l’Eglise. C’est ainsi qu’une délégation partit de Rome jusqu’à Osca, sa ville natale, pour sauvegarder le trésor le plus précieux. A savoir la coupe qu’utilisa Jésus lors de sa dernière Pésaj (Pâques en hebreu). Avec l’invasion sarrasine de la Péninsule en 711, les habitants d’Osca ainsi que l’évêque se réfugièrent dans les Pyrénées avec toutes les reliques. Finalement, la base supérieure du Saint Calice fut gardée secrètement dans un centre monastique dédié à Saint Jean qui deviendra le Royal Panthéon Monastère de San Juan de la Peña, lieu où sont enterrés les premiers rois de la Couronne d’Aragon. C’est ici qu’un reliquaire (la partie dorée en forme de poignées et le pied) lui fut ajouté.

Existe-t-il des preuves de l’authenticité du Graal ?

Il existe un acte notarié datant de 1399 qui relate la provenance de ce Saint Calice dans les archives de la Couronne d’Aragon. Depuis lors - le monastère de San Juan de la Peña a connu trois incendies dévastateurs -, une documentation l’inclut dans les différents inventaires du reliquaire du roi de la Couronne d’Aragon et explique comment il est arrivé jusqu’à la cathédrale de Valence. La Docteur(e) Catalina Martin Lloris a réalisé un excellent travail de recherche documentaire sur le sujet en 2010.

Qu’ont révélé vos recherches ?

Elles ont permis de définir qu’il s’agit d’une coupe totalement hébraïque, qui répond à la mesure de 4 doigts pour la hauteur, et d’une capacité de 2 reviít et demi (1 revít=86 cm3). Selon les études que j’ai pu effectuer, elle remonte à l’époque du Second Temple - et au pectoral du Grand Prêtre, vêtement sacerdotal contenant des pierres -. Elle représente la tribu de Juda (la même que celle de Jesús) et symbolise la règle de l’amour.

En tant qu’historienne de l’art, vous vous êtes basée sur plusieurs éléments pour affirmer que le Calice de Valence, serait à 99,9%, le Saint Graal. Quels sont-ils ?

Il est clair que, lorsqu’on étudie l’objet sacré du calice à partir de l’iconologie, (méthode de recherche de la discipline de l’histoire de l’art), la principale source d’information est le vase supérieur qui constitue la relique. Les documents deviennent une source secondaire. Ce qui nous "parle" c’est l'objet lui-même. Par conséquent, si nous avons un « vase » hébraïque du Second Temple, qui représente la tribu de Juda, reflétant à son tour la vision juive du monde de la règle de l'amour et que nous prenons comme scénario ce qui est raconté dans le Nouveau Testament, nous constatons que dans les canons des évangiles (Saint Matthieu, Saint Marc et Saint Luc), figure "une coupe" dans le récit de la célébration du Pésaj de Jésus. Plus précisément, dans l'évangile de Saint Jean, on explique comment Jésus parla du nouveau commandement cette nuit-là : l'amour en tant que monnaie d'échange entre les relations humaines. Si les probabilités de marier un objet avec la vision juive du monde conduisent à proposer neuf scénarios différents, un récipient réalisé en matériau purifiable, comportant des mesures ad-hoc en hébreu, proche de la figure de Jésus, lié à son message, etc, Le Saint Calice les remplit tous, contrairement aux autres vases depuis toujours utilisés pour la célébration des messes, comme c’est le cas du calice de Doña Urraca.

Pourrait-on étudier la possibilité d’une datation au carbone 14 ?

Non. Parce qu’il s’agit d’une matière inorganique et le carbone 14 ne date que la matière organique. La manière de dater en Archéologie se fait par comparaison, et par la “technique constructive”. La coupe supérieure du Saint Calice est réalisée en marteau et ciseaux. Technique remplacée par le “tour” romain à la fin du Ier siècle. Avec cette technique, très postérieure à l’époque du Second Temple hébreu, sont fabriqués tous les vases que nous connaissons. Et par conséquent, ils sont romains et non hébreux.

Comment décrire cette pièce sacrée pour ceux qui n'ont pas la possibilité de venir la voir ?

Le calice sacré est composé de trois pièces : une partie supérieure en pierre de 4 doigts de haut. Une pièce intermédiaire réalisée en or grâce à la technique du niellage vers le onzième siècle et qui sert à montrer et à maintenir la relique. Une base à la décoration de style carolingien qui permet d'équilibrer visuellement l'ensemble avec des pierres précieuses : 28 perles, 2 rubis et 2 émeraudes datant Probablement de la période fatimide (VIIIe-IXe siècles)

Quelle est la symbolique du Calice ?

Le Saint Calice nous enseigne de traiter les autres avec Amour. “Je suis la Lumière” disait Jésus selon les Ecritures. La lumière répond à la présence de la pierre agate et l’Amour à celle de la pierre Sardius.

Votre enquête vous a conduite jusqu’ à Jérusalem, lieu de la dernière Cène. En quoi ce voyage a-t-il été une étape importante dans l’élaboration de votre thèse ?

Parce que cela m'a permis de corroborer les techniques de fabrication des coupes de l'époque du Second Temple à Jérusalem, ainsi que d'en savoir plus sur l'histoire hébraïque. Là-bas, j'ai rencontré d’autres experts, comme la docteure Aldina, Fray José, le père Dr. Puech et le docteur Adler qui m’ont fait part de leur savoir et de leur générosité en partageant leurs connaissances.

30/04/2019 - Toute reproduction interdite


Ana Mafé García, docteure en Histoire de l’Art à l’Université de Valencia
DR
De Nathalie Kohl