Santé | 28 septembre 2019

Sage-Femme : Une profession en pleine mutation

De Peggy Porquet
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Amina Desvignes est sage femme libérale à Bouc Bel Air, dans le sud de la France. Consultations gynécologiques, dépistage du cancer de l’utérus, prévention sexuelle et IVG, elle nous parle des évolutions de sa profession, qui a connu de nombreuses mutations ces dernières années. Propos recueillis par Peggy Porquet 

Pourquoi avez-vous choisi de passer au statut de sage-femme libérale ?

Après plusieurs années passées à travailler à l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille, en tant que sage-femme hospitalière dans une maternité de niveau 3, puis quelques autres en Protection Maternelle et Infantile dans le milieu sanitaire et social, j’ai souhaité exercer en libérale afin de prendre mon temps pour m’occuper des patientes et de faire réellement ce que j’aime. Ayant un Diplôme Inter Universitaire d’acupuncture obstétricale, j’ai souhaité aussi développer cette activité. J’ai aussi beaucoup travaillé dans la prévention santé avec les jeunes et j’ai voulu privilégier leur accueil pour développer mon écoute face à leurs questionnements et leurs inquiétudes. Actuellement, je suis en attente de convention avec l’AP-HM et le CH d’Aix pour faire des IVG médicamenteuses à mon cabinet. Je suis aussi inscrite sur la liste des professionnels de santé acceptant les chéquiers PASS SANTE. Cela évite l’avance des soins pour les lycéens, étudiants ou jeunes travailleurs qui n’ont pas tous le temps ni les moyens de se soigner correctement.

Le suivi de grossesse d’une sage-femme en libéral est-il plus sécurisant pour une future maman ?

Les futures mamans ont besoin d’être entourées et rassurées quant à leurs inquiétudes ou leurs peurs. Elles ont également besoin que l’on reconnaisse et que l’on valide leurs compétences naturelles. Que ce soit pour un suivi de grossesse, pour une consultation en prévention gynécologique ou pour un choix de contraception, la sage-femme, lors de la consultation, prend le temps d’écouter tout ce que la patiente souhaite dire. La consultation n’est pas seulement un temps d’examen clinique des fonctions corporelles, c’est un réel échange entre deux personnes (…). La sage–femme est souvent perçue comme un soutien psychique bienveillant lors de la grossesse. Le temps d’une grossesse ou plus, elle fait partie de la famille. Elle rassure et oriente si nécessaire.

Les Sages-Femmes sont considérées comme des spécialistes de la grossesse. Or, elles possèdent d’autres compétences comme le suivi gynécologique. Comment expliquer que l’on en sache si peu sur vous ?

La sage-femme est une spécialiste de la grossesse, de l’accouchement et de l’allaitement. Or, depuis la loi HPST du 21/07/09, elle peut assurer le suivi gynécologique de toute femme en bonne santé. Ainsi l’article L.4151-1 du code de la santé publique précise que : « l’exercice de la profession de sage-femme peut comporter également la réalisation de consultation de contraception et de suivi gynécologique de prévention, ainsi que d’interruption volontaire de grossesse par voie médicamenteuse, sous réserve que la sage-femme adresse à un médecin en cas de situation pathologique ». Cette information est peu relayée et les habitudes perdurent, le suivi gynécologique se fait par un gynécologue, la sage-femme suit la grossesse ...

Les compétences de la sage-femme sont insuffisamment mises en valeur par les pouvoirs publics de santé. Ce n’est que récemment que j’ai pu entendre une publicité pour la prévention du cancer du col, où il est mentionné que la sage-femme effectue ce type d’examen. La sage-femme a un rôle actif dans la prévention, du cancer du sein (elle pratique la palpation des seins) des IST et des addictions. Elle est habilitée à prescrire les substituts nicotiniques. En complément de son examen clinique, elle prescrira tous les examens complémentaires nécessaires aux diagnostics et elle orientera vers le spécialiste ou le service hospitaliers concerné. Chaque sage-femme peut se spécialiser selon ses préférences pour accompagner aux mieux leurs patientes (tabacologie, acupuncture, échographie, rééducation périnéale, hypnose, sophrologie, allaitement...). C’est un plus pour la profession, grâce aux formations complémentaires, la sage-femme ayant une obligation de formation continue pour actualiser ses connaissances médicales.

Pourquoi l’accès à l’IVG est-il encore complexe dans certaines régions ?

J’ai effectué en 2016 une enquête qualitative ayant pour thème les IVG à répétition. Pour moi il est primordial de maintenir un accès à l’IVG convenable pour toutes. Or c’est plus compliqué dans certaines régions de France. Selon l’INSEE, 216 700 interruptions volontaires de grossesse ont été effectuées en 2017. Les écarts régionaux semblent perdurer, car le taux de recours varie du simple au double selon les régions. Par exemple, en métropole, ils varient de 10,2 IVG pour 1 000 femmes en Pays de la Loire à 21,4 IVG en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Ils sont souvent plus élevés dans les DROM : ils atteignent 33,6 IVG/1000 femmes en Guadeloupe. 48 100 IVG ont été réalisées hors d’une structure hospitalière, soit 22 % du total des IVG. À l’hôpital, la part des IVG instrumentales continue de décroître, et représente 32 % du total des IVG .Dans les régions où l’accès à un hôpital de proximité est plus complexe géographiquement, il est important développer les IVG pratiquées en ville par des professionnels de santé compétents (gynécologues, médecins généralistes, sages-femmes). Il est nécessaire d’améliorer le travail en réseau entre les hôpitaux, le planning familial, les centres de santé et les libéraux qui pratiquent cet acte pour réorienter les patientes vers le lieu le plus proche et plus rapidement. Point positif, nous remarquons une prise en charge plus précoce dans les demandes d’IVG avec un recul des IVG instrumentales.

En 2017, l’ordre des Médecins comptait 1136 gynécologues médicaux pour 28 millions de femmes en âge de consulter. La généralisation des consultations auprès des sages-femmes est-elle la solution face à cette pénurie ?

Effectivement, cela peut être une partie de la solution, cependant le travail en collaboration et en réseaux devient primordial pour que les sages-femmes puissent orienter les patientes en cas de pathologie. 21% des 22700 sages-femmes exercent actuellement en libéral. Une sage-femme n’est pas non plus un gynécologue au rabais, c’est une profession qui mérite une reconnaissance de ses compétences bien définies. Et la reconnaissance passe aussi par une revalorisation financière de ses actes.

Vous proposez des consultations en prévention sexuelle et affective dès l’âge de 15 ans. Il est plus facile pour une jeune fille de se confier à vous plutôt qu’à ses proches ?

J’ai pratiqué durant quatre ans des points d’écoute dans les lycées. J’ai également une expérience de l’écoute active auprès des jeunes filles. Il est important pour elles de se sentir écoutées sans jugement et de partir avec des conseils adaptés à elles-seules. Il faut d’abord les sécuriser en mettant le point sur le caractère privé de cet entretien. Ce qu’elles peuvent me confier reste confidentiel et secret. Il est important de leur redéfinir ce qu’est le secret professionnel, même si parfois, elles ont besoin d’être accompagnées par une amie ou par leur petit ami. Avec le secret professionnel, elles se sentent en sécurité et peuvent confier leurs peurs, inquiétudes et leurs problèmes. Toutes sortes de confidences peuvent émaner de ces entretiens. Je reprends souvent avec elles, les valeurs fondamentales du respect de soi et de l’autre, et de la bienveillance. Je remarque aussi que malgré l’accès à l’internet, la principale quête de ces jeunes, c’est l’amour...

Etes-vous favorable au système d’auto prélèvement vaginal actuellement à l’étude pour la prévention du cancer du col de l’utérus ?

L’APV, l’auto-prélèvement vaginal est un test qui dépiste le HPV (Papilloma virus) qui peut être responsable de lésions cancéreuses sur le col, s’il n’est pas traité. Ce test est en cours de validation, donc pas encore disponible. Cependant il ne remplace pas le frottis dépistage du cancer du col, qui est le test de référence. Ce test qui est important à pratiquer entre 25 ans et 65 ans, tous les 3 ans. (…) Un auto prélèvement ne pourra jamais remplacer un examen par un professionnel de santé, car il faut aussi savoir interpréter les résultats. Cela peut aussi induire un stress inutile chez certaines femmes.

29/09/2019 - Toute reproduction interdite


Une femme enceinte, au dernier trimestre de sa grossesse, pose à Sète, 26 mars 2016
Régis Duvignau / Reuters
De Peggy Porquet

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