Deux Français sur trois… C’était le titre de l’essai de l’ancien Président Valéry Giscard d’Estaing publié en mars 1984, trois ans après son départ de l’Élysée. Un livre dans lequel, se servant de son expérience comme Chef de l’État, il parlait des mesures qui pouvaient, à cette époque, réunir deux français sur trois… Deux français sur trois… 37 ans plus tard, c’est peu ou prou le nombre de nos compatriotes qui n’ont pas daigné se rendre aux urnes pour les élections régionales. Un chiffre de l’abstention sous-évalué si on prend en compte les bulletins blancs et nuls et les 7% de Français en âge de voter mais non-inscrits sur les listes électorales selon l’INSEE dans une étude publiée il y a deux ans.

Par Philippe David

Des élections régionales qui auront été l’antithèse des élections européennes puisque celles-ci avaient mis largement en tête le RN et LREM, deux partis laminés lors des régionales.

Commençons par LREM : le parti présidentiel ne représente rien, n’est qu’une coquille vide dès lors que le nom d’Emmanuel Macron ne lui est pas accolé pour un scrutin ou que ce scrutin est local. LREM a gagné la présidentielle et les législatives et a fait jeu égal avec le RN lors des européennes, trois scrutins nationaux, mais a mordu la poussière aux municipales, aux régionales et aux cantonales. En cinq ans d’existence, ce parti a été incapable de s’implanter localement, ce qui n’est pas une sinécure faut-il le rappeler, ceci étant peut-être la conséquence de l’illisibilité totale de son positionnement. Les dernières municipales, où il s’est allié avec le PS dans certaines villes, avec LR dans d’autres en a été la quintessence. Une illisibilité sanctionnée par les électeurs les deux derniers weekends, puisqu’il était difficile de comprendre comment LREM pouvait s’allier à LR en PACA tout en maintenant ses candidats contre des LR dans d’autres régions, le Grand Est par exemple. Ou en envoyant cinq ministres au « casse-pipe » contre Xavier Bertrand avant d’appeler à voter pour lui la main sur le cœur pour le second tour. Bref sans Emmanuel Macron, LREM n’est rien.

Passons au second fiasco, celui du RN. Ces élections étaient du pain béni pour lui puisqu’il avait gagné les régionales, avait maintenu ses positions aux municipales (en gagnant Perpignan par exemple), et en terminant en tête, fût-ce de très peu, aux européennes. Ces élections étaient, vue l’impopularité de l’exécutif, une occasion en or pour enfin gagner une région après 35 années d’échec, c’est à dire depuis les premières régionales au suffrage universel direct en…1986. Et ce ne fût pas un échec mais une déroute puisque, dès le soir du premier tour, il était certain qu’aucune région, sauf peut-être PACA sans le « front républicain » ne tomberait dans l’escarcelle du RN. Une débâcle qui montre que le plafond de verre n’est pas tombé et que, si les Français ne veulent pas donner un simple exécutif régional au RN, ils n’enverront en aucun cas à l’Élysée Marine Le Pen dans un an, chaque voix pour elle au premier tour étant l’assurance victoire de son challenger au second (si elle arrive à se qualifier, ce qui n’est plus évident depuis dimanche soir).

Macron Le Pen en 2022 ? Rien n’est moins certain

Il y aura aussi eu le fiasco d’EELV, peu relevé par les médias, dont les victoires dans des villes comme Lyon, Marseille, Bordeaux ou Strasbourg aux municipales avaient laissé à penser qu’ils étaient la « nouvelle gauche » en lieu et place du PS. Avec à la clef des défaites dans les treize régions, que ce soit face au PS ou face à LR.

Dès dimanche, des candidats ont annoncé de manière plus ou moins directe leur candidature à la présidentielle comme Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez ou Valérie Pécresse. Une guerre à droite et au centre qui promet d’être passionnante en attendant d’autres déclarations de candidature.

S’il y a encore quinze jours, un second tour Macron Le Pen paraissait inéluctable, les régionales ont mis beaucoup de plomb dans l’aile à cette hypothèse. Vivement demain, comme disait le slogan de l’alliance RPR-UDF en 1986, les semaines et les mois qui viennent devraient ramener les Français aux urnes en avril prochain. Les Français, ou au moins deux Français sur trois…

28/06/2021 - Toute reproduction interdite


Des enveloppes reposent dans une urne lors du second tour des élections régionales et départementales françaises, à Marseille, le 27 juin 2021.
© Eric Gaillard/Reuters
De Philippe David