International | 2 juillet 2018

Russie: La Méditerranée, creuset des puissances

De Meriadec Raffray
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Le grand retour de la marine russe en Méditerranée : cette évolution intervenue en moins de dix ans marque un bouleversement stratégique majeur pour les Occidentaux, qui doivent réapprendre à compter avec un « non aligné ».

En décembre 2015, suite à l’attaque terroriste qui a ensanglanté Paris un mois plus tôt, le ministre de la Défense et le chef d’état-major des armées se rendent à Moscou pour présenter à leurs homologues la riposte militaire française au Levant. La Russie y joue un rôle militaire clé. Il faut organiser la « déconfliction », dans les airs et sur mer. Le retour en Méditerranée Orientale du Charles-de-Gaulle, qui est en mission dans le Golfe Persique, est programmé pour la mi-janvier : c’est une « mer russe », confient les marins français. Après un long temps d’absence, la marine de Poutine y a repris ses droits. Elle sillonne désormais en permanence la Grande Bleue. Intervenue en moins de dix ans, cette évolution marque un bouleversement stratégique majeur pour les Occidentaux. Ils y étaient en situation hégémonique depuis la chute de l’Urss en 1992. Ils doivent réapprendre à compter avec ce « non aligné ».

La Russie maintient aujourd’hui une vingtaine de bâtiments de guerre en Méditerranée. C’est moins qu’au plus fort de la Guerre froide (près de 70 unités dans les années 70), mais significatif à l’échelle des puissances navales actuelles. S’ajoute son groupe aéronaval, présent a minima chaque hiver. Lors de sa dernière incursion, son porte-avions, l’Amiral Kouznetsov, a déployé sa quinzaine de chasseurs sur le sol syrien. Enfin, depuis le début de la guerre, ses gros navires de débarquement font la navette entre Novorossirsk en mer Noire, et sa base de Tartous en Syrie. Le « Tartous express » ravitaille l’armée de Bachar Al Assad : en 2016 et 2017, on a compté de 70 à 80 allers-retours annuels.

Pour accompagner cet effort, la flotte de la mer Noire aurait reçu une cinquantaine d’unités nouvelles depuis 2014. A commencer par plusieurs dizaines de ces corvettes et vedettes que les arsenaux russes se sont mis à produire en quantité : moins onéreuses et plus rapides à construire que des frégates (3 unités pour la Méditerranée), elles offrent un compromis optimal entre puissance et nombre. Sébastopol a aussi bénéficié de six sous-marins conventionnels de la classe Kilos de dernière génération. Baptisés « trous noirs » en raison de leur silence, ils donnent du fil à retordre aux Américains et aux Français. En 2017, ils ont plusieurs fois lancé leur missile de croisière Kalibr (SS-N-27 en code Otan) sur les positions djihadistes en Syrie. Au reste, ces armes polyvalentes équipent désormais les corvettes. Novorossirsk, l’autre base de la flotte en mer Noire, a vu sa capacité d’accueil portée à près de 60 navires.

Pour les stratèges russes, la Méditerranée est redevenue - comme du temps de la Guerre froide - la première ligne de défense de la « mère patrie ». Sa marine est chargée de maintenir à bonne distance de sa ceinture caucasienne tant l’Otan que l’hydre djihadiste. Moscou est persuadée que la guerre du Kosovo n’aurait pas éclaté si elle avait pu déployer des navires en Adriatique en 1999. Après le conflit en Géorgie en 2008, son déploiement en Méditerranée s’accélère. Il devient une priorité avec les « printemps arabes ». Dans son format actuel, la marine russe épaule ses alliés riverains qui combattent le djihadisme, tout en veillant sur des points clés pour l’économie mondiale : le Canal de Suez, bien sûr, et la zone comprise entre Chypre, le Liban, Israël et l’Egypte, où l’on a mis à jour un gisement off-shore de gaz naturel représentant 5% des réserves mondiales.

 

 

03/07/2018 - Toute reproduction interdite.

 


Des chasseurs à réaction survolent le porte-avions russe " Amiral Kuznetsov " lors d'exercices militaires en mer de Barents, 17 août 2005
De Meriadec Raffray

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