Spéculer sur la présidentielle de 2022 à travers le prisme des résultats des dernières régionales est une erreur. Si celles-ci nous offrent quelques enseignements, elles n’apportent en rien une vision sérieuse sur l’issue de « la bataille suprême » qui aura lieu dans 9 mois.

La chronique politique de Roland Lombardi

Jamais une élection présidentielle ne se déroule comme on le prévoit une année avant le scrutin. Si les élections régionales de ces deux dernières semaines nous donnent quelques enseignements sur l’état de l’opinion et un aperçu sur les forces en présence, aucune projection sur la présidentielle ne peut être considérée comme sérieuse à ce stade.

Comme nous l’écrivions déjà il y a quelques jours, l’abstention massive, inédite et historique - 66,7 % au premier tour et sans aucun sursaut au second (65%) en dépit des multiples appels au civisme - s’explique principalement par le fait que « les frustrations et la colère de ces derniers mois ont finalement fait place à la résignation, à l’indifférence et au mépris » de la classe politique actuelle, tous partis confondus.

Pour autant, les électeurs se remobiliseront assurément pour la présidentielle, « mère de toutes les batailles » électorales de notre système, aux enjeux beaucoup plus perceptibles pour les Français qui devront choisir une personnalité pour incarner la nation.

Quant au véritable fiasco du parti présidentiel et au recul notable du RN aux régionales et aux départementales, même s’il semble affaiblir le tandem Macron/Le Pen dominant dans les sondages, ils n’annoncent en rien un bouleversement de ce scénario, comme l’atteste une enquête Harris Interactive de Challenges, du 23 juin.

Marine Le Pen et le RN n’ont conquis aucune région, pas même la PACA. Ce résultat ne fait que confirmer le « manque d’implantation locale de son parti, l’absence d’alliances – condition sine qua non pour toute conquête du pouvoir – et la piètre qualité de certains cadres ». Malgré ce constat qui saute de plus en plus aux yeux de ses propres électeurs, Marine Le Pen peut encore attirer à elle un vote contestataire et de dépit en 2022. Cependant, comme dimanche en PACA, le « front républicain » sera toujours là pour l’empêcher de remporter son duel face au président sortant ou qui que ce soit d’autre.

C’est d’ailleurs le pari d’Emmanuel Macron.

Une victoire à la Pyrrhus pour LR ?

Car c’est à droite - laquelle bénéficie d’une assise territoriale solide, du financement et des meilleurs relais d'opinion - que peut raisonnablement surgir le grain de sable perturbateur d’une éventuelle répétition de 2017. À l’issue du scrutin de dimanche, LR et affiliés conservent 7 régions sur 13. Les présidents sortants des Hauts-de-France, de l'Île-de-France et d’Auvergne-Rhône-Alpes sont les grands vainqueurs. Or, ne perdons pas de vue que M. Bertrand, Mme Pécresse et M. Wauquiez sont respectivement réélus avec seulement 16,7%, 14,8 % et 17,7% des inscrits.

Ces trois ténors sont déjà présentés comme les trois candidatures les plus crédibles. Soit. Mais quelle ligne politique et quelle personnalité seront finalement choisis par le parti en novembre prochain ?

La ligne illusoire d’un Xavier Bertrand, macron-compatible à souhait, ayant par ailleurs quitté LR et adepte lui aussi du « en même temps » ? Où celle d’un Laurent Wauquiez (le mieux réélu des trois) ayant clairement opté pour un retour aux fondamentaux des valeurs de droite ? Y aura-t-il un autre candidat surprise ou de synthèse ? Là est toute la question. Et puis une guerre des égos est toujours possible. C’est pourquoi certains dirigeants LR, afin de s’assurer un éventuel maroquin, misent déjà sur… une réélection de Macron !

Une nouvelle fois, dans 9 mois nous serons dans une toute autre élection et dans un contexte encore différent. Mais ce qui est certain, c’est que si l’erreur est faite de désigner un « centriste » sans saveur, l’actuel locataire de l’Élysée les écrasera par son seul talent d’illusionniste et son charisme, même écorné... Surtout, si le président des Hauts-de-France part finalement seul.

Le salut de la droite et surtout de la nation française – et c’est le pire cauchemar du président de la République et de Marine Le Pen – viendrait d’un champion qui parvienne à rompre sans complexe avec le progressisme, le politiquement correct, les faux-semblants et les coups de com’ permanents. Face à une gauche sans leader charismatique, fracturée idéologiquement et sans alliances cohérentes, une présidente RN discréditée et un président honni, s’imposera alors celui qui réussira à remobiliser et ré-enthousiasmer les 70 % de l’électorat qui souhaitent un véritable retour du régalien, de la sécurité et de la souveraineté à l’extérieur comme à l’intérieur de nos frontières. En somme, l’immense majorité des jeunes, des actifs et des classes populaires qui ne sont pas allés voter les 20 et 27 juin derniers.

Bref, il reste donc moins de 5 mois aux LR pour prendre enfin conscience de cette réalité. Sans quoi, cette victoire relative de la droite aux régionales et aux départementales n’aura été qu’une victoire à la Pyrrhus, pour le plus grand malheur du pays…

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

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29/06/2021 - Toute reproducttion interdite


Thierry Mariani, quitte la salle après avoir prononcé un discours en réaction aux résultats du second tour des élections régionales et départementales françaises, à Marseille, le 27 juin 2021.
© Eric Gaillard/Reuters
De Roland Lombardi