Culture | 7 octobre 2019

Rétrospective Léonard de Vinci au Musée du Louvre : L'art de la vie

De Stéphanie Cabanne
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Le 24 octobre prochain s’ouvre au musée du Louvre l’exposition attendue comme l’événement majeur de cette fin d’année : la rétrospective organisée à l’occasion du cinquième centenaire de la mort de Léonard de Vinci, qui s’est éteint à Amboise le 2 mai 1519. Le musée parisien, qui possède la plus importante collection d’œuvres du maître - cinq peintures sur les quinze connues et vingt-deux dessins - a rassemblé pour l’occasion cent-vingt peintures, dessins, manuscrits, et sculptures.

Une telle réunion d’œuvres revêt en soi un caractère exceptionnel. Mais l’intérêt de l’exposition réside également dans le fait qu’elle vient couronner dix ans de recherches. Les commissaires, Vincent Delieuvin et Louis Frank proposent à l’issue de ce long travail une véritable remise en perspective du corpus du maitre.

Louis Frank, qui dirige le département des Arts graphiques du Louvre, s’est emparé de l’immense littérature consacrée au peintre depuis cinq siècles, sources documentaires, manuscrits, textes théoriques. Un travail de retour aux sources et de remise à plat a été nécessaire pour corriger les erreurs - mauvaises traductions ou fausses interprétations - qui, incessamment reprises, avaient véhiculé des idées fausses.

Ainsi, dès la première section de l’exposition, consacrée à la formation de Léonard dans l’atelier d’Andrea del Verrocchio à partir de 1464 à Florence, une correction est apportée concernant la façon de travailler du jeune artiste. Face aux œuvres de son maître, essentiellement sculpteur, il a développé très tôt un intérêt aigu pour la traduction picturale des volumes modulés par la lumière. Autour du monumental groupe en bronze de l’Incrédulité de saint Thomas de Verrocchio, présenté pour la première fois en France, sont rassemblées dix études de drapé de Léonard qui témoignent de sa méditation sur la sculpture. Or, l’étude du texte original de Giorgio Vasari (1568), premier biographe du peintre, a permis d’établir que le jeune artiste avait travaillé à partir de grands bas-reliefs en terre, couverts de toiles imprégnées d’argile, et non à partir d’œuvres tri-dimensionnelles comme on le croyait jusqu’alors.

L’autre grande nouveauté de l’exposition est une meilleure compréhension de la technique picturale de l’artiste, rendue possible par la mise au point, au Laboratoire de Recherche des musées de France, de la « cartographie des pigments ». Cette nouvelle technique d’exploration permet d’obtenir une image d’ensemble de la composition des couches picturales d’un tableau. Les œuvres de l’exposition seront ainsi systématiquement présentées aux côtés de leur analyse scientifique. La volonté de Vincent Delieuvin, conservateur en chef du département des Peintures, est de révéler l’extraordinaire liberté dans l’exécution qui s’observe dans les dessins et dans les tableaux de Léonard. Cette caractéristique majeure de son art constitue la deuxième section de l’exposition.

Se défaisant de la tradition florentine du contour circonscrit des formes, Léonard procède par transformations constantes, sans lever sa plume lorsqu’il dessine, ou remodelant sans cesse les silhouettes par son pinceau lorsqu’il peint. Ces mutations incessantes de l’œuvre toujours en devenir aident à suivre l’évolution de sa pensée. Elles expliquent aussi le nombre important de peintures laissées inachevées, telle le Saint Jérôme ou la Sainte Anne, cet idéal de perfection s’apparentant à une quête sans fin.

Les sections suivantes illustrent comment, grâce à sa science des volumes et à son exploration incessante des « secrets de la nature » - évoquée par une salle entière de manuscrits -, Léonard est parvenu le premier à traduire la réalité de la vie. C’est ce qu’il cherchait à exprimer dans ses portraits, comme le Musicien de Turin, la Belle Ferronnière et, par-dessous tout, la Joconde qui en est la quintessence.

Des œuvres disparues, comme la Léda et le cygne, ou intransportables, comme la fresque très dégradée de la Cène, au couvent de Santa Maria delle Grazie à Milan, sont évoquées au moyen des études préparatoires du maître et des copies de ses élèves. Ces derniers - Marco d’Oggiono et Giovanni Antonio Boltraffio- sont représentés par des portraits qui reprennent les formules de la période milanaise, tandis que Francesco Melzi, resté aux côtés de son maître jusqu’à la fin de sa vie, est représenté par l’admirable et touchant portrait qu’il a laissé de Léonard, génie universel, peintre virtuose et initiateur de ce que Vasari appela la modernité, l’art de traduire la vie dans ses mouvements les plus intimes.

À l’issue de l’exposition, les visiteurs pourront vivre une expérience d’immersion dans la Joconde, grâce à une expérience de réalité virtuelle réalisée en partenariat avec HTC VIVE. A voir absolument !

Exposition au musée du Louvre, du 24 octobre 2019 au 24 février 2020. En raison des records d’affluence attendus, il est fortement conseillé de réserver.

Catalogue de l’exposition : Sous la direction de Vincent DELIEUVIN et de Louis FRANK, Léonard de Vinci. Coédition musée du Louvre/Hazan.

08/10/2019 - Toute reproduction interdite


Draperie Saint-Morys, figure assise, vers 1575-1482. Détrempe grise, rehauts de blanc sur toile de lin. H. 16,6 ; L. 15,3 cm
Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques.
De Stéphanie Cabanne

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