Economie | 22 avril 2018

Risques et opportunités en matière d’investissements en Turquie

De Jade Ouvrard
3 min

La Turquie est un pays de 80 millions d’habitants, situé de part et d’autre du détroit du Bosphore, à cheval entre l’Asie et l’Europe. Son économie est à priori en bonne santé, avec un PIB de plus de 850 milliards de dollars, qui repose sur une agriculture dynamique, une industrie solide (automobile, électronique, pétrochimie, textile), et un secteur de services en pleine expansion (65% du PIB). Grâce à sa localisation géographique, la Turquie tient une place stratégique dans le commerce mondial, et constitue un partenaire indispensable. Cependant, les récentes évolutions politiques du pays ont un impact négatif sur son potentiel économique. Quels sont les avantages et risques en matière d’investissement en Turquie? Analyse

La Turquie dispose d’avantages indéniables pour les investisseurs étrangers. Le gouvernement tire profit d’atouts naturels comme son emplacement géographique et sa population nombreuse pour mettre en place des initiatives qui renforcent la compétitivité turque : formation d’une main d’œuvre qualifiée et concurrentielle et construction d’infrastructures bénéficiant au développement. Le climat turc d’investissement est libéral et réformiste, et des mesures incitatives telles que des taxes réduites pour les investisseurs sont mises en place. Par ailleurs, l’Union douanière établie entre la Turquie et l’Union Européenne en 1996 représente un réel avantage pour l’investissement européen, et il est également nécessaire de mentionner que la Turquie représente un couloir et un terminal énergétiques non-négligeables pour l’Europe. En effet, le pays est un producteur essentiel de gaz naturel et de pétrole, et est traversé par de nombreux pipelines, primordiaux pour le commerce international des énergies.

L’impact dangereux de la politique sur l’économie turque

Néanmoins, depuis le coup d’état raté organisé par une frange rebelle de l’armée, qui visait la destitution du Président Recep Tayyip Erdogan le 15 juillet 2016, la vie politique turque a pris un tournant radical. Le chef d’état détient les quasi pleins pouvoirs, réduit les libertés de ses citoyens et de la presse, et fait subir une dure répression à ses opposants. La Turquie devient ce que de nombreux auteurs des relations internationales appellent une « démocrature ». Ses relations avec le reste du monde, notamment avec l’Union Européenne, sont plus tendues que jamais. Cette situation, couplée à une hausse significative des attentats sur le sol turc entre 2015 et 2017, n’est pas sans conséquences sur l’économie, causant en premier lieu le départ d’investisseurs et de touristes.

Jusqu’à la crise politique, la Turquie était surnommée le « tigre anatolien » par les économistes, avec des résultats très positifs : croissance économique annuelle de 5% en moyenne entre 2002 et 2012 et déficit public réduit de 45 points en dix ans. Mais en deux ans, l’économie turque a été bouleversée : inflation de 12% et livre turque chutant de 30 centimes d’euros à 20 centimes seulement en 2018. L’économie est redevenue la première inquiétude des Turcs devant le terrorisme, et le marché n’inspire plus la confiance aux investisseurs étrangers. Le pays est confronté à un choc de défiance qui des effets immédiats : les investissements internationaux ont été divisés par deux en un an et les agences de notation ont dégradé la note de la Turquie. En outre, la fréquentation touristique a baissé, notamment de la part des Européens, de plus en plus remplacés par des voyageurs iraniens et saoudiens.

Après avoir été encensé par les milieux d'affaires, Recep Tayyip Erdogan est devenu le principal frein à la prospérité de son pays. Ainsi pour investir en Turquie, il est nécessaire de suivre de près l’actualité politique du pays. Aujourd’hui, l’économie turque peine à surmonter ses difficultés. Malgré les mesures mises en place par le gouvernement pour créer un environnement propice à l’investissement étranger, elle est fragile et déséquilibrée, minée par le chômage, l’inflation et la corruption.

20/04/2018 - Toute reproduction interdite


Un billet de 20 lires est vu à la loupe dans cette illustration prise à Istanbul.
De Jade Ouvrard

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