Ce 24 novembre, Renaud Muselier a annoncé qu’il quittait les LR, reprochant à son parti son manque de clarté quant à son rapport avec l’extrême-droite. Le président de la région PACA confirme ainsi son rapprochement avec Emmanuel Macron et incarne à lui seul la perte de boussole et de colonne vertébrale de la droite française.  

Carnets de campagne, la chronique politique de Roland Lombardi

 

En juin dernier, Renaud Muselier a été élu président de la région PACA avec le soutien de la droite LR. Certes, l'ouverture de sa liste à des élus LREM avait été vécue comme un psychodrame et lui avait valu de vives critiques de la part de sa famille politique. Cette « bouillabaisse » politicienne entre Muselier - soutenu par un autre macron-compatible, Christian Estrosi, le maire de Nice - et la macronie avait déjà grandement exacerbé la zizanie et les rivalités personnelles dans les fédérations LR du sud de la France plutôt conservatrice. Certains ténors « droitiers » locaux, sans parler d’une grande partie des militants se sentant trahis, n’avaient alors participé à la campagne des régionales que de très loin… Dès lors, entre l’ancien élu marseillais et Éric Ciotti ou David Lisnard, la brouille s’était définitivement installée.

Surtout avec David Lisnard qui avait laissé courageusement - à la différence d’Éric Ciotti, lui aussi en désaccord avec Muselier sur sa stratégie, mais qui s’est ravisé au dernier moment - toute latitude à ses administrés de voter pour qui bon leur semblait. De son côté, Thierry Mariani, ancien RPR passé au RN, menaçait la réélection de Muselier.

C’est la raison pour laquelle, le président de la région PACA avait officiellement et pitoyablement soutenu il y a quelques semaines lors de l’élection du président de l’association des maires, le candidat de l’Élysée face à David Lisnard, le maire LR de Cannes !

La victoire de l’édile cannois à la présidence de l’AMF fut alors un premier camouflet pour Muselier.

Le second survint lorsque mardi dernier, le Marseillais annonçait son soutien à Xavier Bertrand pour le congrès d’investiture des Républicains. Pour Muselier, « son homologue des Hauts-de-France pour la course à la présidentielle » avait « l’expérience nécessaire » et respectait « les valeurs du parti ». Il ajoutait : « Je sais qu’en votant Xavier Bertrand, je vote pour un homme qui n’aura jamais la main qui tremble face à l’extrême droite ». Comme si « l’extrême droite » était actuellement le seul danger pour le pays ! Enfin, passons…

L’intéressé, sentant le piège « macroniste », rejeta dès le lendemain ce soutien plutôt encombrant dans sa course pour la victoire de la primaire, surtout venant de quelqu’un considéré déjà comme « traître » par de nombreux militants et adhérents LR.

Surtout que Bertrand lui-même est encore perçu comme tel par beaucoup ! S’il veut être choisi pour représenter LR à la présidentielle, il ne faut surtout pas qu’il se fasse des ennemis sur sa droite. C’est pourquoi Bertrand a expliqué le refus de cette main tendue ou plutôt ce baiser du diable par ces mots : « Ses attaques contre Éric Ciotti et David Lisnard sont inacceptables ». Fort de café tout de même pour celui qui en 2017, s’était empressé de déclarer qu’il voterait au second tour pour Macron, « sans état d’âme » et « sans ambiguïté » et qui, au lendemain de la victoire de Laurent Wauquiez, avait, lui aussi, annoncé son « départ définitif » de LR ! Grotesque !

Quoi qu’il en soit, devant ce nouvel affront, Muselier a annoncé sa démission des Républicains, expliquant sa décision par son refus d'une droitisation de la ligne du parti qui se serait exprimée lors des débats préalables au congrès en vu de désigner le champion LR pour 2022. Le président de PACA a plus particulièrement ciblé Éric Ciotti dont « les idées avancent » et qui « véhicule les idées de Zemmour », condamnant ainsi une « dérive politique » de son ancien mouvement.

Muselier, symbole du naufrage LR

Cette démission pourrait paraître anecdotique. Or, elle se produit au pire moment pour LR. Car elle met un coup de projecteur sur le malaise, les déchirements et les travers du parti. Surtout que selon toutes les dernières enquêtes d’opinion, quel que soit le candidat désigné par la formation de droite, il sera une nouvelle fois éliminé du second tour des présidentielles, ce qui signerait assurément la mort définitive du mouvement gaulliste.

Triste ironie de l’histoire : c’est le petit-fils de l’un des premiers et des plus célèbres gaullistes, l’amiral Muselier, l’inventeur de la croix de Lorraine, qui donne une nouvelle image déplorable des responsables de la droite française.

Pur produit de la bourgeoisie marseillaise, déconnecté du réel et faisant fi de la détresse de ses adhérents, militants et sympathisants et même la majorité de l’électorat français qui penche de plus à plus à droite, Renaud Muselier préfère à l’intérêt général, l’opportunisme d’un pas supplémentaire vers un ralliement imminent au Président de la République sortant.

Ne soyons pas dupes. Celui qui n’a jamais dépassé (on se demande bien pourquoi…) le stade de secrétaire d’État aux affaires européennes sous Jacques Chirac, espère avant tout l’obtention – enfin ! – d’un ministère !

Quel intérêt alors de rejoindre un Président au bilan aussi catastrophique dans tellement de domaines, si ce n’est juste par courtisanerie, course aux honneurs et aux prébendes ?

Pour ceux qui se posent encore des questions sur les raisons du dégoût de la politique des Français, de l’abstentionnisme record ou du vote pour les « extrêmes », Muselier vient en grande partie et encore une nouvelle fois d’y répondre…

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

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Christian Estrosi , candidat du parti politique Les Républicains dans la région PACA ,Eric Ciotti , Maud Fontenoy et Renaud Muselier réagissent après les résultats du second tour des élections régionales à Nice, le 13 décembre 2015.
© Eric Gaillard/Reuters
De Roland Lombardi