La chronique de Philippe David.

Les Français vont être appelés aux urnes pour un référendum pour la première fois depuis le 29 mai 2005. Le référendum sur le Traité Constitutionnel Européen avait eu un résultat clair et net : non. Pourtant, trois ans plus tard, la classe politique avait montré aux français tout le mépris qu’elle avait pour le peuple, le suffrage universel et la démocratie en faisant voter en catimini par le parlement le Traité de Lisbonne, copie quasi-conforme du TCE, merci Sarkozy, merci Hollande. On aurait pu croire que ce déni de démocratie allait signer l’arrêt de mort du processus référendaire, l’un des marqueurs de la Vème République gaullienne. Pourtant, le Président de la République l’a annoncé hier soir, les Français vont devoir à nouveau s’exprimer par ce biais.

Surprise, ce référendum ne sera ni sur le Frexit (comme les britanniques se sont déjà exprimés à ce sujet), ni sur l’immigration, ni sur un autre sujet essentiel pour les Français mais sur…l’environnement, le but étant d’« introduire les notions de biodiversité, d'environnement, de lutte contre le réchauffement climatique » dans l'article 1 de la Constitution. Et immédiatement le réflexe de penser « pas vous, pas ça ! », vous vient à l’esprit.

En effet, quelle est la crédibilité d’Emmanuel Macron d’interroger les français sur l’écologie alors que ses trois premières années et demie de mandat ont été marquées du sceau de la destruction de l’environnement ?

Qui a soutenu, validé et signé les traités de libre-échange avec le Canada et le Mercosur, pays qui pratiquent massivement la culture d’OGM et utilisent des pesticides interdits en Europe car dangereux pour l’environnement ? Emmanuel Macron.

Qui a soutenu, validé et signé le traité de libre-échange avec le Vietnam - pays dont les normes environnementales n’ont rien à voir avec les nôtres - et dont le député européen Raphaël Glucksmann avait dit : « Peut-on encore ratifier des accords de commerce qui concourent à approfondir la mondialisation des échanges et l'aggravation des émissions de gaz à effet de serre et la crise écologique ? » ? Encore Emmanuel Macron.

Qui a validé la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, qui produisait une énergie décarbonée, pour importer à la place de l’électricité produite au charbon en Allemagne, le mode de production le plus producteur de CO2 ? Toujours Emmanuel Macron.

Et pourtant c’est le même Emmanuel Macron qui, en organisant ce référendum pour répondre à une convention n’ayant aucune légitimité puisque non issue du suffrage universel, veut se faire une virginité écologique à quelques mois de la prochaine élection présidentielle alors qu’on ne sait même pas - crise sanitaire oblige - quand auront lieu les élections régionales qui étaient prévues en mars prochain…

Ainsi, le Chef de l’Etat nous a promis hier un référendum dont il veut qu’il soit un plébiscite censé assurer sa réélection dans la foulée puisqu’une question du style « voulez-vous sauver la planète ? » est aussi clivante qu’une question référendaire qui serait « voulez-vous éradiquer la misère et le malheur dans le monde ? ». Un référendum dont on ne sait même pas à quel moment il pourrait être organisé vu le calendrier électoral et qui ne pourrait avoir lieu qu’après un vote commun de l’Assemblée nationale et du Sénat, bref la quadrature du cercle.

Une fois encore, le foutage de gueule n’a plus de limites…

15/12/2020 - Toute reproduction interdite


La plus ancienne centrale nucléaire d'Électricité de France (EDF) et le Grand Canal d'Alsace près du village de Fessenheim, dans l'est de la France 20 février 2020
Arnd Wiegmann/Reuters
De Philippe David