Depuis dimanche dernier, il est de bon ton de crier haro sur l’abstentionnisme. Certes, les absents ont toujours tort. Ne pas voter, c’est laisser les votants décider à sa place. Il n’en reste pas moins que les torts sont largement partagés.

La chronique de Guillaume Bigot.

D’abord, si 2 Français sur 3 n’ont pas compris l’intérêt de ce scrutin, c’est peut-être aussi que ces nouvelles régions - artificiellement découpées par François Hollande - n’ont guère de sens pour nos compatriotes. Elles ont peu consistance géographique ou historique. Et pour bien distinguer leurs compétences de celles des départements, des communes et des regroupements de commune, il faut être un spécialiste du droit constitutionnel.
Ensuite, la responsabilité du gouvernement est loin d’être négligeable. La manière dont le pouvoir a cherché à présidentialiser le scrutin et à transformer une campagne très tardive en kermesse est fautive.

La manière dont le gouvernement a géré l’envoi des professions de foi est carrément impardonnable. Les abstentionnistes jugent l’offre politique décevante.

Quoiqu’il en soit, lorsque 2 français sur 3 ne voient plus de sens à déposer un bulletin dans l’urne, nous ne sommes plus tout à fait dans le suffrage universel, c’est le retour du cens. Cela n’a pas empêché les commentateurs d’annoncer la résurrection de LR voire celle du clivage gauche-droite.

Pourtant, il convient d’être extrêmement prudent en tirant des enseignements de ce scrutin minoritaire. Le retour du monde ancien risque de relever de l’illusion. 18 % des 18-35 ans se sont déplacés pour aller voter contre 47% des plus de 65 ans. Ce sont donc les boomers, restés bloqués au début des années 2000, qui ont fait le scrutin.

Il est donc prématuré de ressusciter LR et le PS. Comme il est prématuré d’enterrer le RN.

L’électorat populiste ne s’est pas déplacé mais justement, on ne peut anticiper ce que sera son vote aux présidentielles. Plus jeune, moins urbain et moins diplômé que la moyenne, il n’attend déjà plus rien de l’État en matière économique, social et culturel donc encore moins des régions.
Inversement, il a des attentes fortes en matière de sécurité et d’immigration mais les régions ne peuvent rien dans ces domaines.

C’est néanmoins un véritable revers pour Marine le Pen dont la capacité à mobiliser ses électeurs n’a pas résisté au soleil de juin. Et c’est une véritable veste pour LREM. Son électorat naturel, composé de bobos et de retraités, s’est plutôt mieux mobilisé. Or, il a préféré LR.

Ce qui s’est passé dans les Hauts de France est, à cet égard, très éclairant. En envoyant 5 ministres face à Xavier Bertrand, le président espérait réduire le score de ce dernier et l’obliger à dépendre des voix des Marcheurs pour se faire élire. Or, c’est l’inverse qui s’est produit. Dimanche prochain, le président et ses ministres[1] seront obligés de faire réélire Xavier Bertrand. Le piège s’est refermé sur Emmanuel Macron. Tel est pris qui croyait prendre.

Les sondeurs accordent 40 % d’opinions favorables au président, ils voyaient aussi LREM et le RN en tête des régionales…. On peut certes admettre que le chef de l’État est bien plus populaire que les autres marcheurs, mais ces derniers pèsent désormais 3% du corps électoral. Le président de la République sortant pourrait même ne pas accéder au deuxième tour.

En fait, Emmanuel Macron n’est plus assuré d’être le champion du bloc élitaire à la présidentielle. Entre l’actuel chef de l’État et un candidat de région de droite, il risque d’y avoir un représentant du bloc élitaire de trop.

Nous aurons sûrement des surprises en 2022 avec peut-être d’autres porte-drapeaux du bloc élitaire voire du bloc populiste que ceux qui étaient initialement prévus.

N’oublions pas que 2 Français sur 3 ne se sont pas encore prononcés.

[1] Tous inscrits sur les listes électorales dans les Hauts de France.


Un bureau de vote lors du premier tour des élections régionales et départementales françaises, au Touquet-Paris-Plage, le 20 juin 2021.
© Christian Hartmann/Reuters
De Guillaume Bigot