À la lecture des enquêtes réalisées chaque jour par la rédaction de Fild à travers la France, que ce soit auprès des enseignants, des policiers, des médecins ou encore des chefs d’entreprises, nous nous sommes aperçus que les voix pleines de pragmatisme émanant de Françaises et de Français issues des territoires, et soucieux de reconstruire notre démocratie, méritaient d’être rassemblées dans un livre qui propose des solutions concrètes pour la France de l’après coronavirus. Nous vous proposons de découvrir la préface de "(Re)Penser la France d'après" (Editions Amphora collection Bold, 2021)

"C'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal" – Hannah Arendt

Pourquoi ce livre ?

Ce livre n’a aucune prétention sociologique ou politique. Il est le fruit d’un travail mené par des personnalités venant de différents horizons politique, social et culturel, qui ont simplement en commun d’aimer leur pays, d’être attachées à la démocratie et d’avoir une expérience professionnelle et de terrain qui leur donne toute légitimité pour analyser, de façon pragmatique, les évolutions de la société française dans leur domaine, ainsi que les problématiques et grands défis auxquels cette société doit faire face, et de proposer des solutions qui pourront permettre de préparer le monde de demain.

Rien d’exhaustif ni de péremptoire dans leur propos. Au contraire.

Ces hommes et ces femmes, qu’ils soient médecin, enseignante, scientifique, journaliste, avocat, consultant, historien, informaticien, militant associatif, aidante familiale, experte en art ou ancien haut cadre du renseignement sont simplement des gens qui ont fait leurs preuves, et dont on sait d’où ils parlent.

Pourquoi avons-nous décidé de leur donner la parole ? La réponse est simple.

Depuis le début de la pandémie, nous analysons quotidiennement, au sein de la rédaction du magazine numérique d’informations Fildmedia.com, les tendances et les évolutions de la société française. Nous le faisons simplement, sans avoir la prétention de réaliser une étude qui aurait valeur scientifique. Cependant, notre profession de grands reporters nous permet de travailler au plus près du terrain et des réalités de notre pays, en même temps que nous sommes connectés à des dizaines de milliers de lecteurs. Nous évo luons donc au cœur du monde réel et l’appréhendons sans aucun prérequis idéologique.

Nous interrogeons ainsi régulièrement des enseignants et des étudiants, des infirmières et des médecins, des policiers et des militaires, des cadres du renseignement, des chefs de petites et moyennes entreprises, et des salariés de tous horizons, ou encore des artistes connus ou inconnus. Force est de constater que, majoritairement, ces Français ont le sentiment que ceux qui nous gouvernent ne sont plus en phase avec les réalités de leur quotidien.

Autre constat alarmant, la France leur apparaît divisée : pour une grande part d’entre eux, il y aurait celle de la capitale et de ses élites, celle des provinces et de la ruralité, et enfin, celle des territoires dits perdus de la République. Trois France qui ne semblent plus se comprendre, car confrontées de façon exacerbée à des réalités différentes.

À l’instar d’autres grandes démocraties occidentales, la France vit une crise sans précédent. Quelles qu’en soient les causes et les responsables, il est donc urgent que les Français voient émerger des réponses concrètes à leurs questions et des solutions à leurs problèmes. Journalistes et politiques ont beau constater chaque jour ce qui ne va pas, cela n’aura aucun effet sur les évolutions auxquelles aspire notre société si n’apparaissent pas des solutions lui permettant de trouver un nouveau cap.

Alors, nous avons consulté ces personnalités de la société civile, dont certaines collaborent avec notre site d’informa- tions, et leur avons donné la parole. La règle était simple : dresser un constat sur ce qui ne va pas dans leur secteur d’activité et proposer des solutions pour redresser la barre. Car la critique est importante. Cependant, si elle n’est pas assortie d’une réflexion construite et de propositions concrètes, elle ne sert à rien.

C’est donc dans cet esprit que nous avons réalisé ce mo- deste ouvrage citoyen, qui donnera à d’autres que nous, nous l’espérons, l’envie de poursuivre ces réflexions à un an d’élections présidentielles déterminantes pour notre avenir.

Des propositions concrètes pour aider à trouver un nouveau souffle

La France doit trouver un nouveau souffle, sortir de ses trau- matismes et aborder un nouveau cap. En d’autres termes, elle doit renouer avec ce qu’elle est : un pays d’expériences et de réflexions, mené par des dirigeants connectés aux réalités des Français et capables de porter une vision.

Toutefois, le pari est loin d’être gagné. La crise du coronavirus SARS-CoV-2 a eu un effet ravageur sur le tissu économique, ainsi que sur la façon dont les Français perçoivent leur classe politique. Elle a mis en relief les failles d’un exécutif empêtré dans ses contradictions et apparaissant souvent impuissant à donner un cap clair. Elle a aussi révélé un stress social qui transcende les classes et les catégories socioculturelles, accélérant une convergence de crises – sociale, culturelle, éducative, environnementale, économique, politique, sécuritaire, sanitaire et médiatique – qui trouvent leur origine dans une société en perte de repères, où l’émotion semble parfois avoir pris le pas sur la raison.

Sur le plan national, la crise des gilets jaunes, l’affaissement de notre système de santé publique, une Éducation nationale malmenée, la montée de l’islamisme et des communautarismes, la faillite du régalien, les fractures entre les territoires, la perte de notre souveraineté numérique, la gestion de l’environnement et le recul de l’État dans les quartiers perdus de la République sont autant de facteurs qui poussent les Français à vouloir autre chose. Sur le plan international, la France, à l’instar de la plupart des États occidentaux, semble en perte de vitesse face à la montée en puissance de la Chine, aux crises successives survenues dans le golfe Persique ou encore face à l’arrogance guerrière du président turc Erdogan. Là encore, les Français que nous interrogeons veulent que leur pays retrouve de sa force et, d’une certaine manière, sa souveraineté.

Soyons honnêtes : la classe politique française n’est pas seule responsable de cette situation. Une partie des médias a sa part de responsabilité. La télévision, devenue le miroir de la société du spectacle, privilégie aujourd’hui le buzz et l’affrontement idéologique brutal au débat et à la réflexion. Des avocats viennent nous y parler de santé, quand des médecins parlent de (géo)politique. De leur côté, des acti- vistes politiques justifient les bienfaits du racialisme à coup d’anathèmes fleurtant avec le révisionnisme, quand certains artistes de seconde zone, sans aucune légitimité sociolo- gique, jouent la carte de la victimisation des minorités. Tout ce beau monde s’invective en direct, fait son autopromotion, sans que l’on ne sache finalement plus qui parle, ni d’où.

La presse d’information générale, qui, quant à elle, cherche à survivre, diffuse aujourd’hui plus que jamais un flux d’informations qui émanent des grandes agences de presse internationales, nous abreuvant de nouvelles toujours plus anxiogènes. C’en est à tel point que l’on peut avoir le sen- timent que la peur et la confusion sont devenues les seuls guides de notre quotidien.

Quant aux réseaux sociaux, ils oscillent paradoxalement entre l’exploitation de l’émotion et une volonté de moins en moins cachée de contrôler la parole publique et de nous imposer une forme d’hygiénisme intellectuel, à l’image de Facebook ou Twitter.

Comment se préparer au monde d’après dans un tel maelstrom ? Certainement pas en restant les bras croisés.

Voilà pourquoi ce livre qui, nous l’espérons, donnera à toutes celles et tous ceux qui ont une expérience de terrain à partager, l’envie de prendre la parole et de faire, à leur tour, des propositions en dehors des cadres médiatiques habituels, pour que la France renoue avec elle-même.

Peggy Porquet et Emmanuel Razavi

Peggy Porquet et Emmanuel Razavi

17/06/2021 - Toute reproduction interdite


Un buste de "Marianne", le symbole de la République française, est vu au Sénat à Paris, le 11 mai 2016.
© Charles Platiau/Reuters
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