Le Premier ministre Jean Castex a annoncé dimanche dernier que la liste LaREM en PACA se retirait, dès le premier tour des élections régionales, au profit de celle des Républicains, menée par Renaud Muselier. Pour Les Républicains, c’est un séisme. Et pour leurs derniers électeurs une immense déception…

La chronique politique de Roland Lombardi. 

 

 

L’annonce de Jean Castex fait suite à la main tendue par le président sortant de la Région à la majorité présidentielle. Des Républicains macron-compatibles comme Thierry Solère ou Hubert Falco, le maire de Toulon, et Christian Estrosi, le maire de Nice – qui avait laissé son siège à la région à Renaud Muselier en 2017 – étaient à la manœuvre. Les barons locaux ont même déjeuné avec le Président de la République. Localement, les négociations avec Sophie Cluzel, la secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées et surtout future tête de liste En Marche aux régionales, étaient un secret de polichinelle. Elles avaient abouti à un accord de fusion de listes resté secret jusqu’à samedi soir. Or, l’officialisation de cette alliance dès avant le premier tour ne s’est pas fait comme prévu puisque le Premier ministre a pris tout le monde de court.

Un coup de maître de Macron

En déclarant à la presse, à la stupéfaction des élus LR locaux, que Sophie Cluzel et des représentants de la majorité parlementaire allaient intégrer le dispositif conduit par Renaud Muselier, Jean Castex a refermé le piège sur le parti de droite.

Derrière cette initiative, il faut voir bien évidemment la main de l’Élysée. Emmanuel Macron a démontré depuis 2017 qu’il n’avait pas les épaules d’un chef d’État. Mais comme le rappelle Sébastien Laye, président du parti des Quatre Piliers, « quand Macron, technocrate nommé ministre, a exprimé une ambition politique, les politiques ont eu tout faux sur lui. Ils pensaient que ce serait un grand technicien, un visionnaire sur les dossiers, et un mauvais politique. Il était en fait tout l'inverse. Les dossiers réels (dès Bercy) ne l'intéressent pas. Par contre son cerveau de politicien tourne très bien pour détruire tel ou tel parti, telle ou telle personne. Il jubile de ces victoires politiciennes ». Après avoir détruit le parti socialiste, Emmanuel Macron essaie donc de donner le coup fatal à la droite, en vue de la présidentielle. N’ayant plus de réserve électorale à gauche et aucun encrage territoriale – LaREM n’est plus qu’un simple comité de soutien ; aux dernières élections municipales, elle ne représente seulement que 2% des suffrages ! –, il lui faut une partie de l’appareil et du soutien de certains cadres LR pour qui la France et les Français ne veulent plus rien dire et qui sont comme hypnotisés par les ors de la République. C’est la stratégie du coucou voleur de nid ! Avec son baiser de la mort en Provence, il tue in fine dans l’œuf toute candidature rivale sérieuse pour la magistrature suprême et s’assure un second tour face à Marine Le Pen qu’il est persuadé de remporter.

Car la sortie prématurée de Castex a été un véritable séisme pour Les Républicains. Christian Jacob, le patron des LR, a rapidement annoncé que le président de la région PACA ne bénéficiait plus de l’investiture LR. Au niveau national, même Xavier Bertrand a évoqué « le déshonneur et la défaite » pour décrire cet épisode. Pour les ténors locaux comme Éric Ciotti, Julien Aubert et David Lisnard, cela a été la douche froide. Immédiatement, ils ont fait part de leur mécontentement, de leur mise en retrait et surtout de leur sentiment de trahison.

Chez les électeurs et surtout les sympathisants et les militants de droite, c’est la colère et l’écœurement. Ils n’acceptent pas cette « magouille » et « ce coup de poignard dans le dos » de Muselier, lui qui n’a cessé de critiquer la gestion gouvernementale pendant la crise de la Covid. L’argument du barrage au Rassemblement national de fonctionne plus. Au contraire, pour beaucoup ce n’est pas le RN le danger, mais plutôt Macron et ses ministres qui poussent le pays dans le précipice.

Comment Estrosi et Muselier ont pu tomber dans ce piège alors que LaRem, qui n’arrive même pas à monter des listes aux régionales, était vouée à la disparition pure et simple ? Absence de candidat LR à la présidentielle, promesses de ministère, peur de perdre leurs prébendes et leurs sièges dorés ? Comment des gens se réclamant du gaullisme peuvent cautionner un bilan aussi calamiteux et être encore séduits par un homme voulant « déconstruire l’histoire de France » et prônant une illusoire « souveraineté européenne » ? Est-il pour eux le seul recours possible à droite ?

Cette erreur de débutant démontre surtout qu’ils font partie de cette classe politique totalement déconnectée du réel.

80% des Français ont une image négative de la politique (sondage CEVIPOF), mais certains dirigeants LR semblent ignorer qu’Emmanuel Macron fait l’objet d’un rejet notable voire d’une véritable détestation chez la majorité des « vraies gens » à droite comme à gauche.

Et la suite ?

En PACA, le dernier sondage donnait pour le parti de Marine Le Pen 33% des intentions de vote pour le premier tour. La liste Muselier 27%. Cette nouvelle tambouille électorale entre notables LR et LaREM a fait gagner entre 5 voire 10 points au RN. Un tiers des électeurs potentiels de la droite n’ira pas voter. Un autre tiers se reportera assurément sur Thierry Mariani, le candidat RN et ancienne tête de liste UMP en 2015. Ce dernier n’ayant par ailleurs pas le même effet repoussoir que pouvait avoir Marion Maréchal à l’époque.

La gauche locale devrait parvenir à se présenter unie – soit 20% des intentions de vote – et cette fois-ci, celle-ci se maintiendra au second tour.

Dès lors, l’avenir de Muselier à la tête de la région est plus qu’incertain. Il peut même se retrouver bon troisième.

Devant la réaction de l’État-major de son parti et surtout la colère de ses sympathisants sur les réseaux sociaux, l’ancien élu marseillais se mord les doigts de sa bévue. Depuis, il a bien évidemment rétropédalé. Ce mardi, se tenait une série de réunions au siège des LR pour évoquer ce cauchemar que j’annonçais en mars[1]. Au cours des entretiens de la commission nationale d’investiture, Renaud Muselier a été forcé d’assurer que les ministres et parlementaires LaREM seraient finalement exclus de ses listes. Ainsi, la direction LR a décidé de renouveler son soutien au Marseillais. Le retrait de son investiture n’aura donc duré que deux jours. Dont acte.

Pas sûr que cette pitoyable mascarade rassure ou apaise pour autant les derniers de leurs électeurs. Au contraire. Le mal est malheureusement déjà fait.

[1] https://fildmedia.com/article/2022-l-alliance-des-lr-a-macron-ou-la-trahison-de-trop?fbclid=IwAR2lr4_-_3h5FC_M9E4zArZ7OIFpgoCC4SKu6L4eMjgymZ-IlktbB8FISTE

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

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04/05/2021 - Toute reproduction interdite


Laurent Neyer, Renaud Muselier, Tony Estanguet, le président Emmanuel Macron, Jean-Claude Gaudin et Thomas Bach lors de leur visite pour les Jeux olympiques d'été de 2024 à Marseille, le 21 septembre 2017.
© Sebastien Nogier/Pool/Reuters
De Roland Lombardi