Environnement | 1 mai 2019

République Démocratique du Congo, Rwanda: Les lacs meurtriers

De Anne Fornier
3 min

La volcanolgue Anne Fornier pousse un cri d’alarme. Il existe selon elle un phénomène volcanique dévastateur rarement évoqué. Les éruptions limniques - ou dégazage brutal de dioxyde de carbone - d'un lac volcanique.  Trois lacs au monde connaissent ces éruptions limniques: les lacs Nyos et Monoun, tous deux situés au Cameroun et le lac Kivu, entre la république démocratique du Congo et le Rwanda.

La catastrophe du Lac Nyos

Dans la nuit du 21 août 1986 se produisit l'une des catastrophes naturelles les plus importantes de cette décennie. Un nuage de dioxyde de carbone mortel libéré par le lac Nyos a tué plus de 1700 personnes et des milliers de têtes de bétail. Cette éruption du lac Nyos libérant les gaz retenus prisonniers dans ses eaux profondes est pourtant passée inaperçue, du fait de son éloignement.

La raison? Un lac formé sur le flanc d'un volcan, le magma situé en dessous produisant du dioxyde de carbone s’accumulant à 200 mètres de profondeur.

Le dioxyde de carbone a la particularité de se dissoudre dans l’eau, surtout lorsqu’il est soumis à une trop forte pression. Libéré suite à un glissement de terrain, une éruption volcanique ou un mouvement sismique, ce gaz remonte à la surface, créant une explosion. Plus lourd que l’air, incolore et inodore, le dioxyde de carbone s’est ainsi répandu tel un nuage invisible à travers les colines et les forêts, privant d’oxygène et tuant les animaux et les habitants sur son passage.

Chaque année, la plupart des lacs volcaniques libèrent de la sorte des gaz suite au mélange des eaux profondes et de celles en surface. Le soleil, qui réchauffe les eaux superficielles, favorise alors la libération des gaz.

Prévenir un risque majeur pour les populations

Nous devons retenir la leçon de la catastrophe du lac Nyos et nous pencher sur l’ampleur d’un scénario identique qui peut se produire sur le lac Kivu.

Le lac Kivu partage en effet des caractéristiques similaires à celles de Nyos. Kivu a une profondeur de près de cinq cents mètres et une superficie de 2 700 km 2, étant presque 1 300 fois plus grand que le Nyos.

Alors que quelques milliers de personnes habitaient les environs du lac Nyos, plus de deux millions d'êtres humains vivent autour du Kivu.

Il est donc facile de comprendre pourquoi le lac Kivu mérite le titre de lac le plus dangereux du monde. Si une explosion venait à se produire sur ses eaux une catastrophe sans précédent s’en suivrait.

Le Kivu contient 300 fois plus de dioxyde de carbone que le lac Nyos, ainsi qu’un autre gaz, le méthane, créé par la réduction du dioxyde de carbone magmatique et l'oxydation de la matière organique dûe aux activités bactériennes.

L'extraction du gaz méthane et son exploitation par des entreprises étrangères semblaient être une aubaine économique pour la partie rwandaise. Elle s'avère être en réalité catastrophique sur le plan environnemental. Car les eaux rejetées après extraction du gaz ne sont pas remises dans leur couche originelle, accentuant l'appauvrissement de l’écosystème du lac. Les éléments nutritifs plongeant ainsi dans les eaux profondes ne referont jamais surface, car elles ne se mélangent pas, et sont de fait stratifiées à différentes profondeurs.

Si une explosion advenait sur le lac Kivu, outre la destruction de vies humaines et de l'écosystème, le nuage de gaz pourrait remonter sur la vallée du parc Virunga et menacer les derniers Gorilles de la montagne...

Mes rencontres avec Charles Balagizi , chef de la section de géochimie de l'eau du nord Kivu, et coordinateur du Virunga Supersite, m'ont permis de me rendre compte de la problématique réelle des éruptions limniques de ces lacs volcaniques.

Actuellement, si l’on pratique un dégazage mécanique sur les Lac Nyos et Monoun, les coûts d'une telle opération sur le lac Kivu semblent malheureusement impensables pour les états Rwandais et Congolais.

La Volcano Active Foundation est à la recherche de partenaires et de soutiens financier pour mener des actions de terrain en corrélation avec les travaux du spécialiste des volcans Charles Balagizi, afin de mesurer le taux de saturation du gaz dans les couches profondes. Nous cherchons à agir rapidement et indépendamment des querelles politiques locales et nationales, car nous travaillons pour des enjeux majeurs : Humains, environnementaux, et économiques.

24/04/2019 - Toute reproduction interdite


La lave coule en pénétrant dans le lac Kivu dans la ville de Goma le 21 janvier 2002. Le volcan Nyiragongo près de la ville de Goma dans l'est de la RDC a explosé le 17 janvier, tuant plus de 45 personnes et en envoyant des milliers d'autres au Rwand
George Mulala/Reuters
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