Analyses | 23 août 2020

Redonner un cap à la France

De Emmanuel Razavi
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La multiplication des violences, la montée des extrémismes, l’islamisme et le radicalisme indigéniste plongent la France dans une crise de l’autorité républicaine sans précédent. Face à ces fléaux, l’État semble depuis longtemps dépassé.

Dans ce contexte, comment parvenir à préserver l’unité du pays et lui redonner un cap ?

                                                         Par Emmanuel Razavi, directeur de la Rédaction

 

Des policiers de terrain, des gendarmes, des cadres du renseignement ou de la sécurité publique parlent de plus en plus de séparatisme, de ‘’libanisation’’ de la France et de risque de guerre civile. Certains nous promettent une rentrée sociale des plus violentes, quand en off, d’autres amalgament convergences des luttes de l’extrême gauche avec communautarisme, violences urbaines et islamisme, ajoutant que la pandémie n’a été qu’un accélérateur de la crise à venir, que « le pire est inévitable ».

Ces professionnels de la sécurité qui prennent le pouls du pays au quotidien ont-ils pour autant raison de se montrer aussi alarmistes ?

L’actualité quotidienne nous renvoie à une évidence : d’un chauffeur de bus lâchement agressé par une bande de barbares à un père de famille frappé à coup de marteau par un adolescent en raison d’une simple remontrance, en passant par l’ignoble torture familiale subie par une jeune fille musulmane qui a commis le crime de tomber amoureuse d’un chrétien, le sentiment d’une société en proie à la violence en même temps que dépassée par la dérive communautariste est bien réel. Dimanche soir encore, après la défaite du PSG, le quartier des champs Élysées a été l’objet de saccages de hordes de casseurs …

Peut-être les médias et leur reprise en boucle du moindre fait divers amplifient-ils ce sentiment d’insécurité. Les chiffres sont pourtant là. D’après des statistiques du ministère de l’Intérieur, reprises par nos confrères de France TV Info plus de 260 000 faits de coups et blessures ont ainsi été enregistrés en 2019, et 38 519 procédures pour "violences" contre des personnes dépositaires de l'autorité publique ouvertes. Bien sûr, il se trouvera toujours d’honorables chercheurs pour nous expliquer qu’il n’y a pas plus de violences aujourd’hui qu’il y a trente ans.

Il n’empêche… À ces agressions en tous genres, il faut ajouter un nouveau type de violences morales et sémantiques qui visent à déstructurer notre société : celles du communautarisme islamiste, de l’extrémisme le plus radical (souvent de gauche) et du racialisme indigéniste qui œuvrent à la déconstruction de notre histoire, de notre culture et de nos repères. Depuis deux ans, de François Hollande à l'université de Lille à la philosophe Sylviane Agacinski à Bordeaux, plusieurs personnalités ont ainsi vu leurs conférences annulées ou prises d’assaut par des groupuscules extrémistes au sein des grandes universités, quand certains intellectuels tel Alain Finkielkraut ont été victimes d’injures antisémites. Cela n’est plus tolérable.

Augmentation des violences, séparatisme et convergence des nouveaux totalitarismes

Le phénomène n’est pas nouveau. On assiste en effet depuis des années à la convergence des totalitarismes islamistes, identitaires et d’extrême gauche. Elle s’est ancrée à tel point dans la société que toute personnalité qui interpelle sur cette question prend le risque de se voir invectivée et renvoyée au statut de fasciste ou de raciste. Au jeu de la victimisation et du sécessionnisme, les islamistes et leurs alliés de l’extrême gauche en attente du grand soir ne sont pas les derniers.

Rappelons que dans une enquête réalisée en 2016, l’Institut Montaigne, que l’on ne peut soupçonner d’islamophobie, stipulait « le chiffre de 28 % de musulmans classés comme “sécessionnistes et autoritaires” ». Si nos concitoyens de confession musulmane sont majoritairement intégrés, il n’en demeure pas moins que ces chiffres reflètent une réalité qui interpelle. Soyons clairs : il ne s’agit pas de mélanger les errements de certains extrémistes religieux avec une pratique religieuse respectable, mais de dresser un constat qui devrait apparaître évident depuis longtemps à notre classe dirigeante.

En effet, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que lorsque l’on fait ainsi face à une banalisation des violences physiques en même temps que se banalisent les discours islamistes, indigénistes et racialistes et que ceux-ci sont cautionnés par une partie de la classe politique (liée notamment à l’extrême gauche), c’est que la société val très mal.

« Il y a des indulgences qui sont un déni de justice », disait le moraliste Joseph Joubert, ami de Chateaubriand. Et c’est peut-être cela dont souffre le plus notre pays : de son indulgence vis-à-vis de cette banalité de la violence en même temps que de l’acceptation d’un discours totalitariste qui, sous prétexte qu’il serait celui d’une minorité victime de la société, est en train de pervertir toute forme d’éthique intellectuelle et de bon sens.

Rappelons-nous l’ex-ministre de l’Intérieur Gérard Collomb expliquant « aujourd'hui, on vit côte à côte, je crains que demain on puisse vivre face-à-face », ou encore plus récemment Gérald Darmanin évoquant un risque de guerre civile lors d’un entretien avec nos confrères de la Voix du Nord. Rappelons-nous aussi les propos du président de la République nous parlant « d’incivilités » après le crime barbare commis à Bayonne contre un chauffeur de bus oubliant sans doute ce que disait Camus : « mal nommer les choses c'est ajouter au malheur du monde » …

Mettons en face de ces constats de l’affaiblissement démocratique et de l’inaptitude à qualifier les choses par leur nom, la violence et le communautarisme le plus radical qui ne cessent de croître sans aucune réponse adaptée. Comment ne pas avoir peur pour l’avenir de notre pays, si l’on a un tant soit peu la connaissance de l’histoire ?

Le nazisme, le fascisme et le communisme nous l’ont appris : les totalitarismes émergent notamment grâce à la perversion des symboles et du langage, à l’inversion des valeurs, à l’utilisation de la violence physique et à l’absence de réponse d’un État capable de garantir stabilité et unité de la nation.

Ne sommes-nous pas en train de faire face à tout cela ?

Quand on voit des indigénistes et des communautaristes mis à l’honneur sur les plateaux de télévision, quand on voit des pseudos-féministes intersectionnelles défiler aux côtés de compagnons de route des Frères Musulmans (ceux-là mêmes dont les pères théoriciens furent des soutiens d’Hitler), que nos dirigeants alertent sur le risque de dérive séparatiste et que la crise de l’autorité est plus que palpable, on se doit de poser la question.

Alors que faire ?

Le politologue Guillaume Bigot qui nous fait l’honneur d’une tribune hebdomadaire le dit très bien : « enfants, l’on nous apprenait à grandir avec la peur du gendarme, mais aujourd’hui ce sont les gendarmes qui ont peur ». Il n’est plus possible de continuer ainsi. L’État doit retrouver toute sa place.

Pour cela, il faut changer de logiciel intellectuel et cesser de faire passer les coupables pour des victimes. Revenons au réel. Un terroriste a beau présenter des signes de déséquilibre mental, il n’en demeure pas moins un terroriste. Un violeur ou un dealer qui récidive a épuisé son droit à l’indulgence et ne doit pas être relâché dans la nature sans suivi. Les crimes antisémites, comme tous ceux qui visent une personne en raison de son appartenance religieuse ou de ses origines, doivent être punis avec la plus extrême sévérité.

La police et la justice doivent redevenir fortes. Pour cela elles doivent disposer de vrais moyens logistiques et humains afin d’agir et de mettre aussi fin, notamment, à l’impunité qui règne dans les territoires perdus de la République, de façon à ce que ne se reproduise plus ce qui s’est passé à Dijon au printemps dernier. (Pour rappel, après les terribles affrontements qui avaient opposé des tchétchènes à des jeunes issus de la communauté maghrébine, un imam proche des Frères musulmans avait ramené la paix civile en lieu et place de l’autorité publique...).

Les casseurs doivent être sanctionnés et condamnés à payer les dégâts qu’ils ont volontairement causés.

Il faut aussi d’urgence, comme nous l’expliquons avec le géopolitologue Alexandre Del Valle dans notre livre Le Projet, la stratégie de conquête et d’infiltration des Frères Musulmans dans le monde, fermer toutes les associations islamistes - officielles et informelles - qui sont nombreuses sur le territoire national (près de 600 en ce qui concerne les réseaux fréristes). Renvoyer chez eux tous les prédicateurs et agitateurs étrangers aux ordres du Qatar et de la Turquie qui œuvrent à faire imploser la république laïque et veulent mettre à mal l’égalité entre hommes et femmes. Mettre un terme à l’activité des dealers - la drogue finance aussi l’islamisme et contribue au séparatisme de certains quartiers - en les punissant des plus hautes peines d’emprisonnement.

Si l’immigration est une chance pour notre pays, nous ne devons pas y accepter n’importe qui. Venir vivre en France doit passer par la maitrise de la langue, l’adhésion à nos valeurs républicaines, à notre culture, à nos symboles et notre histoire. Il faut en finir avec ce sentiment de culpabilisation inepte qui nous conduit à vouloir trouver à tout prix formidables des cultures importées d’Orient ou d’Afrique tout en reniant la nôtre. Chacun a bien sûr le droit au respect de ses racines. Chaque culture est évidement respectable. Mais respectons aussi la nôtre.

Comme le dit très justement Bruno Retailleau, président du groupe LR au sénat, « sur l’immigration, on doit être plus exigeant sur l’assimilation et changer la loi pour faciliter les expulsions et restreindre l’accès à la nationalité et au regroupement familial : trop peu le disent mais il y a un lien entre immigration massive et insécurité ».

L’enseignement du Français, de l’histoire de la France et de ses symboles doivent devenir une priorité nationale au sein de l’école publique. Nos enfants doivent renouer avec le sentiment de fierté nationale et républicaine.

Qu’il s’agisse de la santé publique, de l’armée, de la recherche, de l’enseignement et du monde de l’entreprise, il faut aussi savoir écouter les avis de ceux qui ont l’expérience du terrain et de la France du réel. Car notre pays meurt de la politique conceptuelle et du story-telling.

Il faut enfin remettre au cœur de la politique du sens et de la pensée, que celle-ci apporte à nouveau une réflexion et une vision de ce que peut être la société de demain.

« C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal », disait la philosophe politique Hannah Arendt. Ce qui a fait mal à la France depuis tant d’années, c’est qu’on a laissé le champ de la pensée à des technocrates et des spin doctors vidés de tous sens moral et incapables de nous donner une vision d’un avenir qui soit autre que mondialisé, multiculturel ‘’en même temps’’ que formaté au moule de l’hyperconsommation et de la technologie.

Nous sommes à la croisée des chemins. Comme l’a récemment expliqué dans nos colonnes le géopolitologue Roland Lombardi, par ailleurs docteur en histoire contemporaine, à deux ans des élections présidentielles, « alors que la France et le monde entier vivent une crise sanitaire sans précédent qui ne sera pas sans conséquences sociales et géopolitiques, il est temps qu’émergent enfin des femmes et des hommes qui redonnent un cap au pays ».

Et nous comptons bien participer à cette réflexion. Tout au long des mois qui viennent, notre rédaction va ainsi continuer à donner la parole à des personnalités qui amènent de la réflexion et des solutions tout en étant en phase avec le réel - qu’elles soient apolitiques, de droite ou de gauche - pourvu qu’elles soient républicaines, laïques et attachées à l’âme et aux valeurs fondamentales de la France.

Avec nos abonnés, mais aussi avec ceux qui nous font l’amitié de nous lire occasionnellement, nous entendons bien penser ce que doit être ce nouveau cap, en amenant des pistes et des solutions, avec pour seul parti pris de nommer les choses et de rester en phase avec le réel. Vos réflexions seront donc les bienvenues, notamment via nos réseaux sociaux.

Penser l’avenir est l’affaire de chacun d’entre nous !

 

24/08/2020 - Toute reproduction interdite.


Le drapeau français flotte sous l'Arc de Triomphe à Paris, le 11 novembre 2013.
Ian Langsdon/Pool/Reuters
De Emmanuel Razavi

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